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Punir Gaza

samedi 10 novembre 2007 - 07h:46

Stephen Lendman - Counterpunch

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Selon les données de la Banque Mondiale, 80% des Palestiniens vivent avec moins de 2,40 dollars US par jour (soit environ 1,65 euros).

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Checkpoint de Kalandia - Photo : AP/Muhammed Muheisen)

Le 20 septembre, Haaretz a annoncé que « le conseil de sécurité avait voté, à l’unanimité hier, l’augmentation des sanctions contre la bande de Gaza gérée par le Hamas [et a déclaré] la région ?zone hostile’. » Une déclaration ultérieure indique : « nous allons réduire la quantité de mégawatt que nous fournissons à la bande de Gaza, et le Hamas pourra décider s’il veut utiliser l’électricité pour les hôpitaux ou pour l’armement. » Les représentants israéliens ont par ailleurs décidé de punir Gaza en réduisant :

-  L’essence en plus de l’électricité d’Israël vers Gaza ;
-  Le passage des marchandises et des personnes aux postes frontières déjà sévèrement restreints ; et
-  Les visites aux prisonniers, au-delà de ce qu’elles le sont déjà.

Une surveillance accrue des fonds a également été annoncée ainsi que la fermeture des passages aux frontières pendant 48 heures en réponse aux attaques de roquettes Qassam (artisanales), et qu’Israël ne fournirait rien d’autre aux habitants de Gaza « mis à part [ce qu’Israël considère] les besoins humanitaires. » La réponse du Hamas a été rapide et sèche. Le porte-parole Fawzi Barhoum a déclaré que la décision du conseil de sécurité israélien et les sanctions annoncées étaient « une déclaration de guerre » et a indiqué « nous devons resserrer les rangs afin de lutter ensemble contre un ennemi cruel... Ceci est une nouvelle tentative pour nous forcer à abdiquer [notre souveraineté]. »

Au départ, la communauté internationale n’a quasiment pas sourcillé avec le secrétaire général de l’ONU, Bank Ki-Moon, qui agit de façon aussi irresponsable que son prédécesseur. Il a pressé Israël à reconsidérer sa décision, mais a dénoncé le Hamas pour ses « attaques de roquettes répétées et sans discernement... sur Israël (et qu’il) comprend les préoccupations sécuritaires d’Israël à ce propos. » Rien dans cette déclaration ne mentionne les attaques israéliennes quotidiennes et les meurtres de Palestiniens ou l’aggravation de la crise humanitaire à Gaza après qu’Israël ait verrouillé ses frontières en juin dernier, coupant ainsi le territoire du monde extérieur et le privant de marchandises et de services essentiels pour ses habitants.

Karen Koning-Abu Zayd est la Commissaire Générale en charge des réfugiés Palestiniens pour l’UNRWA (Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient). Le 30 octobre, elle a exprimé plus d’inquiétude que son patron en indiquant que la décision d’Israël de couper l’électricité et l’essence à Gaza représentait une violation du droit international. Elle a également noté la préoccupation israélienne, mais a souligné « comment peut-on vouloir punir des gens, tous à Gaza alors que la plupart d’entre eux... n’ont rien à voir avec ces activités... Si vous n’avez pas d’électricité, vous n’avez pas d’eau et vous n’avez probablement pas de nourriture. » Cette décision aura des répercussions « très sérieuses » sur la population.

Deux autres officiels de l’ONU ont formulé publiquement leurs critiques. Le rapporteur spécial sur le droit à la nourriture, Jean Ziegler, était l’un d’entre eux. Il a appelé la Commission Européenne à suspendre les relations commerciales avec Israël jusqu’à ce que cette interdiction d’accès à la nourriture soit levée sans restrictions. Il a déclaré à l’Assemblée Générale que 22% des enfants Palestiniens souffrent déjà de malnutrition à cause du manque d’accès à la nourriture.

