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Un boom économique palestinien passager sans les dons de l’étranger
mercredi 22 juin 2011 - Amira Hass - Ha’aretz

Comme ce serait agréable si les statistiques et les réalités sur le terrain concordaient d’une manière logique, bien réglée, sans aucune incohérence.

Le fait qui suit a été relaté samedi par l’agence palestinienne d’informations, Ma’an : des habitants sans-abri du sud de la bande de Gaza ont bloqué l’accès à des camps d’été de l’UNRWA (agence de l’ONU pour les réfugiés palestiniens au Proche-Orient), pour protester contre le fait que l’organisation n’a pas encore reconstruit leurs maisons qu’Israël a démolies pendant la deuxième Intifada. Selon les manifestants, 40 000 familles de réfugiés ont perdu leurs foyers depuis 2000, mais l’UNRWA a fait le choix de donner la priorité à la reconstruction des maisons démolies, toujours par Israël, lors de l’opération Plomb durci (12/2008-01/2009).

Même si les chiffres sont imprécis, ils soulignent la détresse et l’insulte ressenties par ceux qui vivaient dans ces maisons qui ont été démolies en 2001, puis en 2003 et en 2004 dans les camps de réfugiés de Khan Yunis et Rafah. Pour protéger les colonies fortifiées et spacieuses entourées de serres qui n’étaient qu’à 20 mètres, les bulldozers de l’armée israélienne ont rasé des rangées de maisons grises surpeuplées, au toit recouvert d’amiante et entourées de sable. Guidée par la logique des généraux et des responsables de Caterpillar, la démolition des maisons a eu lieu, maison après maison.

Après des atermoiements qui ont coûté bien des vies, les colonies, enfin, ont été évacuées. Leurs résidents ont été généreusement indemnisés. Mais les habitants des camps, les réfugiés de Yibne et Burayr, d’Isdud et Beit Tima, continuent, eux, d’errer de logement provisoire en logement provisoire. Ils attendent de l’UNRWA d’être indemnisés pour leurs maisons qu’Israël a démolies. Ils ont manifesté contre l’UNRWA, même si leurs réclamations devraient plutôt être présentées à la Knesset à Jérusalem et au ministère de la Défense à Tel Aviv. Sauf que, bien sûr, ils ne peuvent pas obtenir l’autorisation d’entrer en Israël.

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Un restaurant à Ramallah : sans les donations de l’étranger, tout ceci ne serait pas possible.
(Reuters)




Et maintenant, les statistiques. Surprenantes : le numéro de juin du Bulletin économique palestinien, basé à Ramallah et publié par l’Institut de recherche des politiques économiques palestiniennes (MAS) (dont le siège est à Ramallah), rapporte que le chômage dans la bande de Gaza est tombé brusquement de 37,4 % au dernier trimestre 2010 à 30,8 % au premier trimestre 2011 (la plupart des emplois créés le sont dans l’agriculture). En Cisjordanie, par contre, le chômage a légèrement augmenté passant de 16,9 % au quatrième trimestre 2010 à 17,4 % au premier trimestre de cette année.

Il est encore trop tôt pour dire si ces évolutions trimestrielles indiquent une tendance dont il faudrait s’inquiéter. Mais un rapport de l’UNRWA, qui a analysé les développements sur le marché de l’emploi en Cisjordanie pour le second semestre 2010, estime que le chômage a une tendance à la hausse. Juste pour rendre les choses un peu plus confuses, le rapport de l’UNRWA inclut dans ses chiffres de main-d’ ?uvre ceux des chômeurs qui ont renoncé à rechercher un emploi. Ceci explique pourquoi, d’après ses chiffres, au second semestre 2010, le taux de chômage en Cisjordanie est monté à 25 %, contre 21,7 % au premier semestre 2010 et 23,6 % au second semestre 2009. Les chiffres de l’UNRWA semblent donc indiquer une décélération de la croissance économique.

Les rapports économiques publiés par l’UNRWA sont conçus pour évaluer les tendances de l’emploi chez les réfugiés palestiniens de sorte que l’agence peut réajuster sa politique et par conséquent, ses projets. Son dernier rapport, publié la semaine dernière, constate que pour la seconde moitié de 2010, l’importance de la participation de la main-d’ ?uvre réfugiée en Cisjordanie a diminué, par rapport à la seconde moitié de 2009. Le taux de participation de la main-d’ ?uvre chez les réfugiés est passé de 43,7 % (des réfugiés en âge de travailler) à 40 % au deuxième semestre 2010. Le taux de participation de la main-d’ ?uvre totale palestinienne (réfugiés et non-réfugiés) est plus élevé, 47 % de la population en âge de travailler.

Ce pourrait être une erreur dans les calculs (plus l’échantillonnage est petit, plus c’est possible), dit le Dr Salem Ajluni, auteur de l’étude. Et peut-être qu’il y a plus de réfugiés en âge de travailler à suivre des études ou à s’occuper des soins de parents âgés, à domicile. L’UNRWA doit continuer d’étudier la question.

Ce qui est clair, c’est que le chômage chez les réfugiés palestiniens a augmenté. Après avoir régressé de 26,7 % fin 2009 à 25,5 % au premier semestre 2010, il est monté à 27,9 % à fin 2010. Les salaires pour ce groupe de population sont aussi relativement bas. Selon les chiffres de l’UNRWA, fin 2009 le salaire mensuel moyen réel, pour les réfugiés palestiniens en Cisjordanie, est de 1 665 NIS (nouveau shekel israélien, environ 338 ?), à comparer avec les 1815 NIS (368 ?) pour les non-réfugiés. A la fin 2010, le salaire mensuel moyen réel pour réfugiés est de 1614 NIS (327,5 ?) et celui des non-réfugiés, 1795 NIS (364 ?).

