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Cisjordanie : une annexion rampante, discrète mais méthodique

dimanche 8 juillet 2007 - 09h:51

Amos Harel - Ha’aretz

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D’après un rapport de Shalom Arshav (La Paix Maintenant), d’énormes quantités de terres ont été affectées aux colonies de Cisjordanie, mais celles-ci n’en utilisent qu’une toute petite partie.

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La colonie illégale de Modi’in Illit, à l’ouest de Ramallah, derrière la Ligne verte.

9% seulement des zones qui dépendent des colonies sont bâties, et 12% utilisées d’une manière ou d’une autre, affirme ce rapport, qui se fonde sur des chiffres fournis par l’Administration civile. Néanmoins, malgré ces énormes réserves de terres non utilisées, 90% des colonies débordent de leurs limites, et environ un tiers des terres qu’elles utilisent vraiment se situe hors de limites de leur juridiction.

Ces chiffres témoignent du fait que le gouvernement continue à contribuer à l’expansion des colonies, accuse Shalom Arshav. D’un côté, l’Etat affecte aux colonies des étendues immenses, sans aucune proportion avec leur taille, afin d’empêcher les constructions palestiniennes dans ces zones. D’un autre côté, une fois la zone fermée aux Palestiniens, les colons commencent à s’emparer de terres palestiniennes adjacentes, dont les propriétaires sont souvent des personnes privées, terres situées en-dehors de leur juridiction.

Pendant des années, les limites des colonies ont été tenues secrètes. L’Administration civile et d’autres organismes ont toujours refusé de fournir ces informations aux organisations non-gouvernementales et aux médias, alors qu’à l’intérieur de la ligne Verte, ces mêmes informations [sur les limites juridictionnelles d’une quelconque localité] sont facilement disponibles. Les chiffres qui figurent dans le rapport n’ont été obtenus qu’après que Shalom Arshav et le Mouvement pour la Liberté de l’information eurent saisi les tribunaux.

Ce rapport, compilé par Dror Etkes et Hagit Ofran (1), responsables de l’Observatoire de la colonisation de Shalom Arshav, montre que la politique israélienne viole les engagements pris dans le cadre des accords d’Oslo. Ces
accords stipulaient qu’aucune des parties ne prendrait de mesure unilatérale de nature à modifier la situation jusqu’à la fin des négociations sur un règlement définitif. Mais, avant le blocage des pourparlers, Israël a agi méthodiquement pour étendre les territoires sous juridiction des colonies,
affirme le rapport.

Les actes du gouvernement israélien contredisent également ses déclarations officielles : le Premier ministre Ehoud Olmert, par exemple, avait déclaré après une rencontre en mai dernier avec le roi Abdallah de Jordanie : "les constructions dans les colonies ne s’effectuent qu’à l’intérieur des limites autorisées."

Le rapport cite 164 colonies, avant-postes et zones industrielles en Cisjordanie. 92 d’entre elles ont vu leur zone de juridiction s’étendre ou redéfinie après la signature des accords d’Oslo en 1993, dans le cadre de la frénésie de construction qui a eu pour résultat de doubler le nombre de
colons en Cisjordanie dans la décennie qui a suivi.

Pour certaines colonies, les zones précises de démarcation de leur juridiction n’ont toujours pas été démarquées, probablement parce que des portions importantes de leurs zones bâties sont situées sur des terres appartenant à des personnes palestiniennes privées, comme cela est le cas
pour les deux colonies anciennes d’Ofra et de Psagot, près de Ramallah (2).

Dror Etkes accuse le gouvernement israélien d’utiliser le terme de "juridiction" de manière trompeuse et manipulatrice, pour permettre aux colonies de s’étendre sans quasiment aucune limité, et pour bloquer dans ces zones toute construction palestinienne.

Les terres affectées à Ma’aleh Adoumim, par exemple, ont constitué une tentative de former une barrière entre les localités palestiniennes du Nord et du Sud de la Cisjordanie, a dit Etkes. Un poste de police est actuellement en construction dans la zone E-1 entre Jérusalem Est et Ma’aleh
Adoumim, annexée aux territoires dépendant de la colonie, alors que cette zone est très éloignée des zones bâties de Ma’aleh Adoumim, situées de l’autre côté de la route Jérusalem ­ Jéricho (3). Cela témoigne de l’effort
fait pas Israël de créer une continuité territoriale juive dans cette région. Il existe également des plans pour construire un centre commercial et touristique dans la zone E-1. Et pourtant, 76% des terres de Ma’aleh Adoumim ne sont actuellement pas utilisées.

Ce phénomène est encore plus manifeste quand on considère les immenses surfaces affectées aux petites localités juives de la Vallée du Jourdain et du désert de Judée. Par exemple, la juridiction du kibboutz Mitzpeh Shalem, 180 habitants, est de plus de 3 540 hectares, soit en gros la superficie de
Petakh Tikva. Celle du kibboutz Kalia, au bord de la mer Morte, 271 habitants, est de 2 530 hectares.

La construction illégale à l’extérieur de la juridiction d’une colonie est souvent encouragée par l’Etat, comme le montre le phénomène des avant-postes (colonies illégales), dit Dror Etkes. [Rappelons, contrairement à ce que laisse entendre ce rapport (et avec tout ce que cela implique) que toutes les colonies à l’Est de la Ligne verte sont illégales en vertu du droit international - ndp] L’Administration civile empêche toute
construction palestinienne dans les zones sous juridiction des colonies. En revanche, aucune action juridique n’est entreprise à l’encontre de la construction illégale de colons, et ces structures ainsi bâties sont rarement démolies, accuse-t-il.

(1) Dror Etkes quitte bientôt cette fonction.

(2) Voir notamment : "En Cisjordanie, les "colonies sauvages" israéliennes occupent colline après colline"- M. Bôle-Richard - Le Monde.

(3 Sur la zone E1, voir "A l’ombre du mur : comment Israël confisque Jérusalem-Est" - P. Rekacewic et D. Vidal - Le Monde diplomatique.

Sur le même sujet :

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6 juillet 2007 - Ha’aretz - Trad. : Gérard pour La Paix Maintenant


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