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Les différentes faces de la « résistance populaire » en Palestine
mardi 30 octobre 2012 - Ramzy Baroud
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Jeune palestinienne face aux zombis surarmés et ultra-violents des troupes israéliennes d’occupation, avec lesquelles l’Autorité de Ramallah collabore honteusement - Photo : StillActive.org

S’exprimant lors d’une réunion de l’Organisation pour la Libération de la Palestine [OLP] dans Ramallah en juillet 2011, le président de l’Autorité palestinienne [AP] de Ramallah, Mahmoud Abbas, sembla arriver à une conclusion renversante, apparemment inspirée par le « printemps arabe ». « Dans la période qui vient, nous voulons une action de masse, organisée et coordonnée, en chaque lieu. C’est l’occasion de faire entendre notre voix devant le monde entier, et d’affirmer que nous exigeons nos droits. » Il invita des Palestiniens à pratiquer « la résistance populaire », insistant sur le fait qu’il était question de « résistance populaire sans armes, de sorte que personne ne nous comprenne mal, » (Reuters). Il fit un appel du même tonneau devant l’Assemblée Générale des Nations Unies en septembre de la même année.

Pour Abbas, c’était une fuite en avant. Il devait calmer la colère grandissante et le ressentiment provoqués par l’incapacité de la direction qu’il représente. Son message visait - et vise toujours - deux publics : le palestinien, d’où le terme de « résistance », et l’international, d’où la formule « ...de sorte que personne ne nous comprenne mal. »

Abbas est vraiment le dernier que l’on imagine résister à Israël. Son leadership qui date de 1994 et devait mener les Palestiniens à l’indépendance, est devenu en une fin en soi : totalement dominé par l’instinct de survie, Abbas va jusqu’à conspirer avec le gouvernement israélien pour gérer l’occupation même qui tourmente les Palestiniens depuis plus de 45 ans. En effet, « la coordination sécuritaire » entre les deux complices a pour objectif partagé de faire taire n’importe quelle dissidence qui mettrait en danger l’AP ou qui serait perçue par Israël comme une menace.

Il est difficile de trouver des signes d’une action de masse « sincère, organisée et coordonnée den chaque lieu » à l’initiative de l’AP. Mais cette rhétorique révolutionnaire - à la sauce de l’AP - a cependant atteint son objectif premier, au moins pour l’instant, qui est qu’Abbas et ses sbires survivent au bouleversement régional.

La formule « résistance populaire » a toujours été utilisée à profusion, comme si elle était une clé permettant de résoudre tout dilemme politique se posant aux Palestiniens. Le contexte dans lequel elle est employée ou exploitée est vu comme défavorable aux organisations palestiniennes ayant soutenu la lutte armée et s’étant énergiquement opposé à Oslo et à ses institutions. Le Jihad Islamique à Gaza fut particulièrement contrarié par le discours d’Abbas.

Lorsque le secrétaire général du Jihad Islamique, Ramadan Shallah, s’adressa à des milliers de ses partisans dans Gaza pour célébrer le 31ème anniversaire de la fondation du mouvement, il abordé cette même question. Il affirma la nécessité d’une nouvelle stratégie nationale, soulignant l’échec du prétendu processus de paix. « Le projet palestinien d’établir un État sur les frontières de 1967 par des négociations a de façon évidente échoué, » a-t-il dit.

Naturellement, il attaqua la résistance non violente « qui produit des discours qui sonnent bien et et qui sont généreusement repris par les médias ». Il est intéressant de voir que les vues de Shallah sur la résistance populaire non violente sont combinées avec son opinion sur des négociations, interprétant de ce fait la stratégie de la résistance populaire comme un élément de l’espoir futile de l’AP pour des « concessions israéliennes ». « Dix-neuf ans de négociations inutiles ont produit une crise qui ne peut être résolue en insistant pour plus de négociations ou en préconisant la résistance non violente, » a-t-il dit, cité par l’Agence de presse palestinienne Ma’an (4 octobre).

Une troisième interprétation et moins sectaire de la stratégie populaire de résistance, a été proposés par le le docteur et militant Moustafa Barghouti, qui était très clair lorsque le 18 octobre, sur Al Jazeera, il a défendu le droits des Palestiniens à tous les moyens possibles de résistance, mais en affirmant que la résistance populaire pouvait s’avérer une stratégie plus efficace pour parvenir à imposer les droits politiques.

