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Liban : désespoir, choc et mécontentement au sein de la population appauvrie de Nahr al-Bared

dimanche 5 octobre 2008 - 07h:46

IRIN

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On dirait des containers de cargo : de longues rangées d’éléments préfabriqués en ferraille, entassés sur 2 étages, posés sur les bords du camp de réfugiés ruiné de Nahr al-Bared dans le nord du Liban.

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Le camp de Nahr al-Bared après les affrontements - Photo : IRIN

A l’intérieur de chaque élément sans air de 18 m2 se trouve une toilette, un réchaud à gaz et des matelas défraichis à même le plancher en bois. Ceci représente la chambre à coucher, la salle de bains et la cuisine pour les familles palestiniennes comme celle de Hyat Jundi dont la maison à Nahr al-Bared a été détruite l’été dernier lors des combats entre l’armée et les militants islamistes.

« Je passe la journée à me battre avec les voisins au-dessus de nous au sujet de l’eau qui se répand dans notre pièce » dit Jundi (55 ans) tandis que ses 4 jeunes enfants s’activent dans la chambre. « Je suis énervée car le fait de dormir sur le sol me fait mal au dos ».

Le mari de Jundi, un éboueur pour l’organisation de l’UNRWA, est marié à deux autres femmes avec enfants. Il n’est donc capable de lui donner que 150$ par mois dit-elle. La nourriture provient de distributions de l’UNRWA et de dons du « Lebanese Future Movement » du dirigeant parlementaire Saad Hariri.

Le long du couloir sombre et humide et en haut de quelques marches, Marzouka Mohammed Khadr (19 ans), une jeune libanaise mariée à un Palestinien de Nahr al-Bared, nous montre la pièce où elle élève sa jeune famille.

« Nous avions auparavant une salle de bains et une cuisine séparée mais maintenant tout se retrouve dans la même pièce » raconte-t-elle en montrant les cafards qui courent dans les fentes du plancher sous l’évier de fortune. Des mouches bourdonnent dans la pièce tandis que la brise attrape l’odeur des effluents des eaux d’égouts qui filtrent à travers le plancher.

Assistance alimentaire et subventions locatives menacées

Et pourtant la vie de ces 300 familles palestiniennes et de leur millier d’autres parents déplacés pour la troisième fois du camp de Nahr al-Bared risque très bientôt d’empirer en grande partie à cause de l’abandon par les états arabes de la région.

L’UNRWA prévient que si son appel urgent pour 43 millions de dollars pour l’assistance humanitaire n’est pas rapidement satisfait, l’agence sera obligée d’ici la fin octobre d’arrêter de distribuer l’assistance alimentaire aux 3.100 familles et de mettre fin aux soutiens à la location pour 27.000 Palestiniens déplacés de Nahr al-Bared.

Jusqu’à présent seul les Etats-Unis ont répondu par des fonds d’urgence, en donnant 4.3$ millions pour le gite, la santé et l’éducation, ce qui fait partie d’un engagement total cette année de 23.5$ millions pour la reconstruction par l’UNRWA de Nahr al-Bared.

L’UNRWA a déclaré en juin qu’il avait besoin de 445$ millions afin de reconstruire le camp de réfugiés, à la fois le surnommé ?Nouveau Camp’ qui a été très endommagé et le camp d’origine, le Vieux Camp, plus petit, qui a été totalement détruit.

Peu de soutien financier arabe pour l’UNRWA

L’UNRWA dit que jusqu’à présent il a reçu juste 70$ millions, (88% de donateurs occidentaux) ce qui correspond à 90% de fonds promis pour une assistance à court-terme. A ce jour aucun gouvernement arabe ne s’est engagé pour la reconstruction du camp sur le long terme, le plus important projet de l’histoire de l’UNRWA.

« Malheureusement cela fait partie d’une tendance permanente » dit Leila Shahid la représentante palestinienne de l’Union Européenne, dans un article récent.

« Le Luxembourg donne plus au budget courant de l’UNRWA que n’importe quel gouvernement arabe alors que la Norvège donne plus annuellement à ce même budget que tous les gouvernements arabes réunis ».

Dans un effort pour mettre en exergue le sort des Palestiniens déplacés de Nahr al-Bared, l’UNRWA a organisé la semaine dernière une tournée exceptionnelle dans les zones du nouveau camp. La dernière visite du camp par IRIN a eu lieu en décembre.

Désespoir et traumatisme

Malgré le fait que beaucoup d’aspects de la vie normale tels que les marchands de légumes, les cafés internet et le réseau électrique, soient revenus dans certaines zones du nouveau camp (le vieux camp reste hors limite), les cicatrices émotionnelles de la population semblent aussi profondes que les cicatrices physiques du camp.

« La dépression est en augmentation parmi les patients » dit Mahmoud Nasser, l’officier médical en chef du camp et dirigeant de l’une des deux cliniques ouvertes par l’UNRWA depuis novembre.

« Ils sont plus agressifs et certains d’entre sont réduits au désespoir. Nous avons eu des patients diabétiques qui ont arrêté de prendre leurs médicaments parce qu’ils ne voient plus à quoi ça sert de rester en bonne santé ».

Nasser dit que sa clinique traitait quelques 180 malades par jour, beaucoup souffraient de maladies de peau dues aux immenses nuages de poussière qui proviennent des décombres du camp. L’UNRWA fournit maintenant 100% des traitements médicaux pour les maladies chroniques telles que l’hypertension et le diabète au lieu des 50% habituels.

Salina al-Aynen, la coordinatrice du Centre pour les enfants et les jeunes (Children and Youth Centre CYC), d’un jardin d’enfants financé par une ONG italienne et de Save the Children, dit que beaucoup de jeunes enfants de 5 à 8 ans montrent des signes de traumatisme.

« Après le cauchemar de Nahr al-Bared, nous avons vu des gosses qui marchaient pieds nus à travers les rues. Quand ils sont arrivés ici, ils avaient peur et certains d’entre eux préféraient rester seuls. Mais nous les aidons à surmonter leurs peurs par des jeux communautaires et en célébrant les bonnes choses de la vie ».

Mécontentement

Abed Najjar du Comité Populaire Palestinien de Nahr al-Bared dit que le mécontentement augmente parmi les Palestiniens qui reviennent vivre dans le nouveau camp.

« L’armée ne se soucie plus de personne. Les gens sont chaque jour harcelés aux check-points » raconte-t-il. « La reconstruction va très lentement. Cela fait cinq fois qu’ils promettent d’enlever les décombres dans le vieux camp ».

L’UNRWA dit que l’enlèvement des décombres dans le vieux camp doit commencer à la fin de la première semaine d’octobre.

30 septembre 2008 - IRIN (United Nation Office for the Coordination of Humanitarian Affairs-Integrated Regional Information Networks) - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.reliefweb.int/rw/rwb.nsf...
Traduction de l’anglais : Ana Cléja


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