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« La prochaine fois... en prison ! »

samedi 27 juin 2009 - 04h:06

Generaldelegation Palästinas

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On reproche au metteur en scène de théâtre et de cinéma Samieh Jabbarin d’avoir agressé, le jour des élections à la Knesset, un commandant des garde-frontières israéliens. Des preuves n’ont pas pu être fournies. Néanmoins, le citoyen israélien, en plus de 16 jours de prison, est assigné à résidence depuis près de quatre mois dans la maison de ses parents à Umm al-Fahm, loin de son lieu de résidence, à Jaffa.

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Samieh Jabbarin

Jabbarin y est engagé depuis des années dans des actions de protestation pacifique contre les expulsions de populations arabes - des actions qui sont une épine dans le pied des autorités israéliennes. Samieh Jabbarin s’entretient par téléphone avec Susann Witt-Stahl.

Quelle est votre situation actuelle ?

Le 26 avril j’ai introduit une requête d’assouplissement de mon assignation à résidence, qui devrait me permettre d’exercer mon métier et de poursuivre mes études de Master. En principe, de telles requêtes sont acceptées - c’est ce que confirment les juristes impliqués dans ce genre d’affaires. Alors que le tribunal a accédé à la requête d’un co-accusé arrêté le même jour que moi, la mienne est toujours « en cours de traitement ». Récemment la juge a de nouveau postposé l’audience. Motif : je n’aurais pas mérité cet assouplissement, parce que je m’exprime politiquement en cours d’assignation à résidence.

Qu’est-il arrivé le 10 février à Umm al-Fahm ?

L’un des politiciens israéliens radicaux de droite les plus redoutés, Baruch Marzel, voulait venir comme « observateur électoral » dans une des plus grandes villes palestiniennes du pays. Son idéologie se réduit à une phrase : expulsion de tous les Palestiniens du « Grand Israël ». Cet acte était une pure provocation, dans le but d’intimider la population palestinienne et de semer la terreur. Les habitants et des militants de l’extérieur ont organisé des protestations. Après de longues tractations avec le maire, la police a finalement accepté de ne pas laisser entrer les fascistes dans la ville. Mais en réalité elle a introduit dans un bureau de vote de la ville un complice plus extrémiste encore, le député à la Knesset Arie Eldad. Les manifestations de protestation se sont poursuivies. Quelques secondes après que le commandant et les membres d’une unité spéciale de police m’ont aperçu, ils m’ont attaqué avec des matraques longues et m’ont arrêté.

Il paraît que vous auriez agressé le commandant ?

Beaucoup de personnes qui étaient sur les lieux peuvent témoigner du contraire. Il y a aussi des photos prouvant qu’en vérité c’est moi l’agressé. Malgré la demande de la défense, la police, qui filme chaque action politique, refuse de présenter le matériel. Si elle possédait des enregistrements à charge, j’aurais été condamné depuis longtemps. D’une manière ou d’une autre, ils voulaient à tout prix me voir derrière les barreaux.

Qu’est-ce qui vous fait dire cela ?

Dès les actions de protestation contre les massacres de Gaza, on m’a menacé : j’allais payer pour cela. On m’a dit mot pour mot que la prochaine fois ...ce serait la prison !

Quel danger pourriez-vous représenter ?

Depuis la fondation de l’Etat, les sionistes pratiquent une politique destinée à diviser la collectivité palestinienne en différents groupes : les Palestiniens dans les Territoires Occupés, les arabes israéliens et les réfugiés. Celui qui se met en travers de cette pratique est classé « dangereux ». Mes camarades et moi entendons notre engagement politique non comme un acte solidaire des Palestiniens des territoires occupés et de Gaza, mais comme notre combat commun contre toute occupation. Les attaques sur Gaza, nous les ressentons comme des attaques contre nous. Nous défendons ouvertement la solution monoétatique : un état démocratique et laïque, dans lequel juifs et Palestiniens cohabitent sans racisme. Cela, les services secrets ne peuvent le tolérer. Mais ils ont un problème : nous agissons toujours dans un cadre légal. Pendant les massacres de Gaza j’ai été arrêté trois fois, mais jamais jugé. Il n’y avait aucune charge contre moi. Alors le jour de l’élection, ils ont sauté sur « l’occasion ».

