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Giulio Regeni donne un visage à tous les disparus sous la dictature en Égypte

lundi 11 avril 2016 - 07h:30

The New Arab

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« Je ne vais pas vous dire ce qu’ils lui ont fait », a déclaré Paola, la mère de Giulio Regeni, à la première conférence de presse tenue par la famille depuis que Giulio a été retrouvé mort au Caire.

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« Je ne l’ai reconnu que par la forme pointue de son nez. Pour tout le reste, ce n’était plus lui. »

Paola a souligné que « le cas [de son fils] n’était pas un cas isolé ». Les médias italiens ont rapporté que près de 533 citoyens égyptiens ont disparu depuis août dernier, selon les données recueillis par les groupes de défense des droits de l’homme.

La Coordination égyptienne des Associations pour les Droits et les Libertés a enregistré 1840 cas de disparition forcées rien qu’en 2015.

Lors d’un sommet à Washington sur la question du nucléaire, le ministre égyptien des Affaires étrangères Sameh Shokry a affirmé que le jeune italien, Giulio Regeni, était mort aux mains d’un groupe de sadiques sexuels faisant usage de la torture - l’une des nombreuses et extravagantes affirmations que le gouvernement égyptien a répandues autour de la mort de Giulio Regeni.

L’Association (non gouvernementale) Italienne pour le Tourisme (AITR) a déclaré dans un communiqué samedi que toutes les offres de voyages à forfait vers l’Égypte seraient suspendues « jusqu’à ce que les circonstances autour de l’assassinat de Regeni soient élucidées ».

La mère de Khaled Said, une victime égyptienne dont l’assassinat brutal aux mains des forces de police a été l’une des étincelles de la révolution égyptienne, a envoyé ce samedi un message de solidarité à la mère de Regeni.

« Je ressens ce que vous ressentez, je ressens votre douleur, tout comme je suis jusqu’à aujourd’hui toujours dans la douleur pour mon fils Khaled, » dit-elle.

« Je vous remercie profondément parce que vous vous souciez des cas de torture en Égypte et que vous continuerez le chemin de votre fils. Que Dieu soit avec vous. Je ne sais quoi vous dire... parce que ce que je ressens est indescriptible. »

Tous les autres

Bien que les circonstances autour de l’assassinat de Regeni doivent encore être éclaircies, son cas a mis en lumière le sort des centaines d’Égyptiens qui ont disparu, et le journal italien Corriere della Sera réalise une collecte des données à leur propos.

La publication a fait un montage avec les portraits des Égyptiens disparus, donnant forme au visage de Giulio Regeni.

Parmi les centaines d’histoires que le journal a documentées, l’on trouve celle de Basma Raafat Abdul Munim qui était allée au poste de police à al-Mokattam le 6 mars dernier, s’inquiétant du sort de son mari. Elle a ensuite elle-même été arrêtée par la police.

Sa fille de quatre ans et son bébé sont actuellement sous la garde de leur grand-mère.

Basma est la femme d’un colonel de l’armée à la retraite, Ibrahim Yasser Arafat, dont le sort est depuis longtemps inconnu. Les avocats et les associations pensent que les autorités égyptiennes ont emprisonné le couple, et la mère de Basma continue de lancer des appels pour leur libération.

Human Rights Monitor en Égypte a publié un rapport ce mardi, détaillant les cas de plus en plus fréquents de disparitions forcées en Égypte. L’organisation recensait au moins 300 arrestations arbitraires par les forces de sécurité, dont 149 font maintenant partie des cas de disparitions.

Dans au moins 40 des cas, le détenu avait « disparu » aux mains des forces de sécurité après que les procureurs publics aient ordonné leur libération.

Terreur dans le stade

Le 28 mars, les forces de sécurité égyptiennes ont arrêté 13 jeunes gens à Alexandrie, dans le stade de football et en plein match.

Il y avait parmi eux Abdul Rahman Mohamed, âgé de 20 ans, un étudiant de première année en ingénierie, Abdul Rahman Mohammed al-Zuhairi, 19 ans, un étudiant de première année à la faculté des arts et Zaki Mohamed Zaki, un comptable.

Les forces de sécurité à Alexandrie ont arrêté dix autres personnes le mois dernier, y compris un étudiant de l’école secondaire, Khaled Abdul Majid, lorsque les forces de sécurité ont pris d’assaut son domicile et l’ont emmené vers un lieu inconnu.

Le 30 mars, un étudiant en ingénierie, Abdel-Rahmen Mohammed Ahmed Behi a été arrêté avec des amis alors qu’il était assis dans un café. Ses amis ont été ensuite libérés et ont raconté avoir été détenus au quatrième étage à la Direction de la sécurité à Alexandrie. Mais les responsables nient l’existence même de centres de détention.

