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Mon crime ? Dire la vérité

lundi 4 août 2008 - 06h:54

Mohammad Bakri - The Electronic Intifada

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Dire la vérité a été mon crime

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Mohammad Bakri

Je ne l’ai pas fait parce que j’étais un héros, mais uniquement parce que j’y ai été forcé. C’est ainsi que j’ai fait mes trois documentaires. Je dis « forcé » parce que je suis un acteur et non pas un metteur en scène. J’ai néanmoins aimé mes trois films comme un père aime ses enfants.

J’y ai été forcé parce que dans ces films, j’étais simplement une personne défendant son récit interdit (son récit officieux),et que depuis 60 ans Israël nous raconte sa version qui nie et contredit la mienne. Mon premier film, produit en 1998, traitait des 50 années écoulées depuis la Nakba.
Le deuxième, produit en 2002, était intitulé Jenin, Jenin et montrait des gens du camp de réfugiés de Jénine qui me racontaient ce qu’ils avaient vécu pendant l’invasion israélienne d’avril 2002. Le dernier, Since you left, relate ce qui m’est arrivé à moi, et à nous Palestiniens, depuis le décès de mon ami et professeur, l’écrivain et intellectuel palestinien Emile Habiby. Dans ce film, je visite son tombeau dans sa bien aimée Haïfa et je lui parle comme à un ami de tout ce qui est arrivé depuis qu’il est mort.

Quand Jenin, Jenin est sorti en 2002, il a été interdit par le bureau de la censure cinématographique israélienne. Deux ans plus tard, j’ai réussi à obtenir de la Haute Cour israélienne un permis annulant l’interdiction.

Depuis 2002 - pendant six ans - cinq soldats israéliens m’ont traîné en justice m’accusant de mensonge, de diffamation et d’avoir détruit leur « bonne réputation ». Ils me réclament 2,5 millions de shekels (720.000 dollars E.U.) en dommages-intérêts.

Ces soldats prétendent qu’ils n’ont pris part à l’invasion qu’en tant que réservistes. Pourtant, je ne les connais pas et je ne les mentionne même pas dans le film. Ils prétendent que Jenin, Jenin, les a blessés et a compromis leur réputation.

Le tribunal a récemment statué et a rejeté leur action en justice.
Toutefois, dans sa décision, le tribunal a dit que je ne pouvais pas prouver que le film était véridique et que j’aurais dû traîner ceux qui y figurent devant un tribunal israélien afin qu’ils y jurent que ce qu’ils avaient dit sur l’écran était la vérité, rien que la vérité.

Le tribunal a aussi dit que je mentais quand je disais que j’avais fait le film avec de bonnes intentions, que je l’avais fait au contraire, avec de mauvaises intentions !

Il a toutefois statué que le droit israélien me protège néanmoins, parce que la diffamation portait sur l’ensemble de l’armée israélienne et non pas sur les cinq soldats en question !

Ô merci, loi israélienne ! Je vous le demande : qu’est ce que je devais faire quand un soldat israélien a ouvert le feu sur une actrice de théâtre, une collègue à moi, (Valentina Abu’Aqsa) ? Je ne suis pas un soldat qui puisse la défendre avec des armes. Il se trouve que j’avais ma caméra et que je me rendais au camp de réfugiés de Jénine après l’invasion. Le soldat a-t-il ouvert le feu parce que nous manifestions contre l’invasion au poste de contrôle d’al-Jalma, au nord de Jénine ?

Israël a fait un gros scandale au sujet de ce film. Il a battu le rappel de tous ses ambassadeurs pour qu’ils attaquent le film et l’empêchent d’arriver sur les écrans partout dans le monde.

Et il a réussi. A coup de menaces et de pressions, il a réussi à empêcher que le film passe sur la chaîne satellite Arte, le 1er avril 2003, alors qu’il avait été programmé pour cette date.

Israël a sali ma réputation sur ses chaînes de télévision, ses journaux et depuis la tribune de la Knesset m’accusant de terrorisme. Aux yeux de certains je ne vaux pas mieux que Ben Laden ! Moi, qui me bats pour la paix depuis 35 ans ? Jetez un coup d’ ?il sur mon passé et mes films. Regardez entre autres Private, Beyond the Walls, Hanna K.,La masseria delle allodole, Cup Final, Haifa, The Pessoptimist.

En outre, l’empire sioniste des médias a produit des douzaines de films qui me visent et je ne suis pas allé me plaindre auprès des tribunaux. Mon seul crime a été de mettre ces trois films en scène à titre de réponse (j’ai donc été forcé à les faire et je ne suis pas un héros).

Israël a sorti trois films réfutant Jenin Jenin et les a diffusés pendant les heures de grande écoute. Le premier était Reservists’ Notebooks (dans lequel on voyait trois des cinq soldats qui ont intenté une action contre moi). Le deuxième, The Road to Jenin, par un metteur en scène français travaillant sous un faux nom, Pierre Rahuf. Le troisième, par un metteur en scène canadien juif, intitulé Jenin : Massacring the Truth. Ces films ont été diffusés à répétition pour une population israélienne déjà trompée et endoctrinée.

Entre temps, mon film est toujours interdit et attaqué bien que j’aie gagné trois fois en justice, deux fois contre la censure israélienne, et la troisième fois contre les cinq vaches sacrées.

Mohammad Bakri (http://www.mohammadbakri.com/) est un acteur de réputation internationale, un homme de théâtre et un metteur en scène. Il a remporté quatre prix de meilleur acteur pour des premiers rôles lors de festivals de films internationaux. Il est Palestinien de nationalité israélienne.

31 juillet 2008 - The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
http://electronicintifada.net/v2/ar...
Traduction : amg


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