Le rapporteur spécial pour les territoires Palestiniens occupés, John Dugard, s’est aussi fait entendre. Il a fait appel au pouvoir des états membres comme Parties Contractantes à la quatrième Convention de Genève. Il leur a demandé de s’assurer qu’Israël se conforme aux dispositions concernant la protection des civils en période de guerre. L’une d’entre elles, l’article 54, dit : « Affamer les civiles comme méthode de guerre est interdite », ainsi que : « l’attaque, le retrait ou la destruction d’objets indispensables à la survie de la population civile tels que nourriture, zones agricoles (pour la culture de celle-ci), récoltes, élevages, installations d’eau potable et les fournitures s’y rapportant ainsi que les systèmes d’irrigation... » L’article 55 oblige également la force d’occupation à assurer « la nourriture et les services de santé à la population. »

Le chef de l’Agence Suisse pour le Développement et la Coopération (SDC) Walter Fust a également fait part de son inquiétude après sa récente visite à Gaza. Il a qualifié les conditions « d’intenables » et de « choquantes » avec 30% des enfants (d’après son estimation) souffrants de malnutrition et des hôpitaux et centres de soins dans un état précaire.

Les choses ont changé le 30 octobre. Haaretz a annoncé que « la Haute Cour de Justice d’Israël a ordonné à l’état de répondre dans les cinq jours à la requête déposée par une douzaine d’organisations humanitaires (10 selon d’autres rapports) pour suspendre cet embargo » (sur l’essence et l’électricité à Gaza), mais celle-ci n’a pas sanctionné la décision. Les juges auraient pu être sensibilisés après que l’Union Européenne ait critiqué la décision Israélienne le 29 octobre en qualifiant cet acte de « punition collective. » Le commissaire aux Affaires Extérieures pour l’Union Européenne, Benita Ferraro-Waldner, a dit être très « préoccupée » par cette décision qui n’est pas une solution, et que l’Union Européenne « ne veut pas que la population souffre. »

Il est difficile de savoir si cela signale un changement ou si l’on doit prendre cette préoccupation du Commissaire au sérieux. La communauté Européenne, avec Israël et les Etats-Unis, a dénoncé l’élection démocratique du Hamas en janvier 2006 en tant que gouvernement légitime palestinien. Sa seule réponse depuis a été de suspendre toute aide extérieure, d’imposer des sanctions terribles et un embargo économique sur les Territoires ainsi que d’isoler politiquement le nouveau gouvernement du Hamas.

Les résultats ont été dévastateurs. Avant même cette dernière crise, la production industrielle de Gaza a chuté de 90% et sa production agricole a été réduite à la moitié de celle d’avant 2007. De plus, presque toutes les constructions ont été arrêtées, le chômage a atteint quasiment 80% et le niveau de pauvreté est choquant selon les données de la Banque Mondiale qui indiquent que 80% des Palestiniens vivent avec moins de $2,40 par jour (soit environ 1,68 ?). Par ailleurs, l’association Palestinienne de juristes Al Huq estime que le désengagement israélien frauduleux de Gaza à l’été 2005 démontre « qu’Israël détient le contrôle total des territoires mitoyens à la bande de Gaza, des registres de la population, de l’espace aérien et maritime » et que Tsahal envahit le Territoire quand bon lui semble.

L’Union Européenne est restée silencieuse à ce sujet et sur la loi répressive d’Israël, les expropriations, les incursions quotidiennes et les attaques régulières ainsi que les tueries dans les Territoires. Elle est restée indifférente à la violence interne dans les rues de Gaza le printemps dernier et a fourni un soutien stratégique aux anti-Hamas du Fatah armés par les américains et les israéliens (Protective Security Force), escadrons de la mort paramilitaires conduits par le chef de guerre Mohammed Dahlan. Elle a aussi ignoré le cessé le feu unilatéral du Hamas datant de plusieurs mois, son arrêt des attentats-suicide, son appel à la paix et sa volonté de reconnaître l’état juif si Israël accepte de reconnaître l’état palestinien.

Son fondateur, Sheikh Ahmed Yassin, avait dit à l’époque que le Hamas mettrait un terme au conflit « quand les sionistes mettraient fin à l’occupation des territoires palestiniens et cesseraient de tuer les femmes, les enfants et les civils innocents. » Israël et l’Occident ont rejeté cette proposition et toutes les preuves de bonne foi. Ils ont par contre choisi de punir collectivement les Palestiniens et de renier leurs droits légitimes.

Après que le Hamas ait vaincu les paramilitaires du Fatah, l’Union Européenne a soutenu le gouvernement de traîtres de Mahmoud Abbas. Elle a ignoré l’isolement punitif de Gaza et l’alerte d’Oxfam, en Grande-Bretagne, sur le « désespoir grandissant des Palestiniens causé par le manque d’essence, d’eau et de nourriture. » Elle n’a pas non plus su dénoncer Israël et les Etats-Unis comme responsables de la crise qui touche plus d’un million et demi de personnes. Au lieu de cela, elle est restée l’alliée de Washington et du gouvernement d’Olmert et continue de l’être aujourd’hui. La même chose vaut pour les Nations Unies. Il est difficile de croire que cela ait changé et il faudra plus que quelques commentaires occasionnels bien frappés d’officiels pour le prouver.

