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Economie palestinienne : de pire en pire...

samedi 4 octobre 2008 - 06h:20

Ramzy Baroud

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Les chiffres sont sinistres, que ce soit en Cisjordanie ou dans la bande de Gaza. L’économie palestinienne est dans un état des plus misérables, et ce désastre est surtout, sinon entièrement, le produit de l’homme. Il est donc réversible.

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Un fermier palestinien moissonne le blé dans un champ près du village de Beit Liqqiya en Cisjordanie.

La banque mondiale ne dissimule en rien que ce sont les restrictions israéliennes qui sont principalement à mettre en cause, car les indices de pauvreté dans la bande de Gaza et la Cisjordanie ont grimpé jusqu’à 79,4% et 45,7% respectivement. La banque en conclut : « Avec une population qui augmente et une économie sur le repli, le produit intérieur brut (PIB) par habitant est aujourd’hui de 30% plus faible qu’en 1999. » « Avec tout le respect dû aux problèmes de sécurité d’Israël, tout le monde est d’accord sur l’effet paralysant des obstacles physiques placés aujourd’hui sur la voie de l’économie palestinienne, » ajoute la banque.

Avec une économie en déclin, le manque de projets de développement et les restrictions israéliennes, les Palestiniens sont de plus en plus dépendants de l’aide étrangère, laquelle est en grande partie conditionnée par des considérations politiques. Par exemple, les Etats-Unis sont plus généreux que jamais dans leur soutien au gouvernement de Mahmoud Abbas basé à Ramallah, en même temps qu’ils imposent un régime international de sanctions et d’embargo contre le gouvernement du Hamas basé à Gaza. De telles comportements sont souvent accompagnés d’affirmations sinistres telles que « c’est pour mettre à bas l’infrastructure terroriste », qui doivent être interprétés comme une façon de combattre ceux qui contestent les rôles joués par Israël et l’Autorité (AP) palestinienne en Cisjordanie.

En imaginant même que l’AP n’ait aucun passé de corruption et soit véritablement motivée pour investir dans une économie qui puisse se suffire à elle-même, aucune économie véritablement libre et indépendante ne peut se développer sous une occupation dont le vrai but est l’appauvrissement des travailleurs palestiniens, des paysans et de la classe moyenne. Ce sont ces couches de la société palestinienne qui ont mené la lutte contre l’occupation d’une part et pour résister à la corruption d’autre part.

En effet, les restrictions israéliennes ne sont pas faites au hasard et peuvent difficilement être limitées aux raisons sécuritaires habituelles. « En réalité, ces restrictions vont plus loin que le béton et les monticules de terre, et s’étendent en un système de restrictions physiques, institutionnelles et administratives qui forment une barrière infranchissable pour la concrétisation d’un potentiel économique palestinien, » a dit la banque mondiale. Elle en a conclu qu’encore plus d’aide ne rétablirait pas l’économie palestinienne, à moins que les restrictions en question ne soient levées.

Mais ces restrictions représentent l’épine dorsale de la politique israélienne ; leur élimination priverait le gouvernement israélien des moyens d’exercer une pression politique sur le gouvernement d’Abbas. De plus, les Etats-Unis ne sont pas d’humeur à aider au développement en Palestine d’une base et d’une infrastructure économiques suffisamment fortes pour épargner aux Palestiniens l’indignité de vivre d’aumônes de donateurs internationaux.

En Cisjordanie, les soucis des Palestiniens sur le plan économique viennent aussi d’une crise terrible de l’eau, un cauchemar pour les fermiers qui déjà se battent pour supporter le vol de l’eau et l’alimentation en eau disproportionnée au profit des Israéliens. Selon un rapport récent édité par le groupe israélien de défense des droits de l’homme B’tselem, un ménage israélien consomme en moyenne 3.5 fois plus d’eau qu’un ménage palestinien. Le groupe en rend responsable Israël par sa politique discriminatoire et les sévères restrictions qui empêchent les Palestiniens de creuser de nouveaux puits. On ne voit pas comment les soucis de « sécurité » d’Israël pourraient justifier son pillage de l’eau palestinienne en exploitant les nappes phréatiques de la Cisjordanie tandis que beaucoup de familles palestiniennes dans les villes comme Jénine n’ont plus droit à l’eau depuis avril.

