16 septembre 2017 - CONNECTEZ-VOUS sur notre nouveau site : CHRONIQUE DE PALESTINE

« Il n’y aura jamais la paix car Israël ne veut pas la paix mais nos terres »

lundi 23 juin 2008 - 05h:26

Sal Emergui

Imprimer Imprimer la page

Bookmark and Share


« C’est une grande joie de revenir ici parmi vous. J’espère que c’est la fin du cauchemar. »

Entretien avec Mariam Salih, députée et ex-ministre du mouvement Hamas.

JPEG - 24.8 ko
Mariam Salih, députée palestinienne et ancienne ministre - Photo : Sal Emergui

Ramallah. La semaine de la trêve entre Israël et le groupe islamiste Hamas a aussi été la semaine de Mariam Salih.

Loin des gros titres de la presse internationale et des spéculations sur le cessez-le-feu, l’ex-ministre et députée du Hamas profite de ses premiers jours de liberté dans la tranquilité de Ramallah. « C’est une grande joie de revenir ici parmi vous. J’espère que c’est la fin du cauchemar. » c’est avec ces paroles que Salih, l’ex-ministre des droits de la femme du gouvernement palestinien du Hamas, s’est adressée aux siens avec émotion.

Nous sommes dans un bureau au centre de Ramallah. Des dizaines d’amis et de connaissances se sont donné rendez-vous. Salih leur raconte son expérience et sa vision du futur, sans oublier une date, le 12 novembre 2007 quand, comme elle nous le raconte, « J’étais à la maison quand les soldats israéliens sont venus m’arrêter. J’ai passé 7 mois et quelques jours en prison, c’est donc pour moi comme une renaissance ».

Le raid israélien ne se limite pas à Salih mais à plusieurs dizaines de dirigeants du groupe qui a gagné les élections de 2006 en Palestine. Israël les a accusé d’appartenir à « un groupe terroriste » alors qu’il est évident que son arrestation a été plus un moyen de pression contre le Hamas surtout à la suite de l’enlèvement du soldat israélien Guilad Shalit.

Dans sa maison d’un village près de Ramallah, Salih s’est retrouvée avec ses 7 enfants. Elle a consacré ses premiers jours de liberté à sa famille et à son bureau, dans lequel elle a reçu de nombreux citoyens, pour la plupart des sympathisants du Hamas. Bien que le fief du mouvement nationaliste El Fatah soit situé dans le coeur politique et social de la Cisjordanie, la présence des activistes du Hamas est évidente.

En silence et sans attirer beaucoup l’attention, le Hamas monte. Je crois que dans un futur pas très lointain il peut devenir le mouvement le plus important de Cisjordanie (comme il l’est sans conteste à Gaza), et pour ce faire il se concentre sur la jeunesse. Salih ne veut pas lancer de défis au gouvernement du Fatah mais avertit que le Hamas « est très présent que ce soit à Ramallah ou à Gaza ».

Question : Vous ont-ils dit pourquoi ils vous arrêtaient ?

Réponse : Seulement parce que j’appartenais à un groupe « terroriste ». Au même moment ils ont arrêté 36 députés et 5 ministres du Hamas. Ils m’emmenèrent à un centre d’interrogatoires et me posèrent beaucoup de questions. J’ai ensuite été déférée à la prison israélienne Hasharon. Israël ne veut pas de gens comme moi qui servent le peuple palestinien.

Question :Quels souvenirs avez-vous de ces interrogatoires ?

Ils ont duré presque un mois et ont été très durs. Ils ne me laissaient jamais dormir. Les israéliens ne m’ont pas brutalisée mais la pression psychologique était très forte et la cellule minuscule. Pendant les 7 mois et quelques pendant lesquels j’ai été détenue, je n’ai pu voir qu’une seule fois ma plus jeune fille, de 7 ans, avec laquelle j’ai parlé 45 minutes à travers une vitre. C’était très triste.

Question : C’était une détention administrative, c’est à dire sans charges formelle retenues ?

Réponse : Oui, mes avocats, et parmi eux mon fils Abdula, ont essayé de me faire libérer. Les députés européens et arabes israéliens de la Knesset (Parlement israélien) ont fait aussi beaucoup de démarches. Les femmes palestiniennes sont fortes et dignes. Nous ne devons pas être enfermées dans les prisons israéliennes.

Question : Pensez-vous que votre mise en liberté soit due aux négociations de la trêve de Gaza ? Croyez-vous en cette trêve qui commence aujourd’hui ?

Réponse : (elle rit) Je ne sais pas mais mon impression c’est que ça n’a pas grand chose à voir. Franchement, je ne pense pas que cette trêve ait une issue positive avant longtemps. Dieu fasse qu’il y ait des résultats et que le peuple palestinien à Gaza redevienne libre et ne vive plus sous le blocus israélien.

Question : Pensez-vous qu’un jour Israéliens et Palestiniens signeront un compromis de paix ?

Réponse : Pour cela, je suis catégorique et je crois qu’il n’y aura jamais de paix. Israël ne veut pas la paix mais nos terres.

Question : Ou peut t-il y avoir une trêve entre votre mouvement (Hamas) et les rivaux du Fatah.... Depuis la prison comment avez-vous vécu cette scission si violente du peuple palestinien ?

Réponse : Ca m’a rendue très triste de penser que nous étions divisés et avec tant de haine. Même à la prison nous étions divisés en groupes. C’est une tragédie. Je souhaite que le Fatah et le Hamas se réconcilient. Il n’y a aucun autre remède. Nous ne pouvons ni ne devons être divisés pendant que le peuple souffre.

Question : A côté de l’endroit où nous sommes, il y a la Moquata, le chef du Fatah et le président de l’Autorité Palestinienne, Abu Mazen, qui a traité, entre autres, d’assassins les miliciens du Hamas après leur prise de Gaza ? Quelle opinion avez-vous du « raïs » [président Abbas] ?

Réponse : (elle recommence à rire et réfléchit quelques secondes avant de répondre). Je respecte Abu Mazen qui est le président légal des palestiniens. Mais il doit être le père de tous les palestiniens et pas seulement d’une partie. Il doit promouvoir le dialogue interne et pas la confrontation.

21 juin 2008 - El Mundo - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.elmundo.es/elmundo/2008/...
Traduction de l ?espagnol : Charlotte


Les articles publiés ne reflètent pas obligatoirement les opinions du groupe de publication, qui dénie toute responsabilité dans leurs contenus, lesquels n'engagent que leurs auteurs ou leurs traducteurs. Nous sommes attentifs à toute proposition d'ajouts ou de corrections.
Le contenu de ce site peut être librement diffusé aux seules conditions suivantes, impératives : mentionner clairement l'origine des articles, le nom du site www.info-palestine.net, ainsi que celui des traducteurs.