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Crimes de guerre à Gaza : Israël est-il capable de la moindre repentance ?

samedi 18 avril 2009 - 06h:21

Ramzy Baroud

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Les « investigations » israéliennes ont toujours eu deux objectifs : maintenir la prétention à une supériorité morale, et renvoyer la fausse image d’une démocratie à l’oeuvre, écrit Ramzy Baroud.

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Corps de policiers du gouvernement de Gaza, massacrés par les avions israéliens le 27 décembre 2008 - Photo : Cyberpresse.ca

N’importe quelle variante des mots « Palestine » et « massacre » donne en retour, à coup sûr, des millions de résultats sur les principaux moteurs de recherche sur la Toile. Ces résultats font référence dans leur très large majorité aux centaines de dates et événements marquants au cours desquels de nombreux Palestiniens ont été assassinés par l’armée ou les colons israéliens.

Mais les références aux massacres d’une nature similaire précèdent la création même de l’état d’Israël, dont la mise en place a toujours été liée à l’objectif du nettoyage ethnique jamais interrompu des Palestiniens. Dans toute son histoire, ce projet sanglant a été mis à exécution pour un but bien spécifique qui est l’acquisition illégale de terres et la disparition ou l’extermination de ceux qui osent résister.

Israël a quasiment nié tous les massacre qu’il a commis. Ceux qui étaient trop évidents pour être niés « ont été soumis à enquête » par Israël lui-même, qui de façon tout à fait prévisible a décrété la plupart du temps ses soldats « non coupables » ou simplement coupables de mauvaise conduite. Les « investigations » israéliennes ont toujours eu deux objectifs : aider les Israéliens à maintenir leur prétention à une supériorité morale, et renvoyer aux médias internationaux l’image particulièrement déformée d’une démocratie israélienne à l’oeuvre et d’une institution judiciaire indépendante.

Dans les suites de la tragédie de Gaza en décembre 2008 et janvier 2009 — la dernière en date dans la liste toujours plus longue des massacres de Palestiniens — il n’y a rien de nouveau dans la manière dont Israël considère ses actes, avec la pleine approbation des Etats-Unis et une attitude mitigée d’une grande partie de la communauté internationale.

Néanmoins, le 3 avril, le Conseil des Droits de l’Homme des Nations Unies [UNHRC] a nommé Richard Goldstone, un juge juif sud-africain pour enquêter de façon plus approfondie sur ce que le conseil avait déjà qualifié, dans un vote datant du 12 janvier, de « graves » violations des Droits du Homme par l’armée israélienne en faisant référence à l’attaque israélienne de 22 jours contre la bande de Gaza au cours de laquelle plus de 1400 Palestiniens — dans leur large majorité des civils — ont été assassinés et plus de 5500 blessés.

Yigal Palmor, porte-parole du ministère israélien des affaires étrangères a déclaré à l’AFP, en réponse à la décision de l’UNHRC que l’enquête n’était « pas une tentative pour trouver la vérité mais de pour ternir la réputation d’Israël en se joignant aux efforts engagés par quelques pays pour diaboliser Israël. » Il a ajouté, « l’enquête n’a aucune base morale puisqu’elle a déjà décidé qui est coupable et de quoi avant même d’avoir commencé. » Palmor a poursuivi en usant toujours de la même carte israélienne gagnante : la démocratie, prétendant que les nations démocratiques n’ont pas voté pour l’appel pour enquêter sur les meurtres de Gaza.

Mais la vérité est que l’UNHRC n’est pas allé jusqu’aux conclusions mais s’est appuyé sur de très fortes évidences, toutes arrivant au même résultat : c’est qu’Israël a commis des crimes de guerre dans la bande de Gaza.

La mission de l’enquêteur des Nations Unies, Richard Falk, représente en elle-même un indéniable acte d’accusation de l’armée israélienne. Ses communiqués et rapports des derniers mois ont maintenu que le blocus israélien contre Gaza était « une violation sans conteste de la loi d’humanitaire international », et que « l’attaque massive sur une région fortement urbanisée et peuplée » a soumis la population civile dans sa totalité « à une forme inhumaine de guerre qui tue, mutile et inflige aussi des blessures mentales ».

