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La Palestine en 2016 : des raisons d’espérer ?

lundi 22 février 2016 - 09h:58

Alaa Tartir

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2015 ne fut pas une bonne année pour la Palestine. Selon le bilan de l’IMEU (1), cette dernière année les Israéliens ont tué au moins 170 Palestiniens et en ont blessé 15377.

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Manifestant brandissant le drapeau palestinien devant la résidence du Premier ministre britannique David Cameron à Londres le 9 septembre 2015 - Photo : AFP/Justin Talli

Israël a détruit ou démantelé 539 maisons et autres structures palestiniennes en Cisjordanie occupée et à Jérusalem Est (avec plus de 11000 ordres de démolition en cours contre des structures palestiniennes dans la « Zone C » de la Cisjordanie occupée). A la date de décembre 2015, 6800 Palestiniens sont emprisonnés en Israël, et environ 650 000 colons juifs vivent dans les territoires occupés.

La Palestine ira-t-elle mieux en 2016 ? Y a-t-il des raisons d’être optimiste et d’espérer, au milieu des cette sombre réalité et des événements qui se déroulent actuellement ? Contre toute attente, j’affirme que oui.

Un coup d’œil rapide aux analyses proposées aujourd’hui nous fait percevoir une année 2016 encore pire pour les Palestiniens. Ces analyses prédisent une escalade de la violence, l’effondrement possible de l’Autorité palestinienne (AP) avec des conséquences néfastes sur le peuple palestinien, une plus grande fragmentation avec la compétition pour la succession d’Abbas, des conflits violents, voire sanglants au sein du Fatah, un enracinement de la division Fatah-Hamas, la poursuite de l’occupation militaire israélienne et l’incapacité chronique américaine et européenne à mettre fin à l’injustice et à l’oppression.

Pour empirer encore plus la situation, des observateurs prédisent que 2016 pourrait être « le moment opportun » pour l’arrivée de l’ISIS en Palestine, surtout si un s’installe un « vide sécuritaire » à la suite de l’effondrement de l’AP.

Certaines de ces prédictions sont plausibles, mais d’autres, en particulier celles provenant de différents appareils sécuritaires et services de renseignements locaux ou internationaux, sont de simples spéculations ou des prédictions sans fondement.

Les prédictions axées sur la sécurité posent problème car elles donnent la priorité aux besoins et phobies d’Israël en matière de sécurité. Elles négligent les droits palestiniens fondamentaux et soutiennent plutôt les tendances et évolutions autoritaires. Par conséquent, je soutiens au contraire qu’au lieu d’assimiler le « vide sécuritaire » à l’émergence d’ISIS ou du chaos, c’est le bon moment pour commencer à aborder la vraie question concernant les questions de sécurité : comment mettre immédiatement fin à l’occupation militaire israélienne ?

Le problème fondamental de toutes ces prédictions qu’ont nous assènent et mentionnées ci-dessus, c’est qu’elles ignorent les bonnes nouvelles qui viennent de Palestine. Voici une courte liste de quelques « sources d’espoir et d’optimisme » à suivre avec attention en 2016.

D’abord et surtout, une nouvelle et différente génération palestinienne est en train d’émerger. Cette génération apporte des visions, objectifs et outils neufs. Pendant qu’une partie de cette génération se révolte dans les rues de Palestine, une autre partie (bien que moins visible que la jeunesse en révolte) élabore des stratégies pour la lutte et les met en œuvre, localement et internationalement.

Cette nouvelle génération transnationale est aussi en train de former son propre leadership intellectuel, indispensable pour tout processus de changement positif.

L’année 2016 pourrait assister à la renaissance tant attendue de la pensée politique palestinienne, bien que ce soit un objectif ambitieux. Une nouvelle direction est sans aucun doute en devenir et émergera de cette génération qui est capable de s’atteler aux causes profondes de la misère, de la faiblesse et de la fragmentation palestiniennes. Ce n’est pas un résultat hors de portée, ni un objectif irréaliste.

Cette génération en a non seulement plus qu’assez de l’occupation israélienne et de sa politique coloniale, mais elle en a assez aussi de cette direction palestinienne illégitime et qui ne représente qu’elle-même. Ils en ont par-dessus la tête des échecs à répétition, et ils pensent et agissent pour faire en sorte que leurs droits deviennent réalité.

Si cette génération est « invisible » pour beaucoup d’observateurs et responsables politiques, il est urgent qu’ils changent de lunettes simplement parce que - pour prendre ces exemples - ces dernières années, de nouveaux dirigeants palestiniens ont émergé en Israël et parmi la société civile palestinienne.

