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Une opinion palestinienne sur le livre de Jimmy Carter

samedi 30 décembre 2006 - 09h:35

Ali Abunimah

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Le Président Carter a fait ce que peu de politiciens américains ont osé faire : parler franchement du conflit Israël/Palestine.

Il a rendu à cette nation, à la cause de la paix, un énorme service en focalisant l’attention sur ce qu’il appelle « l’oppression et la persécution abominables dans les Territoires palestiniens occupés, avec une système rigide d’autorisations requises et d’une ségrégation stricte entre les citoyens de Palestine et les colons juifs en Cisjordanie. »

Le 39è Président des Etats-Unis, le négociateur pour la paix le plus efficace jusqu’à aujourd’hui, a bravé la tempête des critiques, dont celles de la Ligue anti-désinformation pro israélienne insinuant que ses arguments seraient anti-sémites.

Mr Carter a essayé de les calmer en indiquant qu’il n’avait pas commenté la politique israélienne à l’intérieur des frontières israéliennes, mais en Cisjordanie, dans la Bande de Gaza et à Jérusalem-Est, soit dans les territoires qu’Israël a occupé en 1967. Il a déclaré à l’agence NPR : « Je sais qu’Israël est une belle démocratie avec un traitement d’équité à l’égard de tous les citoyens, qu’ils soient arabes ou juifs. Ainsi, j’ai soigneusement évité d’aborder toute question à l’intérieur d’Israël. »

Etant donné les pressions auxquelles il a dû faire face, on peut comprendre que Mr Carter dise cela, mais il a tort.

En plus du presque 4 millions de Palestiniens vivant sous la loi israélienne dans les Territoires occupés, un autre million vit à l’intérieur des frontières d’Israël d’avant 1967. Ces Palestiniens sont les descendants de ceux qui n’ont pas été contraints de fuir quand Israël a été créé en 1948.

Ils ont la citoyenneté israélienne minimale, et contrairement aux Noirs de l’Afrique du Sud de l’apartheid, ils votent pour le parlement du pays. Mais c’est là que s’arrête toute sensation d’égalité. Dans l’histoire d’Israël, aucun parti dirigé par un Arabe n’a été appelé à participer à un gouvernement de coalition. Et, au milieu d’une masse de ministres juifs, il n’y a eu qu’un seul ministre arabe, avec un rôle subalterne.

La discrimination contre les citoyens non juifs, qu’elle soit informelle ou légalisée, est systématique. Les enfants non juifs vont dans des écoles séparées et vivent dans des secteurs qui ne reçoivent qu’une fraction du financement perçu par leurs homologues juifs. Les conséquences, on peut les voir avec des résultats éducatifs beaucoup plus faibles, et de même sur le plan économique, de la santé et de la vie des citoyens palestiniens d’Israël. Une grande partie de la terre du pays, contrôlée par la Fondation nationale juive quasi-gouvernementale, ne peut ni être louée ni être vendue à des non juifs. C’est dans le fond, la même chose que les conventions restrictives qui dans beaucoup de villes des USA autrefois laissaient les non Blancs hors de certains quartiers.

Une loi de 2003 stipule qu’un(e) citoyen(ne) israélien(ne) peut faire venir son conjoint pour qu’il vive en Israël de n’importe quel endroit du monde, sauf s’il est un Palestinien des Territoires occupés. Une organisation pour les droits civils en Israël a comparé cette loi aux mesures américaines qui s’opposaient aux métissages dans les années 1950, quand les couples mixtes devaient quitter l’Etat de Virginie pour pouvoir se marier légalement.

Pour les Palestiniens, la forme la plus flagrante de discrimination en Israël est la « Loi du retour », qui permet à une personne juive d’un autre pays de s’installer en Israël. En attendant, les membres des familles des citoyens palestiniens en Israël, vivant en exil et quelquefois dans des camps de réfugiés seulement à quelques miles de la frontière avec Israël, ne sont pas autorisés à poser le pied dans le pays.

L’accession d’Avigdor Lieberman, le nouveau vice-Premier ministre qui préconise ouvertement de dépouiller les Palestiniens d’Israël de leur citoyenneté et de les transférer hors de l’Etat, reflète une politique de plus en plus extrémiste. En réponse à la discrimination croissante, des dirigeants palestiniens en Israël ont publié récemment un manifeste « La Vision future des Arabes palestiniens en Israël ». Ce document demande à Israël de devenir un Etat où tous les citoyens et toutes les communautés auraient des droits égaux, indépendamment de leur religion. Beaucoup de commentateurs israéliens ont réagi avec colère, qualifiant l’initiative de tentative pour démanteler Israël en tant qu’ « Etat juif ».

Cependant, même si les recommandations de Mr Carter étaient mises en pratiques et qu’Israël se retirait des territoires occupés en 1967, le combat au sujet de la légitimité d’un Etat qui privilégie un groupe ethnique ou religieux aux dépens des autres ne serait pas fini.

Comme dans d’autres sociétés divisées, telle l’Afrique du Sud, l’Irlande du Nord, et la nôtre, nous apprenons douloureusement que seule l’égalité des droits et l’estime pour tous les gens, dans la diversité de leurs identités, peut apporter une paix durable. C’est une discussion encore plus dure que celle que le Président Carter a courageusement engagée, mais finalement, elle est celle que nous devons affronter si on veut que vienne la paix en Israël/Palestine.


Ali Abunimah est l’auteur de « Un pays : une proposition audacieuse pour sortir de l’impasse israélo-palestinienne » (Metropolitain Books - 2006). Il est le co-fondateur de The Electronic Intifada. Son site : http://www.abunimah.org/.

The wall street journal - 26 décembre 2006
http://electronicintifada.net/v2/ar...
Trad. : JPP


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