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Une nouvelle ère pour le cinéma palestinien

vendredi 12 janvier 2007 - 20h:12

Youssef al-Shayeb

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« Je crois toujours que je transmets une vraie représentation du monde dans mes documentaires. » Azza al-Hassan, réalisatrice palestinienne.

La réalisatrice Azza al-Hassan vient de terminer son documentaire « Always Look into their Eyes » (Regardez-les toujours dans les yeux) qui sera projeté ce mois-ci à Ramallah. Son documentaire « Kings and Servants » (Rois et Serviteurs) avait initié une nouvelle ère pour l’industrie de la production palestinienne. Le film, sorti il y a deux ans, a obtenu plusieurs prix. Dans son ?uvre, al-Hassan réunit à la fois la documentation, le récit et l’imagination.

Le nouveau projet d’al-Hassan « The Eggplant » (L’Aubergine) est un film tiré du roman d’une écrivaine palestinienne, Salma Dabbagh, qui vit au Royaume-Uni. Ce sera la première expérience d’al-Hassan dans le film narratif.

« Always Look into their Eyes » explore la vision israélienne de la vie quotidienne palestinienne avec les yeux du personnage principal, Abu Reesh. Adoré par les gens qu’ils rencontrent au Liban, particulièrement une petite fille nommée Azza, Abu Reesh feint la folie. Plus tard, les gens vont découvrir qu’il est colonel dans les forces armées israéliennes. La caméra glisse doucement de la Cisjordanie vers d’autres cités arabes, négligeant toutes les frontières géographiques entre elles.

« Auparavant je m’étais entretenue avec des personnes qui n’avaient jamais entendu l’histoire d’Abu Reesh et je la leur racontai dans le détail » dit al-Hassan. « J’avais prêté beaucoup d’attention à la façon dont ils réagissaient ; comment ils la dénonçaient et la remodelaient. »

Al-Hassan explique ce qui lui parait de si saisissant dans l’histoire. « L’idée est l’histoire d’un Israélien qui vivait parmi nous et que nous aimions parce qu’il avait changé son identité et qu’il était proche de nous. Il a réalisé que s’il révélait sa véritable identité il nous deviendrait repoussant. Il savait que nous le rejetterions. Et quand son identité réelle fut découverte, ses relations avec nous n’ont plus été les mêmes. »

Al-Hassan est convaincue que le film met en valeur les dynamiques compliquées des relations humaines. « En plus des relations entre les personnes, il y a le rapport à soi-même. Par le biais d’Abu Reesh, nous pouvons aller au fond de nos propres pensées et sentiments. C’était un réel défi de faire un film qui était à la fois profond sur le plan intellectuel et en même temps, divertissant. »

L’organisation, l’ordre et le développement des évènements représentent peut-être l’aspect technique le plus significatif de ce documentaire d’Al-Hassan. Quatre jeunes femmes et jeunes hommes de Ramallah vont entreprendre une recherche sur Abu Reesh. Ce désir symbolise la démarche dans la recherche d’un autre qui est en même temps inséparable de notre vie.

La structure technique délibérée qu’on voit dans les films d’al-Hassan, tels que le récit de ces quatre jeunes femmes et jeunes hommes et sa recherche dans les archives cinématographiques palestiniennes du réalisateur palestinien, Qais Zubeidi, inhumé à Beyrouth, est en fait considérée comme « un coup cinématographique » dans le milieu du film documentaire.

Al-Hassam pense que son film reflète son propre caractère « comme réalisatrice de documentaires », soulignant qu’elle n’est aucunement journaliste. Elle aborde la reconstruction de l’identité palestinienne de l’après-1967 par les jeunes, cherchant ce qu’elle appelle « la proposition intellectuelle palestinienne au moment où beaucoup de propositions ont échoué. ».

Al-Hassam a innové une nouvelle approche au sein de l’industrie cinématographique palestinienne, évidente dans son « Kings and Servants », comme elle a développé un nouveau langage pour le cinéma dans « « Always Look into their Eyes ». Elle recherche constamment des thèmes d’identité vaincue ou d’identité en crise, et à la fois de relation avec soi-même.

La participation personnelle d’al-Hassan à l’écriture du script de son documentaire en fait un film spécialement pour elle avec une signification personnelle. Dans les débuts de la réalisation, elle a rencontré de grandes difficultés financières. « J’étais sûre de mes idées et de mon script, de ma façon de filmer et de diriger » rappelle-t-elle. Les conditions ont changé maintenant. « Je crois toujours que je transmets une vraie représentation du monde dans mes documentaires. » dit-elle.

« The Eggplant » parle de deux amis avec des tendances politiques différentes qui étudient ensemble à l’université. L’un deviendra un homme d’affaires à Dubaï et l’autre, un journaliste qui reste méconnu. Un jour, ils se retrouvent et engagent une profonde conversation.

« Nous n’en sommes qu’au début du film, » dit al-Hassam « mais je pense que le roman est encourageant et on peut en tirer un film très créatif. »


Azza al-Hassan est née en 1971 à Amman en Jordanie dans une famille de réfugiés palestiniens, et elle grandi à Beyrouth au Liban.

Après des études universitaires en Ecosse et en Angleterre, elle travaille à la télévision MBC de Londres. En 1996, elle se rend en Palestine et réalise son premier documentaire Arab women speak out. Elle décide alors de rester et s’implique dans divers projets sociaux. En 1998, elle réalise Title deeds from Moses, un film sur les colonies israéliennes autour de Jérusalem, et Sindbad is a she en 1999.

Par ailleurs, elle donne des cours sur le cinéma et la vidéo au département "Modern media institute" de l’Université al-Qods (Jérusalem).

Avec Newstimes, à Ramallah, la cinéaste entreprend de tourner un film "qui capte ce qui constitue sa vie, sa façon de voir un événement". Faisant le choix filmique de la proximité, elle se propose de raconter l’histoire d’amour de ses voisins, qui sera très vite interrompue par la violence. Elle s’intéresse alors à la vie de quatre adolescents "lanceurs de pierres" dont elle observe les va-et-vient quotidiens sous ses fenêtres. Loin de vouloir "fabriquer de bonnes news déshumanisantes", elle offre aux enfants un espace de reconstitution d’une autre réalité. Le film va se construire au fil des entretiens avec ces garçons, substituant au genre "news" une autre histoire, plus intime, plus humaine.

Source : http://www.africine.org/

Ramallah - http://www.times.ps/etemplate.php?id=631
Traduction : JPP


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