Pendant ce temps-là, Israël a commencé à réduire les livraisons d’essence le 18 octobre et le directeur de Gaza pour l’Autorité Pétrolière, Ahmed Ali, a indiqué que les livraisons de fioul et d’essence avaient diminué de 30%. Il a ensuite ajouté : « Il s’agit d’un avertissement sévère, (et) la population de Gaza... est maintenant en danger. Les hôpitaux, les stations de pompage et d’assainissement vont êtres affectés par le manque de fioul. » La compagnie Israélienne Dor Alon a confirmé la réduction et le ministère de la défense indique que le passage de Sufa utilisé pour la livraison à Gaza est fermé.

Le 25 octobre, le ministre de la défense, Ehud Barak, a ordonné la mise en oeuvre de l’embargo et son bras droit, Matan Vilani, a déclaré : « Nous allons réduire largement le flux d’électricité (d’environ deux tiers) venant d’Israël pendant les prochaines semaines » pour permettre à Gaza de fournir sa propre électricité, ce qui est impossible comme Israël le sait bien. Il a ajouté que cette mesure faisait partie « d’une politique globale de désengagement » de la part d’Israël. Il a omis de préciser qu’il s’agissait d’un acte illégal de punition collective car Gaza dépend d’Israël pour son approvisionnement en énergie (qui inclue le diesel, l’essence et le gaz naturel) et pour la quasi-totalité de son électricité.

Le centre palestinien pour les droits de l’homme déclare que Gaza a besoin de 220 mégawatts d’électricité et en consomme environ 200, dont 60% proviennent d’Israël. La centrale électrique de Gaza fournit 65 mégawatts et les 17% restants sont achetés à l’Egypte. Lorsque Israël contrôlait directement le territoire, il n’autorisait les habitants de Gaza qu’à fournir une capacité électrique équivalant à 38% de leurs besoins. Ensuite pendant l’opération « pluie d’été » en juin 2006, Tsahal a attaqué les territoires, bombardé la seule centrale électrique et détruit ses transformateurs principaux avec des missiles. Des mois de reconstruction ont remis en état moins des deux tiers de la capacité initiale de 100 mégawatts et ont rendu la zone principalement dépendante d’Israël pour son approvisionnement.

Après avoir déclaré Gaza « entité hostile » le 19 septembre, c’est ce qui est en jeu aujourd’hui à moins qu’Israël n’inverse la machine et reconsidère également d’autres mesures de punition collective. À l’heure actuelle, son autorité ne permet l’entrée sur le territoire que pour 9 matières essentielles. Ceci a touché les marchés de plein fouet, et ils sont à court d’un grand nombre de produits ce qui a causé une flambée des prix, jusqu’à 500% dans certains cas. Les marchandises interdites incluent certains médicaments, des meubles, des appareils électriques, les bovins et les cigarettes alors que d’autres sont restreintes, comme les fruits, le lait et d’autres produits laitiers.

Ensuite il y a la stratégie de l’énergie. L’idée est de couper l’électricité pendant 15 minutes, puis pendant une demi-heure avec une augmentation quotidienne des coupures tant que ces mesures punitives sont appliquées, mais cela ne concerne pas les hôpitaux et d’autres infrastructures « vitales », a indiqué Vilnai. Tout est suspendu maintenant, bien que le ministre de la justice, Menachem Mazuz ait temporairement mis en attente les coupures d’électricité suite à un « débat » dans son bureau le 29 octobre. Il aurait agi suite aux commentaires de l’ONU et l’UE et à l’arrêté de la Haute Cour de Justice en réponse à la requête de 10 organisations humanitaires réclamant la suspension de cette action punitive. Mazuz a indiqué qu’Israël avait le droit de restreindre les liens économiques et commerciaux avec Gaza, mais que son gouvernement est responsable des Territoires et que plus de « recherche » est nécessaire avant de couper l’électricité. Ce qu’il voulait dire, bien sûr, c’est qu’il attend une décision de la Haute Cour pour pouvoir agir.