En février, Mohamed Yousry Ali, un étudiant en ingénierie, a été enlevé par la police alors qu’il se rendait chez des amis. La famille d’Ali a fait de nombreuses requêtes auprès du procureur général et d’autres autorités compétentes, mais elles ont apparemment été ignorées et les autorités égyptiennes ont refusé de dire ce que le jeune Mohamed était devenu.

La famille a dit vivre « un enfer psychologique, » alors qu’elle est dans une attente désespérée des nouvelles du garçon.

The New Arab a précédemment rapporté la disparition de Fatima Hassan Shahata, âgée de 19 ans, qui a disparu à Port-Saïd le 11 janvier. La jeune femme qui étudiait à l’Université al-Azhar, a très probablement été enlevée par la police bien que les responsables aient nié qu’elle ait été arrêtée.

« Nous vivons tous sous la torture psychologique, et nous éprouvons un sentiment de grave injustice », a déclaré sa mère le mois dernier. « Ni Fatima ni les membres de la famille n’ont d’affiliations politiques. »

Un jeu d’enfant

Les plus jeunes sont aussi souvent pris pour cible.

En mars, Omar Abdullah Abdel Maksoud âgé de 17, ans a été arrêté à Mahala après que les forces de sécurité aient envahi sa maison et l’aient traîné hors de son lit.

Malgré les appels de sa famille auprès du procureur général, son sort reste inconnu.

Dans la province orientale de Sharqia, les forces de sécurité ont arrêté Khaled Baqarah, âge de 16 ans, devant l’Institut religieux Kafr Saqr.

Dix-sept étudiants ont été enlevés - car sûrement c’est le mot qui décrit le mieux le fait d’être emmenés contre sa volonté et sans communication d’aucun chef d’accusation, ni procès ou simplement envoi d’information aux membres de la famille ou aux autorités - dans leur résidence au campus d’Assiout de l’Université al-Azhar, en haute-Égypte, le 24 mars lorsque les forces de sécurité ont attaqué les dortoirs.

L’Université Al-Azhar, qui dispose de campus au Caire et à Assiout, a souvent été le point de concentration de la répression contre les étudiants. Son campus au Caire a organisé de grandes manifestations étudiantes contre le coup d’État militaire de 2013, bien que les principales autorités de ce qui est considéré comme l’un des lieux de prédilection de l’enseignement de l’islam, aient soutenu l’armée dans son coup de force contre le président élu, Mohamed Morsi.

De nombreux détenus sont religieux pratiquants, mais, selon de nombreux rapports, non affiliés à des groupes politiques - dont les Frères musulmans maintenant hors la loi.

Tortures

La disparition de Ahmad, un boucher de Giza qui travaillait plus de dix heures par jour, en a surpris plus d’un car il n’a jamais semblé en aucune façon intéressé par la politique.

Le 2 février, un groupe d’une quinzaine de policiers a bloqué l’entrée de son magasin à Abu Nimrit et l’a arrêté. Son sort, comme celui de tant d’autres, reste inconnu.

Le sort des « disparus » varie, depuis celui d’être enlevé et libéré après un temps relativement court, jusqu’à être retenu pendant des mois tout en subissant les plus inhumaines des tortures.

Selon les témoignages recueillis par le CHRF, les formes de torture comprennent les décharges électriques, la suspension par les mains et les menaces d’agression sexuelle, toutes ces pratiques visant à extorquer des aveux et des informations sur d’éventuels suspects de terrorisme ou de dissidence politique.

Beaucoup connaissent le même sort tragique que celui de Guilio Regini, dont le cadavre mutilé a été retrouvé, avec des traces montrant à l’évidence qu’il a été torturé à mort.

Pourtant, les perspectives que justice soit rendue restent sombres. Le major-général Khaled Shalaby, l’officier de la police égyptienne qui a été nommé pour mener l’enquête sur l’assassinat de Regeni, a lui-même déjà été condamné à Alexandrie pour avoir torturé à mort un détenu.

Lire également :

- Égypte : un tortionnaire notoire à la tête de l’enquête sur le meurtre de Giulio Regeni - 13 février 2016
- Égypte : la seconde vie des syndicats indépendants - 8 février 2016
- Giulio Regeni, étudiant italien, a-t-il été torturé à mort par la police égyptienne ? - 5 février 2016

5 avril 2016 - The New Arab - Vous pouvez consulter cet article à :
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Traduction : Info-Palestine.eu - Lotfallah


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