Quelles sont les conditions de votre assignation à résidence ?

Je porte un bracelet électronique au pied. Deux de mes s ?urs sont obligées de m’avoir « sous les yeux » 24 heures sur 24, et c’est une obligation au sens littéral. Elles doivent se relayer. Quoi qu’il arrive, je ne peux pas quitter la maison. Il y a cinq semaines, mon père, octogénaire et malade du c ?ur, n’allait pas bien. Sur les conseils d’un médecin, nous avons décidé de l’emmener à l’hôpital. J’ai demandé à la police l’autorisation de pouvoir l’accompagner avec ma mère. Le refus a été net, sous le motif que ce n’était pas nécessaire, que nous pouvions envoyer mon père à la clinique en ambulance. Que je ne veuille pas laisser ma mère toute seule en ces moments difficiles, cela n’intéressait pas la police.

Ce n’est pas par hasard que j’ai été mis aux arrêts loin de Jaffa, où j’habite et où j’ai des activités politiques. Malgré tout, beaucoup de mes camarades viennent me voir et nous planifions des activités communes. J’écris pour plusieurs journaux. Récemment j’ai commencé à organiser des ateliers théâtraux ici pour les jeunes du quartier.

Trouvez-vous une solidarité dans la population juive et arabe ?

Déjà quand j’étais en prison des actions de solidarité ont eu lieu. Au début ce sont surtout des Palestiniens qui ont participé, avec peu d’activistes juifs, qui venaient surtout des « Anarchists Against the Wall » - je suis très proche d’eux politiquement. Entre-temps beaucoup d’universitaires et d’artistes juifs se sont engagés, ils ont organisé une soirée de solidarité à Tel-Aviv et mis une pétition en ligne.

Existe-t-il une opposition de gauche crédible contre le gouvernement israélien de droite ?

Le problème ce n’est pas le nouveau gouvernement. Les développements des années précédentes montrent que les cabinets dits de centre gauche ont étendu les colonies, ont accéléré avec zèle le morcellement de la Cisjordanie par le Mur de l’Apartheid et ont initié deux guerres. Mais le danger du nouveau gouvernement apparaît vraiment si nous le considérons comme un miroir de la société israélienne. La majorité des électeurs juge la politique raciste et belliqueuse des gouvernements précédents trop « modérée » et souhaite davantage d’agressions. C’est un fait qu’aucun parti sioniste, qu’il soit de droite ou de gauche, ne serait prêt à accepter le retour des réfugiés palestiniens. Pour nous cela veut dire qu’il faut chercher les bons partenaires au-delà de l’idéologie sioniste. Curieusement, de plus en plus de juifs antisionistes se joignent à notre résistance.

Pendant votre emprisonnement, vous avez dirigé la mise en scène d’une pièce de théâtre qu’on a pu voir Square Rabin à Tel Aviv. Comment s’est passé ce travail et quel a été l’impact sur la représentation ?

La pièce s’intitule « Seven Jewish Children » et elle a été écrite par la dramaturge britannique Caryl Churchill pendant les massacres de Gaza. C’est une combinaison de beauté poétique et de courage intellectuel et politique. Dans le monologue il s’agit de tabous, de mythes et de savoirs refoulés dans l’histoire du sionisme. Mais il n’y a pas de prise de position claire - c’est au spectateur de le faire.

Le travail a été accaparant parce que je devais faire la mise en scène par l’Internet et par téléphone. En outre, nous devions avoir le projet bouclé sur scène en cinq jours. Le spectacle faisait partie d’une campagne contre le blocus de Gaza portée par deux organisations féministes : l’israélienne « Women Coalition for Peace » et l’étatsunienne « Code Pink ». Nous avons reçu une foule de réactions positives. Beaucoup de spectateurs qui ont vu notre pièce à Tel Aviv en plein air la décrivent comme « émouvante, importante, courageuse et belle ». Cela donne de l’espoir !

24 juin 2009 - Neues Deuschland - Cet article peut être consulté ici :
http://www.palaestina.org/news/beit...
Traduction de l ?allemand : Marie Meert


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