Haaretz a annoncé le 3 novembre que « le Procureur de l’état, le 2 novembre, défendait la décision du gouvernement (de couper l’essence et l’électricité dans une lettre à la Haute Cour) prétendant qu’il ne s’agit pas d’une punition collective. » Il estime que cette décision est appropriée et a énuméré les mêmes raisons usitées qu’il utilise si souvent pour justifier ses actions les plus dures. Le ministre de la défense, Ehud Barak partage cet avis. Lors d’une réunion à Jérusalem le 4 novembre avec Condoleezza Rice, il a assuré la Secrétaire d’Etat que « les sanctions (ne causeront) aucune crise humanitaire », sans pour autant développer sur la question.

Le ministre israélien des infrastructures, Binyamin Ben-Elizer, est également de cet avis, il estime que ces mesures sont nécessaires et qu’elles sont la dernière étape pour éviter une solution militaire que certains observateurs ont anticipée. Le commandant israélien à Gaza, le Général Moshe Tamir, reconnaît déjà des incursions nocturnes dans le territoire et a quasiment annoncé une attaque programmée.

Haaretz a également indiqué le 30 octobre que Tsahal avait mené sa plus grande opération militaire dans le nord de la région de Galilée depuis la guerre du Liban en 2006. Celle-ci a duré quatre jours et a mobilisé des forces terrestres, aériennes et navales ainsi que les services secrets et les unités S4. Le journal précise qu’une opération similaire avait précédé la guerre au Liban et que ce qui arrive aujourd’hui est de mauvais augure.

Le 31 octobre, le Jérusalem Post s’est fait l’écho du même point de vue. Il cite le ministre de la défense Ehud Barak annonçant qu’une large opération de Tsahal contre les « escadrons palestiniens tirant des fusées » était imminente et que « le moment est venu pour nous de mener une opération d’envergure à Gaza. » L’article mentionne également que le Commandant Tamir en charge de Gaza a déclaré que le Hamas était en train de « se construire une armée » et qu’il était parvenu à faire entrer sur le territoire des moyens d’attaques sans précédent. Le chef de l’agence israélienne Shin Bet, Yuval Diskin, prétend que le Hamas a accumulé plus de 112 tonnes d’explosif, et Tamir prévient qu’Israël est prêt à agir en conséquence. Le Jérusalem Post avait préalablement cité un commandant de Tsahal dans le Sud, le général Yoav Galant, déclarant qu’il « réclame une opération massive depuis un an » et qu’aujourd’hui lui semble être le bon moment.

Le Hamas a répondu à cette menace grandissante le 1er novembre. Il a appelé toutes les factions de résistance palestiniennes à déclarer un état d’alerte en anticipation à une incursion israélienne de grande envergure dans le territoire. Il a diffusé une déclaration stipulant que : « le Hamas est bien préparé à s’engager dans un combat contre l’armée israélienne, quand Gaza sera envahi le Hamas restera confiant en sa victoire, étant donné sa grande confiance en Dieu. »

Une attaque majeure de Tsahal est peut-être imminente alors qu’Israël continue d’attaquer quotidiennement les civils à Gaza et en Cisjordanie. Le centre Palestinien pour les droits de l’homme indique que pendant la dernière semaine d’octobre, 15 Palestiniens ont été tués, 29 autres blessés et 78 ont été arrêtés. De plus, pendant cette période de sept jours, les forces de Tsahal ont effectué 49 incursions hostiles dans les Territoires, et maintiennent depuis 16 mois un siège dévastateur à l’encontre de la population.

La prochaine offensive de Washington pour la paix à Annapolis

Les observateurs du Moyen-Orient savent ce que les plus honnêtes admettent. Le « processus de paix » intermittent, maintenant ravivé, n’est qu’un faux prétexte. Il relève plus du théâtre que de la substance ou d’un effort sérieux pour résoudre ce conflit sur le long terme, et en voici la preuve :

-  Les incursions quotidiennes de Tsahal, les attaques et les meurtres dans les Territoires ;
-  Les expropriations incessantes ;
-  La destruction des récoltes et les restrictions sur l’agriculture ;
-  La démolition des maisons ;
-  Les déplacements restreints par des centaines de points de contrôle ainsi que les couvre-feux, les frontières et autres fermetures à tout moment et sans raison ;
-  Les restrictions des permis de construire et les interdictions de construire ;
-  La privation de services essentiels ; et
-  Autres répressions quotidiennes à des fins politiques et un harcèlement de type « contrôle Matrix ».

