3 décembre 2016 - CONNECTEZ-VOUS sur notre nouveau site : CHRONIQUE DE PALESTINE

L’escroquerie du contrat sécuritaire américano-irakien

samedi 6 décembre 2008 - 15h:40

Ramzy Baroud

Imprimer Imprimer la page

Bookmark and Share


Il n’y a là rien qui vaille d’être célébré, parce qu’il s’agit de la même escroquerie que celles que l’administration Bush et les administrations précédentes ont promotionnées depuis des décennies en Irak comme ailleurs, écrit Ramzy Baroud.

JPEG - 28.7 ko
La seule célébration qui vaudra, c’est celle du jour où les Etats-Unis quitteront unilatéralement l’Irak et fourniront les compensations nécessaires face aux monstrueuses destructions occasionnées par leur invasion.

Les médias se sont précipités pour célébrer le pacte de sécurité « historique » qui permettra aux troupes des Etats-Unis de rester en Irak trois années de plus, après que le parlement irakien ait ratifié l’accord le 27 novembre. L’approbation a été votée une semaine après que le cabinet irakien ait fait de même.

Les moyens de communication ont dégorgé des milliers de titres, donnant la fausse impression que le gouvernement et le parlement irakiens avaient leur mot à dire en ce qui concerne le futur des troupes américaines dans leur pays, contribuant encore à l’illusion façonnée par Washington selon laquelle l’Irak serait un pays démocratique, fonctionnant indépendamment des diktats de Ryan Crocker, l’ambassadeur américain à Bagdad, et du général Ray Odierno, commandant les troupes des Etats-Unis en Irak. Les deux hommes ont publié un communiqué commun de félicitations peu de temps après le vote parlementaire, le présentant comme « la formalisation d’une association forte et équitable » entre les Etats-Unis et l’Irak.

Jonathan Steel du journal britannique The Guardian s’est également joint au chorus. « Voyez le texte de l’accord. Il est remarquable pour le nombre et la portée des concessions que le gouvernement irakien est parvenu à obtenir de l’administration Bush. On y trouve une série de retournements qui sanctionnent la défaite complète du plan néo-conservateur de transformer l’Irak en allié pro-occidental et en plate-forme à partir de laquelle seraient lancés les projets américains à travers le Moyen-Orient. »

Même Aljazeera.net dans sa version anglaise, a semblé ne pas avoir conscience de la mascarade. Ce média écrit avec assurance que l’accord « mettra fin à l’invasion de 2003 de l’Irak qui a entraîné le renversement de Saddam Hussein. C’est effectivement un âge d’or pour le gouvernement irakien qui a conclu un marchandage difficile avec Washington, obligeant à un certain nombre de concessions — y compris une chronologie contraignante pour un retrait — après plus de 11 mois de dures négociations. »

L’essentiel de l’attention a été accordée aux dates et aux chiffres comme si leur seule mention était assez pour obliger le gouvernement des Etats-Unis à respecter la souveraineté de l’Irak : le 30 juin 2009 est la date à laquelle les forces américaines se retireront des villes irakiennes et le janvier 2012 est la date pour un retrait complet du pays. Dûment mentionnée également est une allusion rapide à l’opposition à l’accord représentée par le « non » des voix des « partisans de Muqtada al-Sadr, le dirigeant shiite », qui a provoqué, selon la BBC « des scènes d’agitation, de cris et des claquements de porte durant la discussion ».

Le rejet des opposants en tant que « disciples » de ceci ou de cela — dépeignant ceux qui refusent les intimidations américaines comme un groupe sectaire et indiscipliné — a aussi son avantage. Après tout, seule une vraie démocratie peut se permettre de tels désaccords butés et enflammés, du moment que la volonté de la majorité est respectée à la fin.

Ali Al-Dabbagh, porte-parole du gouvernement irakien, a su exactement capitaliser les mots à la mode que les médias attendaient impatiemment de pouvoir entendre. Le succès du vote constituerait une « victoire pour la démocratie parce que l’opposition a fait son travail et les partisans [de l’accord] ont fait le leur ».

Naturellement, il n’y a là rien qui vaille d’être célébré, parce qu’il s’agit de la même escroquerie que celles que l’administration Bush et les administrations précédentes ont promotionnées depuis des décennies en Irak comme ailleurs. La « vraie démocratie » dans le tiers monde est simplement un des moyens utilisés pour un but spécifique qui est toujours d’assurer la domination des intérêts Etats-Unis et de leurs alliés. Ceux qui osent dévier de la norme se retrouvent la cible d’actions violentes et à grande échelle dont Gaza est l’exemple le plus récent.