Ajluni, qui est né aux États-Unis et descend d’une famille palestinienne de Ramallah, étudie l’économie des territoires palestiniens occupés depuis 20 ans. Il a travaillé dans différentes agences des Nations-Unies et différents ministères de l’Autorité palestinienne. Depuis 2006, il est employé par l’UNRWA. « Je suis venu chercher l’économie florissante de la Cisjordanie, dont tout le monde parle », disait-il hier. Il n’a pas eu à chercher loin : le bulletin économique du MAS indique une augmentation de 9,3 % du PIB palestinien en 2010, soit une augmentation par habitant de 6,1 %.

Mais Ajluni observe aussi ce qui se passe sur le marché de l’emploi. « C’est vrai, il y a des investissements, mais la plupart se font dans la construction », dit-il. « Ce ne sont pas des investissements qui créent des emplois de longue durée. Même si je vois une amélioration de l’emploi, il existe une plus forte augmentation du nombre de chômeurs. Le nombre absolu des personnes qui ont trouvé un emploi est d’environ le quart de ceux qui en recherchent. C’est vrai qu’il existe une activité commerciale et environ 90 000 emplois dans le commerce et dans le secteur public en Cisjordanie, et un nombre similaire dans la bande de Gaza, et ces salaires créent du pouvoir d’achat. »

Pourtant, quand les donations venant de l’étranger prennent du retard, note-t-il, le paiement des salaires en prend aussi. « Sans cette aide extérieure annuelle à hauteur d’environ 1 milliard de dollars (702,5 millions ?) des pays donateurs, cette situation ne peut être durable. Je ne suis pas le seul à le dire. Il y a aussi la Banque mondiale, le FMI, et (le Premier ministre palestinien) Salam Fayyad. »


Voir aussi :

- Rapport de l’UNRWA sur le développement de l’économie de la Cisjordanie - PNN


Rapport de l’UNRWA (pdf)


Extraits :

Tableau 1 - Marché global (réfugiés et non-réfugiés) de l’emploi (Cisjordanie)

Désignation  :
 :
 :
2è semestre
2009
1er semestre
2010
2è semestre
2010
 :
 :
 :
Écart
2è S/2010
sur 1er S/2010
Écart
2è S/2010
sur 2è S/2009
Population en âge de travailler  : 1 482 258 1 509 273 1 536 510  : 1,80 % 3,66 %
Population active  : 698 774 707 255 730 933  : 3,35 % 4,60 %
 %  : 47,1 % 46,8 % 47,5 %  : 1,52 % 0,91 %
Population en activité  : 533 901 553 588 547 919  : -1,02 % 2,63 %
Demandeurs d’emploi  : 164 873 153 667 183 014  : 19,10 % 11,00 %
Taux de chômage  : 23,6 % 21,7 % 25,0 %  : 15,34 % 6,25 %

Tableau 2 - Situation globale (réfugiés et non-réfugiés) de l’emploi par secteurs (Cisjordanie)

Désignation  :
 :
 :
2è semestre
2009
1er semestre
2010
2è semestre
2010
 :
 :
 :
Écart
2è S/2010
sur 1er S/2010
Écart
2è S/2010
sur 2è S/2009
Secteur public  : 88 688 88 342 91 498  : 3,57 % 3,17 %
Secteur privé  : 368 562 384 703 378 359  : -1,65 % 2,66 %
Colonies israéliennes  : 73 790 79 619 76 723  : -3,64 % 3,97 %
Total  : 533 901 553 588 547 919  : -1,02 % 2,63 %

(Écart dans les totaux de chaque colonne - ndp)


Tableau 3 - Situation globale (réfugiés et non-réfugiés) de l’emploi dans le secteur privé et par branches (Cisjordanie)

Désignation  :
 :
 :
2è semestre
2009
1er semestre
2010
2è semestre
2010
 :
 :
 :
Écart
2è S/2010
sur 1er S/2010
Écart
2è S/2010
sur 2è S/2009
Agriculture, pêche  : 63 865 68 073 65 593  : -3,64 % 2,71 %
Industrie, exploitation minière  : 65 675 67 566 63 290  : -6,33 % -3,63 %
Construction  : 46 013 56 157 51 148  : -8,92 % 11,16 %
Commerce, tourisme  : 94 793 93 407 100 036  : 7,10 % 5,53 %
Transport, communication  : 27 608 27 908 25 371  : -9,09 % -8,10 %
Services privés  : 70 608 71 591 72 921  : 1,86 % 3,28 %
Total  : 368 562 384 702 378 359  : -1,65 % 2,66 %

Tableau 4 - Salaires moyens (réfugiés et non-réfugiés) en nouveau shekel israélien (1 NIS = 0,202892 centimes d’ ?) (Cisjordanie)

Désignation  :
 :
 :
2è semestre
2009
1er semestre
2010
2è semestre
2010
 :
 :
 :
Écart
2è S/2010
sur 1er S/2010
Écart
2è S/2010
sur 2è S/2009
Salaire journalier  : 101,2 101,5 102,5  : 0,90 % 1,28 %
Jours dans le mois  : 22 21,7 21,9  : 1,07 % -0,31 %
Salaire mensuel  : 2224 2202 2245  : 1,98 % 0,96 %
Déflateur (2004 = 1,00)  : 1,24 1,25 1,28  : 2,36 % 3,67 %
Salaire mensuel réel  : 1799 1759 1752  : -0,37 % -2,61 %

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20 juin 2011 - Ha’aretz - traduction : JPP