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Golan occupé : « la récolte de sang » de l’armée israélienne
vendredi 10 juin 2011 - Jillian Kestler-D’Amours
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Véritables psychopathes et criminels endurcis, encouragés depuis tant d’années par une totale impunité, les soldats israéliens tirent comme dans un champ de foire sur des cibles humaines se trouvant à plus d’une centaine de mètres. Rappelons que le Golan est territoire syrien, sous occupation israélienne depuis 1967...

Des centaines de réfugiés palestiniens et syriens ont manifesté hier à partir du territoire sous contrôle syrien vers le plateau du Golan occupé, à l’occasion de la Journée de la Naksa.

Les réfugiés en Palestine et ailleurs ont marqué ainsi l’occupation israélienne de 1967 de la Cisjordanie, de la bande de Gaza, du Sinaï égyptien et du Golan syrien. Sur la ligne de séparation avec le plateau du Golan occupé, des centaines de manifestants ont été blessés et plus de vingt d’entre eux ont été abattus lorsque des soldats israéliens ont ouvert le feu à balles réelles sur les manifestants désarmés.

Cette marche a été la deuxième à être organisée en moins d’un mois, des centaines de manifestants ayant déjà marché sur la ligne de séparation avec le plateau du Golan lors de la Journée de la Nakba le 15 mai dernier. A cette occasion, de nombreux réfugiés avaient réussi à traverser la barrière sur les hauteurs du Golan, un des réfugiés palestiniens parvenant même à atteindre Jaffa, à la recherche de l’ancienne maison de sa famille.

Salman Fakhreddine est un militant politique et le responsable des relations publiques d’Al-Marsad, le Centre arabe des droits de l’homme dans le Golan (http://wwww.Golan-marsad.org). Originaire de la ville de Majdal Shams sur le plateau du Golan occupé, où il vit toujours aujourd’hui, Fahrideen raconte à The Electronic Intifada ce qu’il a vu hier et il explique que les manifestations populaires sont une véritable menace pour Israël. Il explique aussi quel est le message envoyé par les manifestants aux habitants des hauteurs du Golan qui résistent à l’occupation israélienne.

Jillian Kestler-D’Amours : Parlez-nous de ce qui s’est passé hier près de Majdal Shams.

Salman Fakhreddin : Hier, des centaines de réfugiés en provenance de Syrie - des Palestiniens et des Syriens - ont défilé à proximité de la ligne de démarcation de Majdal Shams, dans un endroit appelé la vallée des larmes. Nous utilisons habituellement ce lieu tous les jours de l’année pour les familles [qui vivent en face de la ligne de démarcation] qui veulent se rencontrer et parler entre elles avec des haut-parleurs.
Hier, c’était une manifestation en mémoire de la guerre de 67 et l’occupation du Golan, de la Cisjordanie,de Gaza et du Sinaï. Lorsque ces gens ont atteint la ligne de séparation, les forces israéliennes étaient bien préparées avec des snipers. Ils étaient déjà là et ils ont commencé des tirs à balles réelles et ils ont tué et blessé des centaines de personnes. Vingt-trois personnes ont été assassinées hier.

Il s’agit d’une véritable récolte de sang de l’armée israélienne. Je pense que d’abord ils ont commencé à tirer pour tuer, puis l’après-midi et au début de la nuit, ils ont commencé à tirer des lacrymogènes et des balles [en acier entouré de] caoutchouc. Cela signifie que l’armée israélienne se tenait hier debout sur sa tête et pensait avec ses pieds. Ils ont traité la question dans le sens tout à fait opposé à la façon humaine. Ils ont décidé de tuer des gens pour leur faire peur, pour qu’ils ne poursuivent pas cette manifestation, car ils ont peur de la délégitimation de l’État d’Israël et de sa politique, aux yeux de la communauté internationale.

D’autre part, la manifestation d’hier et celle du Jour de la Nakba [le 15 mai] avaient pour objectif de développer une culture de la non-violence dans cette région, dans la lutte contre les Israéliens ou dans ce que l’on nomme la résistance populaire. En Israël, ils veulent stopper cela, parce qu’ils ont peur que cela ne soit connue de la communauté internationale et que des Israéliens eux-mêmes se joignent à cette lutte comme à une lutte pacifique contre le colonialisme et l’Apartheid.

Je pense que l’idée était d’arrêter cela et dans ce but, ils ont choisi cette voie : tuer d’abord, puis tirer ensuite sur les manifestants avec des gaz lacrymogènes.

JKD : Israël a affirmé que les manifestants étaient une « menace pour la sécurité » d’Israël, malgré le fait qu’ils étaient non-violents et sans armes. Quelle est la véritable menace, à votre avis, représentée par ces manifestations ?

SF : La vraie menace est [que les manifestations endommagent] la légitimité israélienne aux yeux de la communauté internationale. C’est [pourquoi les manifestants ont choisi une] voie et une lutte non-violente. En Israël, ils ont en permanence peur de cette illégitimité, car toute leur existence est illégale. Ils ont fait de leurs propres mains le nettoyage ethnique en Palestine et au Golan pendant la guerre de 48 et 67. De leurs propres mains, ils ont changé la population qui vivait ici et ils installent partout des colons. De leurs propres mains, ils ont confisqué des terres et ils tentent de rejeter la culture et la présence [arabe] du lieu. Ils ont tout le temps peur.