Tout cela va continuer sans répit, en plein accord et avec le soutien de l’Occident et avec des milliards de dollars d’aides annuelles de Washington.

Par ailleurs, le Hamas est tenu à l’écart du processus de paix et sans sa participation, il ne peut aboutir. Son exclusion et les conditions désespérantes dans les Territoires dévoilent l’hypocrisie flagrante qui domine cette mise en scène. Tout comme les fausses « cartes », cette dernière invention ne va nulle part avec toujours plus de preuves apportées par le ministre israélien des Affaires Etrangères Tzipi Livni. Le 4 novembre, elle a déclaré à la Secrétaire d’Etat Rice que la sécurité d’Israël passait en premier, et que « seulement ensuite il pourra y avoir un état palestinien. »

L’éditeur du journal en ligne The Electronic Intifada, Ali Abunimah compare le processus à « l’une de ces extravagances d’un show de Broadway au budget énorme ; ils durent des années et, à chaque représentation, la distribution des rôles change », mais le résultat est toujours celui qui était voulu.

Abunimah remarque que pour cette « nouvelle représentation », Condoleezza Rice tiendra le rôle principal pour mettre fin à ce conflit de longue date. George Bush sera sur scène tout en essayant d’atténuer son image de va-t-en-guerre et de facilitateur de la « colonisation israélienne » et qui prétend désormais vouloir la paix « tout en gardant un ?il sur son héritage. »

Et cela continue ainsi avec les principaux protagonistes de ce mélodrame qui prétendent que ce processus est réel - le Président palestinien Mahmoud Abbas jouant le rôle du traître et qui a passé un accord avec Washington pour agir en tant « qu’arbitre neutre », le Premier Ministre israélien Ehud Olmert qui a sauté sur l’occasion, quelques invités de marque et le criminel de guerre Tony Blair remis en selle dans son nouveau rôle d’envoyé pour la paix au Moyen-Orient. En juin dernier, il a clôturé un mandat de 10 ans d’échecs en tant que Premier Ministre anglais sous les huées de l’assistance. Il a quasiment été invisible depuis, mais il va refaire surface à Annapolis un peu plus tard en novembre lorsqu’une date aura été fixée.

Abunimah remarque combien la réalité s’impose parfois. Elle l’a fait mi-octobre après que les représentants d’Abbas aient rencontré leurs homologues israéliens pour cuisiner une « déclaration de principes » pour la réunion d’Annapolis, principes qui ne sont toujours pas définis. Tsahal a exproprié plus de 300 hectares des terres palestiniennes proches de « Jérusalem-Est occupé (afin d’étendre la vaste) colonie juive (divisant en deux) la Cisjordanie et rendant impossible un état palestinien contigu. »

La saisie des terres a été ininterrompue depuis les accords d’Oslo en 1993. Depuis 14 ans, Israël a exproprié une zone de la taille de Washington pour des colonies exclusivement juives, sachant pertinemment qu’aucun des participants au processus de paix ne s’y opposera. La situation a atteint de tels extrêmités que le célèbre historien israélien Ilan Pappe pense que les colonies, les bases militaires, les routes et le mur de séparation permettront à Israël d’annexer quasiment la moitié de la Cisjordanie d’ici à 2010 et dépossèderont les Palestiniens qui y résident actuellement.

Et maintenant Abunimah explique que Rice (d’une hypocrisie absolue) feint la frustration en disant : « vraiment, l’heure est venue pour la mise en place d’un état palestinien. » Elle sait qu’Israël ne le permettra pas, pas plus que les Palestiniens ne l’accepteront dans le contexte actuel et aux conditions décrites par Pappe.

Il ne sera pas plus envisageable étant donné le pouvoir des éléments extrémistes dans le gouvernement israélien dirigé par des néo-conservateurs comme le Premier Ministre Avigdor Lieberman. Haaretz rapporte que Lieberman insiste pour que toute résolution israélo-palestinienne au conflit « inclue les citoyens arabes d’Israël sur la base d’un échange de terre et de transfert de population. » Ce qu’il veut dire, c’est qu’aucune paix ne sera possible à moins qu’un million quatre cent mille citoyens arabes d’Israël soient ethniquement éliminés du pays. Pas plus qu’il ne veut voir le c ?ur des préoccupations palestiniennes à l’ordre du jour à Annapolis (ou ailleurs), comme « les frontières, les colonies et le droit de retour pour les réfugiés palestiniens expulsés par Israël. »

Et la musique continue. La vie dans les territoires occupés est intolérable et s’aggrave alors que cette nouvelle et extravagante fumisterie s’orientera vers Annapolis quand la « grand première » sera annoncée avec fanfare et hypocrisie.