Alors que de nombreux fermiers se trouvent dans l’incapacité de sauvegarder leur ressources pour vivre, les gens ordinaire doivent dépenser une proportion significative de leurs maigres revenus pour acheter de l’eau. Un rapport récent des Nations Unies, cité par des agences de presse, a estimé que les Palestiniens des communautés les plus touchées dépensent de 30 à 40% de leurs revenus pour acheter de l’eau livrée par camions.

Comment une économie avec un minimum de croissance pourrait-elle se développer dans ces circonstances ?

Si la situation est difficile en Cisjordanie, elle est franchement impossible dans Gaza. Un rapport publié en mars par Amnesty International, Care International UK, Christian Aid, Oxfam et encore d’autres organisations, décrit la situation dans la bande comme la pire crise humanitaire depuis l’occupation israélienne de 1967. Le rapport met Israël en demeure de changer de politique envers Gaza. Quelques mois après la publication du rapport, Israël semble au contraire durcir son contrôle sur le territoire appauvri, rendant chaque jour ses 1,5 million d’habitants encore plus malheureux.

Selon le rapport, 80% de la population de Gaza comptent sur l’aide alimentaire. Environ 1,1 million de personnes reçoivent cette aide alimentaire par l’intermédiaire des agences des Nations Unies, qui elles-mêmes se démènent pour pouvoir fonctionner malgré les coupures en carburant et l’isolement quasi total de Gaza.

À la différence de la Cisjordanie, l’objectif de Gaza n’est pas vraiment le développement économique mais simplement la survie. La dépendance de Gaza par rapport à l’aide alimentaire a été multipliée par dix depuis 1999, toujours selon le même rapport. Et 98% des usines de Gaza ne fonctionnent plus, fabriquant des chômeurs par milliers et faisant disparaître les revenus de très nombreuses familles.

Couplées à la violence inter-palestinienne, les sanctions internationales sous la conduite des Etats-Unis, le blocus et les violences israéliennes continues détruisent le tissu même de la société palestinienne dans Gaza, tout en transformant la Cisjordanie en société survivant par la charité, bénéficiant d’envois d’argent servant en grande partie d’incitation politique et sans aucune vision à long terme.

Ce qui est aussi décourageant est que l’Autorité palestinienne (AP) en Cisjordanie a fermé de nombreuses organisations caritatives, des jardins d’enfants, des orphelinats et des écoles religieuses suite à la concurrence existant entre le Fatah et le Hamas. Il est intolérable que l’animosité entre les deux parties ait atteint un point où l’on s’en prenne au plus malheureux dans la société palestinienne, à savoir les orphelins, les veuves et les handicapés physiques et mentaux.

Quatre-vingt deux enfants n’ont pas fait leur rentrée scolaire cette année : ils ont été tués au cours de l’année qui précède.

Et plus d’un million d’étudiants devront négocier leur passage par 600 points de contrôle militaires israéliens. Avec les fermeture d’établissements d’enseignement [par l’AP de Ramallah] des centaines d’étudiants perdront leur droite à l’éducation. Mais Israël n’est pas en être tenu seul responsable.

Les Palestiniens ne peuvent vivre sous un système économique basé sur la charité. Ils ont besoin, et ils méritent un développement économique réel, inscrit dans une vision à long terme,pouvant redressere les situations prévalant dans Gaza et en Cisjordanie en s’appuyant sur les précieuses ressources humaines disponibles. Israël fera de son mieux pour saboter une telle possibilité, comme il le fait depuis des décennies. Ceci représente le coeur de la lutte que mènent les Palestiniens avec d’un côté leur besoin d’être libres et de l’ordre l’insistance israélienne à maintenir son système de contrôle.

Tant que l’individu et à sa communauté ne disposeront pas d’un vrai pouvoir de décision, les Palestiniens resteront économiquement désavantagés et politiquement handicapés. C’est la moindre des solutions pour une paix équitable et durable dans la justice.

(*) Ramzy Baroud est l’auteur de « The Second palestinian Intifada : A Chronicle of a People’s Struggle » et rédacteur en chef de « PalestineChronicle.com »

Site Internet :
www.ramzybaroud.net

Du même auteur :

- L’unité palestinienne : possibilité réelle ou simple incantation ? - 20 septembre juillet 2008
- Ce qu’il reste de Bush et de son "ordre nouveau" - 6 septembre 2008
- Enfants de Gaza et de Nilin : unis dans la même misère - 15 août 2008
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22 septembre 2008 - Diffusé par l’auteur - Traduction de l’anglais : Claude Zurbach


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