Ils utilisent l’Apartheid. Ils utilisent le nettoyage ethnique, et ils utilisent la discrimination et l’inégalité à l’intérieur de l’État d’Israël lui-même. En Israël il y a 300 000 Palestiniens déplacés. Ce sont [des citoyens] israéliens. Ils ont des papiers israéliens. Ils sont porteurs de passeports israéliens, mais parce qu’ils sont arabes, ils sont chassés de leurs villages. Ce sont des réfugiés de l’intérieur et jusqu’à présent, Israël n’a pas reconnu sa responsabilité pour les réfugiés ni pour le nettoyage ethnique, ni pour l’Apartheid qui est imposé en Palestine. Ils doivent le reconnaître.

Nous avons vu assez de sang ici. Nous avons payé un prix sanglant élevé ici. Hier [5 Juin], nous avons payé un lourd tribut de sang. C’est une maladie psychologique des Israéliens : faire feu sur les gens [avec des] tireurs d’élite ; ils voient un visage et ils essayent de le tuer parce qu’il est à 100 mètres de la clôture. Et ce n’est pas leur terre. Le Golan est un territoire syrien.

JKD : Oui, les rapports de nombreuses agences de presse disent que la fusillade a eu lieu sur « la frontière » entre Israël et la Syrie, mais le plateau du Golan est syrien, et non pas territoire israélien.

SF : Bien sûr. Je n’ai pas dit cela. Le droit international affirme que le Golan est un territoire syrien. Les Israéliens ont tiré sur les gens depuis un territoire syrien et ils les ont tués. Toute la guerre, tous les meurtres d’hier ont lieu dans la zone d’opération des Nations Unies.

JKD : Que ressentaient les habitants de Majdal Shams quand ils ont assisté à la manifestation et à la violence qui a suivi ?

SF : Nous avions prévu deux bus hier. Nous avions préparé un hôpital de campagne pour soigner les personnes blessées au cas où ce soit nécessaire. À la fin de la journée, nous avons reçu beaucoup de tirs de gaz lacrymogènes, et plusieurs personnes ont été blessées et traitées par nos équipes sur le Golan occupé. Il était triste de voir les autres se faire tuer devant nous alors que nous ne pouvions en rien les aider, à l’exception d’un soutien politique. Nous nous sommes sentis terriblement déprimés. C’était très triste à voir.

Les gens ici sont des Syriens, et ils veulent être de retour en Syrie. Ou plutôt, ils veulent que la Syrie soit de retour sur le Golan. Et c’est hors de tout débat, parce que ce territoire est syrien. [Il doit être rendu] d’une manière pacifique, et non par la guerre.

JKD : Pouvez-vous parler de la vie quotidienne sur les hauteurs du Golan et à quels défis font face ses habitants ?

SF : Les Israéliens ont occupé le Golan en 1967. Ils ont forcé les gens à quitter leurs foyers. Les Syriens du Golan représentent 500 000 réfugiés aujourd’hui. Les Israéliens ont imposé la présence de 18 000 colons qui monopolisent les ressources du Golan - les ressources du Golan, le paysage du Golan, l’atmosphère du Golan - ce qui est contre le droit international et contre le droit international humanitaire.

Les Israéliens divisent les ressources d’ici dans une proportion de un pour dix. Je suis une personne native du Golan, je suis né ici et c’est ma terre. Mais je ne bénéficie que de dix pour cent de ce que nous avons sur le Golan, qu’il s’agisse de l’eau, de la terre, du paysage, du système de santé, de l’éducation. Et 90 pour cent sont attribués aux colons sur le Golan.

C’est ce que je qualifie à la fois d’Apartheid et de colonialisme. Le colonialisme, le nettoyage ethnique et l’Apartheid en un seul lieu...

JKD : Quel impact pensez-vous que les manifestations du Jour de la Naksa et du Jour de la Nakba auront sur les habitants du Golan et d’ailleurs qui se battent pour leurs droits sous l’occupation israélienne ?

SF : Nous avons tenté depuis plusieurs années, avec les idées du Dr Martin Luther King, de développer une culture de la non-violence, de développer ici même une lutte populaire contre le colonialisme israélien. C’est la façon d’inviter les autres à nous rejoindre, pour manifester contre les Israéliens devant leurs ambassades, dans leurs entreprises. Dans de nombreux cas, nous pouvons inviter les autres à cesser d’investir en Israël ou à cesser de réaliser des investissements profitant aux colonies israéliennes en Cisjordanie et sur le Golan.

C’est la seule façon de développer une lutte internationale de manière pacifique. C’est notre devoir en tant qu’êtres humains et c’est le devoir des autres peuples libres dans le monde. Pour se sentir libre, il faut aider les autres à être libres.

* Jillian Kestler-d’Amours est originaire de Montréal, journaliste et cinéaste documentaliste. Elle réside à Jérusalem-Est. Son site : http://jilldamours.wordpress.com/

Du même auteur :

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- Les Palestiniens de Jérusalem, défiant Israël, clament : « Nous resterons ici » - 14 décembre 2010
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6 juin 2011 - The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
http://electronicintifada.net/conte...
Traduction : Nazem