Un autre genre d’événement va avoir lieu à Londres les 17 et 18 novembre, à l’initiative de l’Institut Londonien du Moyen-Orient et organisé par le London One State Group et la SOAS Palestine Society à l’université de Londres. Il s’intitule « Remettre en question les frontières : un seul Etat en Palestine/Israël. » Il s’y tiendra un panel de discussions et des orateurs parmi lesquels l’auteur et l’expert sur le Moyen-Orient Gilbert Achcar, l’éditeur du journal en ligne Intifada Ali Abunimah, le célèbre auteur Nur Masalha et l’historien et expert sur Israël et le sionisme Ilan Pappe qui enseigne désormais à l’université anglaise d’Exeter. La conférence veut aborder les alternatives au paradigme de deux états et énoncera des idées pour un seul état afin que celles-ci puissent devenir un ordre du jour politique viable pour ce qui semble être la seule solution possible afin d’aller de l’avant.

Dans une autre optique, l’hebdomadaire Al-Ahram annonce que le Hamas fera connaître ses positions lors de la « conférence nationale » à Damas qui coïncidera avec celle d’Annapolis. D’autres factions palestiniennes y seront présentes, y compris le Front Populaire pour la Libération de la Palestine qui se démarquera ainsi du Fatah. Également présents seront le PFLP-Commandement Géneral basé à Damas, l’organisation du Jihad Islamiste, les dirigeants du Fatah, Farouk Al-Qaddumi et Hani Al-Hassan en signe de protestation contre « la ligne d’Abbas » et « sa soumission à l’Amérique et à Israël. » En plus des groupes organisés, des centaines de Palestiniens et d’intellectuels arabes s’y rendront sans doute, ce qui renforcera la crédibilité de l’événement.

Les organisateurs de la conférence déclarent qu’ils souhaitent réitérer leur opposition à « la tentative de liquidation de la cause palestinienne » en mettant l’accent sur « le droit au retour de 5 millions (ou plus) de réfugiés palestiniens. » Ils souhaitent également « ne donner aucune couverture politique à la tentative américano-israélienne de mettre fin à la cause palestinienne à Annapolis, qui est hypocrite et mensongère. » Ils indiquent également que « la direction de l’OLP à Ramallah ne représente plus le peuple palestinien car elle est prisonnière de l’occupation israélienne et a perdu toute indépendance et liberté de pensée qu’elle a pu posséder. » De plus, « la direction de l’OLP (qui manque de légitimité) n’est pas élue, n’est pas démocratique et est anachronique. »

Le Hamas a aussi indiqué que Damas sera suivi par des réunions à Gaza et en Cisjordanie afin de faire toute la lumière sur ce que le Hamas et les autres appellent « cette mascarade » d’efforts americano-israélo-Abbas qui compromet ou annihile les préoccupations vitales du peuple palestinien comme le droit au retour et le statut de Jérusalem. Les idées qui seront débattues incluront une proposition « d’alternatives et d’organisations nationales parallèles » pour contrer le mépris du Fatah à l’égard « d’un consensus palestinien national. » Un nouveau conseil national et un comité exécutif sont envisagés en opposition directe à Abbas qui (avec la Secrétaire d’Etat Rice) tentent en vain de faire capoter l’initiative du Hamas. On attend peu d’Annapolis, et quelques-uns pensent que cela pourrait déclencher une nouvelle Intifada et faire basculer la dynamique du côté du Hamas.

Yuval Diskin du Shin Bet pense que non, mais d’autres ne partagent son avis. Oslo a été le résultat de la première Intifada, et le désengagement d’Israël à Gaza a suivi la seconde. Pour le moment, les cartes sont sur la table. Alors restez surtout à l’écoute.

* Stephen Lendman vit à Chicago et peut être contacté à : lendmanstephen@sbcglobal.net

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6 novembre 2007 - Counterpunch - Vous pouvez consulter cet article à :
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Traduction : Sandrine Ageorges


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