L’illégalité de la guerre israélienne et les violations des Droits du Homme commises dans le déchaînement de la violence israélienne sont clairement établies par les normes juridiques internationales auxquelles Falk fait référence, et beaucoup d’autres responsables ont fait de semblables évaluations.

Pour exemple, le 23 mars, les experts en matière de droits de l’homme des Nations Unies ont accusé Israël d’utiliser des Gazans comme boucliers humains, citant particulièrement le cas d’un garçon de 11 ans. Radhika Coomaraswamy, délégué du secrétaire général de l’ONU pour la protection des enfants dans les conflits armés, a déclaré que « les violations israéliennes ont été rapportées quotidiennement, et sont trop nombreuses pour être toutes mentionnées. »

Coomaraswamy « a fait savoir que l’armée israélienne a tué des enfants palestiniens, a rasé au bulldozer une maison alors qu’une femme et son enfant étaient encore à l’intérieur et a bombardé un bâtiment dans lequel qu’ils avaient enfermé des civils un jour plus tôt, » ont rapporté des journalistes des télévisions. Mais il ne s’agissait que de « quelques exemples des centaines de cas qui ont été documentés et vérifiés ».

L’assaut israélien et le siège persistant ont coûté très cher à Gaza, ont détruit sa déjà faible économie, ruiné ses terres cultivables et privé de tout sa population. Les rapports sur ces faits sont aisés à trouver. Les mots « Gaza » et « détruction » renvoeint également d’amples résultats. Falk, un professeur juif très largement sait très bien de quoi il parle lorsqu’il a déclaré en janvier que les actes israéliens dans Gaza rappellent « les pires des souvenirs du ghetto de Varsovie ».

Palmor, comme la plupart des Israéliens, n’en est pas convaincu et poursuit ses sermons sur la moralité et la démocratie et tout le reste avec les mots que l’on attend. Mais si Palmor croit à une conspiration internationale de pays non-démocratiques « pour ternir » la « réputation » autrefois sans tache d’Israël, il devrait fixer son attention sur la large couverture donnée par le journal Haaretz aux témoignages de soldats israéliens concernant leur propre comportement dans Gaza.

« C’est comme si la saison de chasse avait commencé, » a déclaré dans Haaretz un soldat israélien qui a servi à Gaza. « Parfois cela me rappelle un jeu électronique (d’ordinateur). Vous entendez des acclamations dans la salle de suivi des opérations de guerre après que vous ayez vu sur les écrans que le missile a frappé une cible, comme s’il s’agissait d’un jeu de foot. »

« Il y avait une maison avec une famille à l’intérieur... nous les avons confinés dans une des pièces. Après, nous avons quitté la maison et une autre compagnie est arrivée, et quelques jours après que nous y soyons entrés un ordre est venu de relâcher la famille. Nous avons pris nos positions sur le toit. Il y avait un tireur isolé [sniper] placé sur le toit et le commandant de la compagnie a libéré la famille et leur a dit de s’en aller par la droite, » a raconté un autre soldat. « Une mère et ses deux enfants n’ont pas compris l’ordre, et ont pris par la gauche. Quelqu’un a oublié d’informer le sniper sur le toit que la famille avait été libérée, pour l’empêcher de tirer, et il... vous pouvez dire qu’il a agi comme il le devait, comme on le lui avait ordonné. »

Dans un monde meilleur, beaucoup d’hommes politiques et de chefs militaires israéliens se retrouveraient devant une cour internationale de justice pour répondre à des questions ardues. Pour l’instant, ils restent persuadés que l’armée israélienne est « la plus morale » dans le monde.

On peut espérer que les mots « justice pour la Palestine » cesseront d’être simplement une clé de recherche, et finiront par refléter une réalité sur le terrain pour que la liste sans fin des massacres de Palestiniens cesse de s’allonger.

* Ramzy Baroud est écrivain et rédacteur en chef de « PalestineChronicle.com ». Ses écrits ont été publiés dans de nombreux journaux, magazines et anthologies dans le monde entier.
Son dernier livre est « The Second Palestinian Intifada : A Chronicle of a People’s Struggle » (Pluto Press, London).

Site Internet :
www.ramzybaroud.net

Du même auteur :

- Netanyahou et « l’avenir du processus de paix » - 30 mars 2009
- Intifada : un troisième chapitre ? - 28 mars 2009
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8 avril 2009 - Communiqué par l’auteur - Traduction : Claude Zurbach


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