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Parler d’unité palestinienne est une mauvaise plaisanterie

mercredi 2 mars 2016 - 07h:36

Omar Karmi

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Plus d’une semaine a passé depuis que les deux principales factions politiques palestiniennes, le Hamas et le Fatah, se sont réunies à Doha, au Qatar pour rechercher un accord sur les questions qui les divisent depuis 2006.

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Avril 2015 - De jeunes Palestiniens manifestent dans la ville de Gaza pour que soit mis fin à la division politique, et que soit ouvert le poste-frontière de Rafah - Photo : APA/Ashraf Amra

Après deux jours de discussions « positives » - l’un des clichés les plus anciens de la politique - les pourparlers se sont interrompus. Et, ensuite, silence radio.

Il n’y a pratiquement pas eu de couverture des négociations, ni de ce qu’elles ont donné. En dehors de quelques messages vaguement optimistes, aucune déclaration officielle n’a été faite.

Le peu d’information qu’on a eu sur les négociations vient presque exclusivement de sources anonymes.

La réponse collective des Palestiniens ou des médias semble avoir été un « On s’en fiche ! » tonitruant.

L’absence quasi totale d’intérêt pour les négociations, même dans la presse palestinienne, devrait nous surprendre.

Après tout, la division entre le Fatah et le Hamas est souvent citée comme un obstacle fondamental à la lutte des Palestiniens pour la fin de l’occupation, le retour des réfugiés et toutes les autres choses qui font consensus chez toutes les personnes concernées par la question palestinienne.

Apathie

Mais, en fait, cette apathie n’est pas surprenante. Cela montre jusqu’où l’ordre régional des priorités de la Palestine a dégringolé.

Cette indifférence est à la mesure la perte de confiance du public dans les dirigeants palestiniens des deux camps, sans parler de la médiation régionale.

Ce n’est, après tout, pas la première fois que le Fatah et le Hamas s’assoient autour d’une table pour rafistoler des relations de tout temps problématiques qui se sont complètement rompues lorsque le Hamas a remporté les élections législatives en 2006.

Cette victoire avait été suivie d’une tentative de putsch qui, à son tour, a fait perdre au Fatah, en 2007, toute chance de jouer un rôle significatif dans la bande de Gaza.

Les membres du Hamas ont alors été traqués par les forces de l’Autorité palestinienne en Cisjordanie.

Les Palestiniens ont vu ce qu’il advenait de leur vote. Le vote législatif de 2006 - seulement le second vote de ce type depuis l’avènement de l’Autorité palestinienne, et le premier où le Hamas participait - a été largement salué comme libre et juste.

Et avec un taux de participation de quelque 75 %, les Palestiniens se sont révélés des participants enthousiastes, même si le vote avait lieu sous occupation militaire et donc était plus ou moins une mascarade.

Mais après les combats à Gaza, ce qui s’est instauré, à la place d’une unique assemblée législative élue, sous un président Fatah - Mahmoud Abbas avait remporté les élections présidentielles en 2005 après la mort de Yasser Arafat - ce sont deux instances dirigeantes, avec des pouvoirs très circonscrits, dans deux zones géographiques distinctes, et toutes les deux sous occupation israélienne : « deux chauves qui se battaient pour un peigne », comme l’a dit Diana Buttu, une ancienne porte-parole de l’Organisation de libération de la Palestine.

Presque chaque année depuis lors, il y a eu une tentative de réconciliation. Quatre accords ont même été conclus : à la Mecque (2007), au Caire (2011), à Doha (2012) et à Gaza et au Caire (2014). Il y eu aussi la déclaration de Sanaa en 2008 et l’accord du Caire en 2012.

Aucune de ces tentatives n’a réussi et chaque nouvel essai a été accueilli avec de moins en moins d’intérêt. Le dernier, en 2014, s’est bien traduit par un gouvernement d’unité, mais ce dernier n’a pas résisté plus d’un an aux récriminations mutuelles.

