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La portée stratégique de l’Appel BDS palestinien de 2005 et son impact sur le mouvement international de solidarité

vendredi 3 septembre 2010 - 18h:14

José Luis Moragues - CCIPPP 34

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Rien ne serait plus réducteur et dangereux pour le mouvement international de solidarité que de réduire l’appel BDS (1) du BNC (2) à une simple modalité d’action que serait le boycott. Cet Appel recentre le mouvement de solidarité sur les droits fondamentaux du Peuple Palestinien et ouvre la voie à une action citoyenne directe dans le cadre d’un rapport de force en construction.

1 - Un Appel représentatif du peuple Palestinien

Le 9 juillet 2005, est lancé l’Appel au Boycott, aux Sanctions et au Retrait des Investissements, contre Israël. ( Il a été préparé notamment par le PACBI (Campagne palestinienne pour le Boycott universitaire et culturel contre Israël), de nombreuses associations de réfugiés, de « Stop the wall », du PNGO (réseau des ONG palestiniennes) et compte dès son lancement 171 organisations signataires. Aujourd’hui ce sont plus de 400 organisations palestiniennes qui ont rejoint l’Appel.

Tous les courants politiques et religieux sont présents ainsi qu’une très grande diversité d’ONG (femmes, prisonniers, jeunes, paysans, salariés etc.) qui confèrent à cet appel une représentation réelle de la société civile palestinienne. Plus important encore est le fait qu’on y trouve les associations des 3 composantes du peuple palestinien : Palestiniens sous occupation et blocus (Cisjordanie et Gaza) ; Palestiniens de 48 (Palestiniens d’Israël) et Palestiniens Réfugiés (de l’intérieur comme de l’extérieur). A ce titre on peut dire que cet Appel est non seulement représentatif de la société civile palestinienne mais qu’il est largement représentatif du Peuple Palestinien dont il représente et rassemble les trois composantes éclatées.


2 - Un Appel d’une portée stratégique qui reconstitue l’unité du Peuple Palestinien

L’Appel pose trois revendications : « Ces mesures punitives non violentes devraient être maintenues jusqu’à ce qu’Israël honore son obligation de reconnaître le droit inaliénable des Palestiniens à l’autodétermination et respecte entièrement les préceptes du droit international en :

 ? 1. mettant fin à son occupation et à sa colonisation de tous les terres arabes et en démantelant le Mur ;

 ? 2. reconnaissant les droits fondamentaux des citoyens arabo-palestiniens d’Israël à une égalité absolue ; et

 ? 3. respectant, protégeant et favorisant les droits des réfugiés palestiniens à revenir dans leurs maisons et propriétés comme stipulé dans la résolution 194 de l’ONU ».

Par delà une représentativité désormais incontestable, la puissance de l’Appel tient à ce qu’il reconstitue l’unité du peuple Palestinien. Pour cela il transcende les divergences et les divisions qui ont conduit parfois les partis rivaux aux limites de la guerre civile. En reconstituant une unité qui devient le socle à partir desquels s’élaborent les orientations et les choix tactiques l’Appel acquiert toute sa portée stratégique. Il réaffirme que sans la prise en compte des droits fondamentaux des trois composantes du peuple palestinien (Palestiniens sous occupation, Palestiniens d’Israël et réfugiés palestiniens) il ne saurait y avoir de libération ni d’autodétermination véritable. Ceci est martelé dans l’appel qui réitère que ces trois revendications sont indissociables les unes des autres.

Lors de son intervention à Montpellier en octobre 2009 au meeting de la Coalition contre Agrexco, Omar Barghouti déclarait également :

« Mais si un groupe veut se focaliser uniquement sur l’occupation, pas sur l’apartheid en Israël ou sur les droits des réfugiés, quoi alors ? Les droits inaliénables du peuple de Palestine sont indivisibles et non négociables. Seuls les Palestiniens peuvent décider à quoi nous aspirons et comment nous pouvons exercer notre droit à l’autodétermination. Les mouvements de solidarité choisissent les tactiques qu’ils considèrent comme les plus efficaces et les plus durables dans leur contexte particulier pour nous aider à parvenir à nos droits. »

Malgré les accords d’Oslo et le « processus de paix » et la tentative d’évacuation de la question des réfugiés, le retour des réfugiés reste une revendication centrale pour les Palestiniens. Même si de nombreux Palestiniens d’Israël sont des réfugiés - déplacés de l’intérieur -, la dénonciation de l’apartheid qu’ils subissent est plus récente. Sait-on que le mouvement contemporain BDS a pris naissance à la suite de la Conférence de Durban (Afrique du Sud) en 2001 ? Pour la première fois le Forum des ONG a considéré Israël comme un état pratiquant l’apartheid, notamment à l’égard des Palestiniens d’Israël. A partir de quoi les ONG du Forum ont considéré qu’il fallait traiter l’apartheid israélien comme on avait traité l’apartheid d’Afrique du Sud et donc appliquer le BDS contre Israël.