Ce qui est particulièrement intéressant au sujet de l’Irak est que les communiqués de presse et les analystes dans les médias survolent les 18 pages de l’accord comme si un morceau de papier parsemé de mots fantaisistes pouvait représenter une obligation pour le gouvernement des États-Unis qui, ces huit dernières années, a transformé en plaisanterie le droit international et les traités autrefois considérés comme un cadre mondial de référence. Pourquoi le gouvernement des Etats-Unis, qui en grande partie a agi seul en Irak, a violé le droit international et les conventions de Genève et même ses propres règles pour la guerre, respecterait-il un accord signé avec une puissance occupée et sans aucun pouvoir, représentée par des hommes et des femmes majoritairement mis en place par les Etats-Unis eux-mêmes afin de leur faire jouer la comédie de « la souveraineté » ?

Il est également déconcertant de voir comment quelques détails extrêmement importants ont été généralement négligés ; par exemple, le fait que le gouvernement irakien peut signer un accord à part avec les Etats-Unis permettant de reporter la date-limite du retrait si la situation sécuritaire leur fait considérer un tel accord comme nécessaire. Au lieu de cela, l’accent a été mis sur des « concessions » obtenues par les Irakiens concernant l’application de la loi irakienne à l’encontre des ressortissants et soldats américains qui commettront des crimes horribles en dehors « de leur service » et à l’extérieur de leurs bases militaires. Ceci signifie pour être clair que les crimes horribles commis dans les prisons telles qu’Abu Ghraib et l’assassinat l’an passé de 17 civils irakiens par des mercenaires de Blackwater sur la place Nisour au centre de Bagdad ne regardent pas les Irakiens. Et même lorsque des crimes qui tombent sous le coup de la loi irakienne seront dénoncés, la question devra être étudiée par un comité américano-irakien. On ne peut que supposer que ceux qui auront le pistolet le plus gros imposeront à chaque fois leur interprétation de l’accord.

En fait, une raison importante à l’origine du retard dans l’édition de l’accord dans sa version anglaise (c’est d’abord une version arabe qui a été rendue publique) est l’insistance apparente des USA à interpréter la langue d’une façon qui permettrait des échappatoires en cas de futurs désaccords. Mais même si la langue est comprise mutuellement avec la même clarté, et même si le gouvernement irakien était déterminé à maintenir sa position sur une question particulière, qui sera susceptible d’imposer son point de vue ? Le gouvernement des Etats-Unis avec 150 000 hommes de troupes sur le terrain et un projet impérial écrasant dont l’échec s’avérerait des plus coûteux pour les intérêts américains au Moyen-Orient ? Ou le gouvernement de Nuri Al-Maliki dont la simple survie dépend de la volonté américaine ?

Plus de cinq ans sont passés depuis que les Etats-Unis ont occupé l’Irak, laissant dans leur sillage une tragédie qui a coûté la vie à des centaines de milliers d’Irakiens, détruit la société civile, permettant de ce fait l’installation d’un des régimes politiques les plus corrompus au monde et introduisant en Irak les terroristes même que l’administration Bush s’était vouée à abattre.

Rien n’a changé depuis lors. Les Etats-Unis ont attaqué l’Irak pour ses richesses et pour la valeur stratégique que représente le contrôle d’une telle richesse. L’administration Bush et ses alliés ont souvent tenté de masquer cette réalité, employant toutes les couvertures et mascarades imaginables. Les faits demeurent les mêmes, de même que fait la seule solution possible : les Etats-Unis doivent se retirer d’Irak sans tarder, permettant aux Irakiens d’en reprendre les morceaux épars, et de trouver des solutions à leurs différents comme ils l’ont fait durant des millénaires.

(*) Ramzy Baroud est l’auteur de « The Second palestinian Intifada : A Chronicle of a People’s Struggle » et rédacteur en chef de « PalestineChronicle.com »

Site Internet :
www.ramzybaroud.net

Du même auteur :

- Les droits des femmes en zones de conflits
- Une troisième Intifada en gestation - 25 novembre 2008
- Economie palestinienne : de pire en pire...
- L’unité palestinienne : possibilité réelle ou simple incantation ? - 20 septembre juillet 2008
- Ce qu’il reste de Bush et de son "ordre nouveau" - 6 septembre 2008

1° décembre 2008 - Ramzy Baroud - Diffusé par l’auteur : Traduction de l’anglais : Claude Zurbach


Les articles publiés ne reflètent pas obligatoirement les opinions du groupe de publication, qui dénie toute responsabilité dans leurs contenus, lesquels n'engagent que leurs auteurs ou leurs traducteurs. Nous sommes attentifs à toute proposition d'ajouts ou de corrections.
Le contenu de ce site peut être librement diffusé aux seules conditions suivantes, impératives : mentionner clairement l'origine des articles, le nom du site www.info-palestine.net, ainsi que celui des traducteurs.