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Un coup de poignard dans le dos de Gaza !

mercredi 29 juin 2016 - 07h:54

Haidar Eid

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Israël et la Turquie ont conclu un accord pour normaliser leurs relations, six ans après une attaque navale israélienne qui a tué dix militants turcs, et neuf ans après l’imposition d’un siège meurtrier qui a rendu Gaza invivable.

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Gaza restera un espace ouvert aux bombardements israéliens - Photo : UNRWA

Quel est notre sentiment à ce sujet, nous les Palestiniens de Gaza ?

Pour tout dire, nous sommes aussi consternés et indignés que doivent l’être les familles des dix victimes de l’attaque du Mavi Marmara. Cet accord nous laisse sous un blocus hermétique, médiéval qui équivaut à ce que l’historien israélien Ilan Pappe, appelle « un génocide à petit feu !. »

Inutile de dire que cet accord est une violation des directives de boycott que la société civile palestinienne a émis en 2005. En fait, il est identique à ce qu’était la normalisation des relations diplomatiques et économiques avec le gouvernement de l’apartheid sud-africain.

L’AKP est la branche turque de Ikhwan (les Frères musulmans) qui a gouverné l’Égypte pendant un an et n’a pas réussi à ouvrir le passage de Rafah et à lever le siège. Et le Hamas, la branche palestinienne, a aggravé la vie des assiégés de Gaza par sa direction stricte et l’absence de vision politique. Et maintenant, l’Ikhwan de Turquie décide d’un accord avec le régime israélien d’apartheid au détriment des droits fondamentaux des Palestiniens !

Pour ajouter l’insulte à l’injure, le Hamas a publié une déclaration « exprimant sa gratitude pour les efforts de M. Erdogan pour aider les habitants de Gaza, qui sont en ligne avec le soutien de principe de la Turquie à la cause palestinienne ! » Et le conseiller du Hamas, Ahmad Yousuf, a déclaré que « la Turquie a fait tout son possible pour lever le siège et aider les Palestiniens de Gaza. Les changements régionaux lui ont fait changer sa politique et accepter l’assouplissement du siège à la place ! Nous ne pouvons pas attendre plus que cela de la Turquie » (c’est ma propre traduction).

Les défenseurs du gouvernement turc, à savoir les islamistes, font leur maximum pour justifier l’injustifiable ! La réconciliation entre Israël et la Turquie n’a rien à voir avec la bande de Gaza, et tout à voir avec Israël, et dans une certaine mesure, les intérêts de la Turquie.

En fait, l’Ikhwan ne manque jamais une occasion de nous laisser tomber ! Ils ne veulent pas reconnaître que l’accord entre Israël et la Turquie est une gifle au visage de la décence éthique et morale pour le simple fait que la Turquie a fini par demander l’aide d’Israël pour lever le siège de Gaza !!

Alors qu’est-ce que « la levée du siège » peut bien signifier ?

Cela signifie avant tout l’ouverture des six points de passage, dont les clés sont dans les mains d’Israël, et le flux de toutes sortes de marchandises, en particulier ce qui correspond aux besoins de base, à destination et en provenance de Gaza. Cela signifie aussi la fourniture de Gaza d’électricité et d’eau potable et la garantie de la liberté de mouvement pour les 2 millions de Palestiniens de Gaza.

Cela signifie également l’ouverture permanente du passage de Rafah. Ceci est la responsabilité de la puissance occupante, à savoir Israël. Mais même cela ne répond pas aux droits fondamentaux minimaux du peuple palestinien, à savoir la liberté, l’égalité et la justice. Aucune relation normale ne devrait être établie avec le régime israélien d’apartheid sans que ce dernier ne respecte la loi internationale qui garantit les droits fondamentaux des Palestiniens.

Une lecture rapide de l’accord prouve qu’il est un coup de poignard dans le dos de Gaza ! L’amélioration des conditions d’oppression, ou plutôt le ralentissement du génocide, est une forme de complicité parce que Gaza, pour le gouvernement turc, n’est qu’une affaire humanitaire. En un mot, le gouvernement turc nous a vendus, et il veut que nous lui soyons reconnaissants !

Le « génocide à petit feu » continue.

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* Haiddar Eid est écrivain et professeur de littérature postcoloniale à l’université Al-Aqsa à Gaza, après avoir enseigné dans plusieurs universités à l’étranger. Vétéran dans le mouvement des droits nationaux palestiniens, c’est un commentateur politique indépendant, auteur de nombreux articles sur la situation en Palestine.

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28 juin 2016 - The Palestine Chronicle - Traduction : Info-Palestine.eu


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