Il n’est donc pas étonnant que les Palestiniens aient adopté une attitude « prouvez-nous que vous êtes sérieux » devant ce nouveau round de négociations. Un sondage du Centre palestinien pour la politique et la recherche, de septembre dernier, montre que l’unité nationale a glissé au cinquième rang des priorités nationales.

Environ seulement 5 % des personnes interrogées en Cisjordanie et à Gaza ont déclaré que cette unité était le problème le plus urgent auquel était confrontée la société palestinienne.

Pragmatique ?

Même le Qatar, habituellement si volubile sur son rôle de médiateur auto-désigné de tout ce qui concerne les Frères musulmans, a fait profil bas cette fois-ci.

Ce qu’on a appris sur les négociations de Doha – grâce à des sources « informées » mais anonymes, bien sûr - est intéressant, si c’est exact. Ce qu’on décrit comme un accord « pragmatique » a été rendu possible par l’assouplissement de positions figées de longue date.

Le Hamas, selon les rapports, va permettre à Abbas de former le type de gouvernement d’unité qu’il veut et il a également fait des concessions concernant le contrôle du point de passage de Rafah, à la frontière entre Gaza et l’Égypte. Le Hamas a apparemment accepté de ne pas participer à la gestion du point de passage.

Ce renoncement du Hamas est la condition préalable à tout accord égyptien pour ouvrir la frontière.

Le Fatah, quant à lui, a accepté que les fonctionnaires nommés par le Hamas à l’administration de Gaza continuent de travailler pour l’AP et soient payés par elle. Le Hamas les avait embauchés parce que le Fatah avait ordonné aux fonctionnaires qui lui étaient fidèles de rester chez eux s’ils voulaient percevoir leur salaire.

Cette question est extrêmement importante pour le Hamas, qui a la responsabilité de ceux qui étaient prêts à l’aider à administrer la bande de Gaza après 2007, mais aussi pour Gaza en général, car tout emploi rémunéré peut vous sauver la vie dans une économie sans débouchés.

La seule bonne chose, si les négociations aboutissaient à quelque chose de concret, serait l’ouverture du passage de Rafah. Cela pourrait atténuer la souffrance dans la bande de Gaza assiégée. Mais cela dépendrait toujours de l’humeur des élites politiques israéliennes et égyptiennes.

A part ça, on ne voit pas ce qui va changer sur le terrain.

Et cela explique sans doute l’apathie palestinienne envers ces derniers pourparlers : ils n’en espèrent à peu près rien.

Près de 80 % des personnes qui ont répondu au sondage du Centre palestinien pour la politique et la recherche, en septembre dernier, croient qu’il y a peu ou pas de chance qu’un État palestinien voie le jour dans les cinq prochaines années. De manière plus significative, plus de 65 % croient que la solution à deux États n’est plus viable.

Voilà pourquoi les jeunes Palestiniens prennent de plus en plus les choses entre leurs mains, en dehors de toute affiliation politique. Voilà pourquoi de plus en plus de gens croient maintenant - plus de 50 % selon le récent sondage - que l’AP doit être dissoute.

Avec ou sans réconciliation palestinienne, Israël ne cessera pas l’expansion des colonies, ni ne mettra fin à son occupation – sans parler des autres obligations stipulées dans le droit international, telles que le droit au retour des réfugiés palestiniens.

Ni les négociations sans fin du Fatah et sa coopération sécuritaire avec Israël, ni la résistance du Hamas n’ont tenu leurs promesses.

Mettre fin à la rupture du Fatah et du Hamas est, bien sûr, important. Mais le terme d’unité est impropre.

Il n’y a pas d’accord sur la stratégie à adopter face à l’occupation, la question la plus importante à laquelle les Palestiniens soient confrontés.

* Omar Karmi est ancien correspondant à Jérusalem et Washington, DC, pour le journal The National

18 février 2016 - The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
https://electronicintifada.net/cont...
Traduction : Info-Palestine.eu - Dominique Muselet


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