L’unité de la direction palestinienne en Israël est une autre source d’optimisme, malgré les précautions d’usage. Le « coup » (3) pendant les élections parlementaires israéliennes de 2015 a transformé la menace de l’existence palestinienne dans la politique israélienne en une nouvelle opportunité politique.

L’émergence de nouveaux dirigeants comme Ayman Odeh (2) ne sera pas sans conséquence sur les droits politiques et civils palestiniens et sur la dynamique globale de la lutte palestinienne, si cette opportunité est exploitée à bon escient.

En effet, des observateurs ont fait valoir qu’ « au lieu d’essayer frénétiquement de relancer l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP) pour représenter tous les Palestiniens (...), les Palestiniens peuvent simplement regarder en direction des partis politiques palestiniens à l’intérieur d’Israël et déjà représentés à la Knesset. »

Une telle démarche, en dépit de ses limites possibles, pourrait signifier de nouvelles configurations et des hypothèses différentes pour le « conflit israélo-palestinien ».

Le « nouveau » leadership de la société civile palestinienne qui a émergé au cours de la dernière décennie est en 2016 le troisième élément de la vision optimiste et pleine d’espoir pour avènement justice. Les succès irrépressibles du mouvement sous direction palestinienne pour le Boycott, le Désinvestissement et les Sanctions (BDS) sont le premier exemple.

Le rôle influent du BDS et les succès qu’il a obtenus découlent non seulement de la structure de la direction du mouvement ou de ses principes et objectifs unifitaires et globaux, mais aussi du sentiment d’appropriation de l’un des outils pour la lutte d’auto-détermination - la preuve historique évidente que cet outil est efficace pour parvenir à la justice - et des changements et transformations dans l’opinion publique mondiale à propos du conflit palestino-israélien.

La croissance du mouvement international de solidarité qui agit de pair avec les priorités et les appels de la société civile palestinienne, est un exemple encourageant d’une collaboration mondiale pour la réalisation des droits universels.

De plus, les Palestiniens ont beaucoup plus d’outils juridiques qu’auparavant pour faire respecter leurs droits. L’adoption d’une approche fondée sur les droits, en harmonie avec le droit international, comme partie intégrante d’une nouvelle stratégie et vision palestiniennes est une clé de tout programme politique alternatif.

Alors qu’il est vrai que ce programme politique alternatif n’existe encore que partiellement, il est cependant faux de dire que des voix politiques palestiniennes nouvelles et critiques n’existent pas. Ces opinions politiques, régulièrement marginalisées - en particulier si elles sont indépendantes - dans le mouvement de libération nationale palestinienne, sont un élément crucial de cette perspective optimiste grâce à leur contribution aux processus d’élaboration et de mise en œuvre de la politique en interne, en exil et dans les instances internationales.

Ces voix politiques mettent au cœur de leur pensée et de leur analyse, la créativité, la résilience et la pratique de résistance du peuple palestinien en tant que façon de vivre sous occupation, une pratique qui a été oubliée pendant un certain temps. Ce « choix dans la méthode » a des implications directes sur les résultats à court terme et à long terme, et sur la légitimité de la future direction et de ses choix et décisions stratégiques.

La concrétisation de ces raisons d’espérer et de montrer de l’optimisme, ou au moins de certaines d’entre elles, peut faire de 2016 une année différente de ce que l’on nous prédit. Une question reste cependant sans réponse : y a-t-il de bonnes nouvelles en provenance d’Israël ?

Notes :

(1) « Palestine : 2015 in review », January 14, 2016, Institute for Middle East Understanding

(2) Ayman Odeh, né le 1er janvier 1975 à Haïfa, est un avocat et homme politique palestinien vivant en Palestine occupée en 1948. Il dirige le parti politique communiste Hadash et il est président de la coalition Liste unifiée.

(3) Lors des élections législatives israéliennes de 2015, Ayman Odeh a été désigné tête de la Liste unifiée, rassemblant, en plus du Hadash communiste, divers partis arabes israéliens. Sa liste a créé la surprise en arrivant en troisième position avec 10.54% et 13 sièges, soit deux de plus que les sièges cumulés des partis la composant pris isolément.

* Alaa Tartir est directeur de programme d’al-Shabaka : The Palestinian Policy Network, et chercheur post-doctorat à l’Institut universitaire des Hautes Études internationales et du développement, à Genève.

Du même auteur :

- Le soulèvement de la jeunesse palestinienne et le rôle des organisations politiques - 18 décembre 2015
- Le départ d’Abbas changerait-il quoi que ce soit ? - 8 septembre 2015

14 février 2016 - The Huffington Post - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.huffingtonpost.com/alaa-...
Traduction reprise d’ISM - MR


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