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Excusez-moi, mais je suis juif

dimanche 19 octobre 2008 - 08h:20

Miko Peled

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Je ne vois aucune contradiction entre le fait d’être arabe et d’être un homme d’une famille comme il faut. C’est une question sur laquelle l’Amérique a besoin d’être très claire.

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Vous pouvez être africain, ou arabe ou asiatique et toujours être un Américain.




Le discours raciste en Amérique est alarmant et souvent les gens ne remarquent même pas quand il est tenu. Quand la dame, lors de la réunion à l’hôtel de ville, a demandé à John McCain si Barak Obama était arabe, il a répondu : « Non, non, c’est un homme qui appartient à une famille bien comme il faut ». Où est la contraction ? Cela signifie-t-il que s’il est arabe, il n’est pas d’une famille comme il faut ? Bon, excusez-moi, mais moi je suis juif, et je suis plus sensible et plus facilement blessé sur ces choses.

Quand on dit qu’Obama est arabe, la bonne façon de réagir c’est : « Et alors ». A la question de savoir si Barak Obama est musulman, la réponse doit être : « Je ne sais pas, mais qu’est-ce que ça peut faire. »

Contrairement à ce que beaucoup de gens disent, l’holocauste n’est pas le pire qui est arrivé au peuple juif et ce n’est pas la résurgence de l’holocauste que nous avons le plus à craindre. L’holocauste a été le résultat inévitable de siècles d’endoctrinement chrétien en Europe, selon lequel les juifs étaient moins que des êtres humains. Ce qui s’est produit dans l’holocauste a été la conséquence naturelle de siècles durant lesquels les chrétiens ont enseigné la haine. C’est la réapparition d’une telle tendance qu’il nous faut empêcher, de sorte qu’un nouvel holocauste ne puisse jamais se reproduire.

L’Amérique est prête pour une occasion formidable en ce novembre. Bien plus grande que l’arrivée d’un homme sur la lune, ou l’édification de tel ou tel espace gadget ou la découverte de tel ou tel microbe. L’occasion est de montrer à l’Amérique que pour être Américain vous n’avez pas besoin de vous appeler Jim ou George ou Bob ; que vous n’avez pas besoin de ressembler à ces vieux types blancs qui ont leurs portraits affichés partout. Non, vous pouvez être africain, ou arabe ou asiatique et toujours être un Américain parce que la vérité est que ce fut le cas pendant plus de deux siècles.

Mais c’est une tâche formidable. Faire que les huit prochaines années soient les meilleures de l’histoire américaine va demander de la force et du courage et c’est ce qu’on attend des Américains le jour du scrutin. Les jours d’élections, la plupart d’entre nous aimons nous en tenir à nos vieux conforts et nos vieilles loyautés, pour trouver le candidat qui voit et parle comme nous de manière à nous sentir à l’aise. Nous voulons « notre type » ou le type de « notre équipe » pour le faire gagner. Nous sommes tous des humains et c’est ainsi qu’agissent les humains. C’est bien dans des circonstances normales.

Mais cette année, l’occasion est si grande que nous devons regarder au-delà des loyautés et des conforts habituels. Cette année, nous devons examiner ce que l’Amérique peut vraiment devenir en huit ans et c’est difficile à faire. Nous sommes entraînés au désespoir par les infos sur une crise économique, par la crainte d’attaques imminentes de terroristes et par la possibilité que notre terre soit au bord d’une catastrophe naturelle importante. Il est normal alors que nous nous cramponnions à ce que nous pensons être la vérité, que nous nous accrochions à ce que nous croyons être juste et que nous nous bouchions les yeux et les oreilles pour ne pas voir ni entendre ce qui pourrait perturber notre confort.

L’Amérique a fait des choses que nul autre pays n’a faites, et notamment des actes de magnanimité aussi bien que des actes de grandes stupidité et cruauté. Telle est la nature des grandes nations, elles ont la capacité de faire de grandes choses et le pouvoir de faire des erreurs colossales. L’élection de cette année offre à cette nation l’opportunité de montrer sa grandeur, de montrer sa magnanimité et de montrer sa véritable force.

Pas besoin de prouver la puissance militaire et économique de l’Amérique. Il suffit de jeter un coup d’ ?il sur les hommes et les femmes de talent qui composent ses forces armées. Les gens qui, comme moi, vivent dans le Coronado [San Diego] voient ces hommes et ces femmes quotidiennement. J’ai le privilège de travailler avec nombre de familles qui ont des êtres chers dans la marine : ce sont les meilleurs et les plus brillants et ce sont les personnes et les parents les plus dévoués qu’on puisse espérer rencontrer. Nous savons aussi que l’Amérique a des esprits brillants dans les domaines de l’économie et des sciences, et très certainement dans tout autre domaine connu de l’homme.

Toute grande nation a de bons et de mauvais dirigeants. Toute grande nation dans l’histoire du monde a montré de la grandeur et s’est abaissée à la mesquinerie ; toute grande nation a eu son heure de gloire et son temps de honte. Les huit dernières années ont abaissé ce pays plus bas qu’il ne l’a jamais été auparavant. C’est à nous, cette année, de déterminer si les huit prochaines années doivent être les mêmes pour l’Amérique.

Nul ne sait le temps qu’il faudra pour reconstruire ce que l’Amérique a détruit en Iraq, ou pour que les Iraquiens pardonnent à l’Amérique son intervention. Tels que je connais les gens du Moyen-Orient, je me hasarderais à dire que pour la plupart, ils sont magnanimes et cléments. Les Iraquiens reconstruiront sans aucun doute leur pays, mais plus tôt l’Amérique partira, mieux cela vaudra pour l’Iraq et le Moyen-Orient globalement.

Ce que doivent se demander les Américains c’est comment nous assurer que nous ne serons pas embobinés et induits en erreur dans une nouvelle guerre, comme celle que nous avons avec l’Iraq. Qu’un élan se manifeste ou non est sans importance car il n’y a pas eu besoin d’élan pour que l’Amérique y détruise l’ordre existant avant elle. Et la question n’est pas de savoir ce que les généraux recommandent au gouvernement de faire ou ne pas faire, mais ce que le gouvernement dit aux généraux de faire et quand ils doivent le faire.

Il y beaucoup de questions auxquelles le prochain président devra s’atteler, et d’autant plus, la plupart d’entre nous ferions bien de nous assurer que le prochain président soit un type qui possède l’audace d’espérer. Il est temps pour l’Amérique de regarder au-delà de la couleur, de regarder au-delà de la peur ; d’être convaincue que c’est bien d’avoir une famille présidentielle qui ne ressemble pas à celle qui la précède.

Alors je le répète, excusez-moi, mais je suis juif. Je ne vois aucune contradiction entre le fait d’être arabe et celui d’être un homme d’une famille comme il faut. C’est une question sur laquelle l’Amérique a besoin d’être très claire.


Miko Peled est un militant israélien pour la paix et écrivain, il vit aux Etats-Unis, à San Diego. Il est co-fondateur de la fondation Elbanna Peled, en mémoire de Smadar Elhanan et Abir Aramin. Peled est le fils du défunt général israélien Matti Peled. Son article a été rédigé pour PalestineChronicle.com. Pour le contacter : mikopeled@aol.com.

Du même auteur :

- Transformer Israël
- Une fissure dans le mur
- Bil’in et la prochaine Intifada
- Il est temps d’aller voir Gaza

15 octobre 2008- PalestineChronicle - Traduction : JPP


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