La question de l’apartheid est importante pour au moins trois raisons :

- D’abord parce qu’elle remet en scène l’existence d’une des trois composantes du peuple palestinien jusqu’ici peu prise en compte : les Palestiniens d’Israël. Ils étaient 160 000 en 1948. Chassés de chez eux pour la plupart ils sont plus de 1 500 000 aujourd’hui regroupés dans : Union of Arab Community Based Associations (Ittijah, 74 associations sont signataires de l’Appel).

- Ensuite parce qu’elle révèle la nature raciste de « l’Etat juif et démocratique d’Israël » qui pratique la discrimination sur des bases ethniques et religieuses à l’encontre de l’ensemble des palestiniens.

- Enfin parce que l’apartheid est un crime contre l’humanité, ce qui dans l’échelle de graduation des violations et des exactions est plus grave que la colonisation. L’article 7 du statut de la Cour pénale internationale définit l’Apartheid comme « des actes inhumains commis dans le cadre d’un régime institutionnalisé d’oppression systématique et de domination d’un groupe racial sur tout autre groupe racial ou tous autres groupes raciaux et dans l’intention de maintenir ce régime. » Ce qu’a constaté M. David Bondia, professeur en droit international public et relations internationales à l’Université de Barcelone lors de la session de Barcelone du Tribunal Russel en mars 2010, concernant Israël à l’égard des palestiniens d’Israël et des Palestiniens sous occupation.

Pour toutes ces raisons la dimension stratégique de l’Appel palestinien de 2005 ne saurait être ignorée ni déconnectées des modalités d’action du BDS. C’est elle qui au contraire, devrait orienter les choix tactiques et faire en sorte qu’ils contribuent à renforcer l’unité stratégique des trois composantes du peuple Palestinien. Les actions de boycott n’auraient pas de sens si elles n’étaient pas reliées à la question des droits fondamentaux. Elles tirent leur légitimité de la violation de ces droits en même temps qu’elles sont le moyen pour exiger leur application.

3 - Un Appel qui « réinitialise » le mouvement de solidarité sur les droits fondamentaux et sur le terrain de l’action citoyenne directe :

- Après les résultats catastrophiques des accords d’Oslo et des différents pseudo « plans » et « processus de paix », l’Appel invite de fait le mouvement de solidarité à abandonner le marécageux terrain des « processus de paix » et ses « solutions étatiques » pour se repositionner sur celui plus stable des droits fondamentaux et de l’autodétermination. Ainsi de l’avis du BNC la question d’un ou deux Etats n’est pas à l’ordre du jour, ce qui est déterminant c’est la satisfaction des trois revendications fondamentales pré-citées.

- Face à la complicité des institutions internationales (dont l’Union européenne) L’Appel demande aux sociétés civiles de s’impliquer dans des actions visant directement à sanctionner Israël. C’est un appel à l’action citoyenne directe. Puisque les Etats, les institutions etc. n’appliquent pas le droit, ne sanctionnent pas Israël alors vous devez le faire, dit en substance l’Appel. Durant les quinze dernières années, l’essentiel du travail du mouvement de solidarité a consisté à interpeller les élus, les gouvernements, les instances européenne par des pétitions, des manifestations, des meetings etc. plus proches du lobbying que de la lutte ouverte, sans être inutiles pour autant, ces actions n’ont pas eu beaucoup d’effet sur nos élus et encore moins sur Israël...

D’ores et déjà, on peut dire que l’Appel BDS a transformé le mouvement de solidarité. Il ne s’agit plus seulement d’activités destinées à manifester notre mécontentement et exiger des décisions et des mesures de nos représentants en faveur des Palestiniens à des milliers de km, mais il s’agit d’ouvrir ici, dès maintenant, un front de luttes qui vont construire un rapport de force national, européen et international.

Nous ne sommes plus seulement dans une action de solidarité pour les Palestiniens mais nous sommes dans l’action avec les Palestiniens. Gus Mashia lors du stage BDS France d’octobre 2009 disait très justement : « Pour nous, la solidarité internationale c’est la dimension internationale de la solidarité. Cela semble une évidence mais cela ne l’est pas. La solidarité ça n’est pas exotique, ça n’est pas un plus, c’est la continuité avec les actions de solidarité. Donc nous devons arriver à engager dans la campagne de boycott l’ensemble des mouvements de solidarité, là où ils sont, locaux ou nationaux, en leur montrant la continuité entre les formes d’oppression en Palestine et les formes de discrimination chez nous. »

De ce point de vue, la bataille menée par la Coalition contre Agrexco est exemplaire.

José Luis Moraguès

Coordinateur national CCIPPP

[1] BDS : Boycott, Désinvestissement, Sanctions.

[2] BNC : Comité National (Palestinien) du Boycott

Diffusé par l’auteur ce 3 septembre 2010


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