Évidemment, le problème n’est pas lié à la stratégie de résistance populaire non violente en elle-même, mais à sa contextualisation et à son exploitation abusive par certains partis. Une fois placé dans un contexte adéquat où l’objectif est d’élaborer une stratégie efficace pour imposer les droits des Palestiniens, la résistance populaire prend un toit autre aspect. Soulignons aussi que si cette stratégie est « mal comprise » par les bienfaiteurs occidentaux, elle n’est pas forcément à remettre en cause.

L’Histoire en apporte de nombreux exemples. Le 19 septembre 1989, la ville de Beit Sahour en Cisjordanie mena une campagne de résistance populaire et de désobéissance civile qui est entrée dans la légende. Ce mouvement s’intégrait dans la mobilisation massive et impressionnante de la première Intifada palestinienne (1987 à 1993). De nombreuses tentatives pour briser la volonté collective de Beit Sahour échouèrent. Le gouvernement israélien lança une débauche de force armée, « la plus grande incursion militaire dans l’histoire récente » : les forces d’occupation investirent la ville en masse, et elles confisquèrent et volèrent tout ce qui pouvait être saisi.

Beaucoup de familles se retrouvèrent sans rien. La plus grande part des meubles volés et d’autres affaires personnelles furent vendues aux enchères à l’intérieur d’Israël. La petite ville s’est vue imposer un couvre-feu militaire qui dura quarante-cinq jours et qui commença dans la nuit du 21 septembre. Des centaines d’habitants de Beit Sahour ont été kidnappés et emmenés dans les camps militaires et beaucoup ont été maintenus en prison sous divers prétextes. Les militaires israéliens pouvaient s’imaginer avoir emporté une bataille décisive, mais ce jour-là, près de Bethlehem, une étoile brilla dans le ciel nocturne de la Palestine. Elle relia le passé et le présent, persuadant le peuple de Palestine qu’en dépit des nombreuses années d’occupation militaire, il restait très puissant. Et suffisamment de puissance pour qu’une petite ville comme Beit Sahour réussisse à humilier les chefs militaires et politiques et israéliens.

L’histoire de la résistance populaire en Palestine est vieille d’un siècle. Mais ses origines sont souvent fixées à 1936, quand des Palestiniens, musulmans et chrétiens, se sont rebellés contre la colonisation sioniste et la complicité britannique qui travaillait à assurer son succès. En avril 1936, les cinq partis politiques palestiniens se sont fédérés sous la direction du Haut Comité Arabe. L’unité était urgente et reflétait l’opinion qui prévalait parmi les Palestiniens du peuple. Une grève fut proclamée, démarrant le début de la légendaire campagne de désobéissance civile de la Palestine - mise en exergue dans son cri de ralliement « Aucun impôt sans représentation ». Le soulèvement de 1936 exprimait crument au gouvernement britannique que les Palestiniens étaient unis au niveau national et capables d’agir comme une société homogène et sûre d’elle-même, qui pourrait bien remettre en cause la domination britannique sur le pays.

L’administration britannique en Palestine avait jusque là négligé la revendication des Palestiniens pour l’indépendance, et prêté peu d’attention à leurs profondes préoccupations sur la menace grandissante représentée par le sionisme et son projet colonial.

Ces faits ne remontent pas à très longtemps. L’action collective n’est pas un moment appartenant à l’histoire, et elle s’est au contraire répétée à travers le temps, même après que les accords d’Oslo en 1993 aient institutionnalisé l’occupation israélienne et impitoyablement puni ceux qui osaient s’y opposer.

L’AP de Ramallah devrait cesser de vouloir utiliser à son profit l’idée de résistance populaire tout en faisant tout ce qui est en son pouvoir pour la faire disparaître. Et rivaux d’Abbas ne devraient pas associer la résistance populaire à Oslo et à ses institutions en faillite,car l’histoire peut facilement défaire ces liens tordus. Si la résistance populaire en Palestine continue d’exister, ce n’est pas grâce au leadership palestinien, mais plutôt en opposition à lui.

*Ramzy Baroud (http://www.ramzybaroud.net) est un journaliste international et le directeur du site PalestineChronicle.com. Son dernier livre, Mon père était un combattant de la liberté : L’histoire vraie de Gaza (Pluto Press, London), peut être acheté sur Amazon.com. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Fnac.com

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23 octobre 2012 - The Palestine Chronicle - Vous pouvez consulter cet article à :
http://palestinechronicle.com/view_...
Traduction : Info-Palestine.net - al-Mukhtar