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Israël : une folie répressive et criminelle, sur fond de divergences sur les causes de la révolte palestinienne

vendredi 19 février 2016 - 14h:39

Jonathan Cook

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L’armée israélienne manifeste en ce moment un intérêt opérationnel à comprendre ce qui anime les attaques palestiniennes.

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Un homme appelle à l’aide après que Mohammad Abu Daher a été abattu à distance d’un tir israélien en pleine poitrine, de même qu’un autre garçon (15 et 17 ans). Ils participaient à une commémoration de la Nakba près de Ramallah - AP/Majdi Mohammed

Le frénétique tissage de cocon que poursuit Israël est entré dans une nouvelle phase la semaine passée, alors que le gouvernement Netanyahou redoublait d’efforts pour réprimer les derniers vestiges de dissidence.

Le bureau de la censure militaire, vestige septuagénaire du Mandat britannique en Palestine a étendu ses pouvoirs sur la presse et la télévision israéliennes jusqu’aux blogs et aux médias sociaux.

Le gouvernement a également menacé de retirer les cartes de presse aux « journalistes et éditeurs qui sont négligents dans leur travail » - visant ceux qui s’écartent trop manifestement de la ligne officielle.

Ces manœuvres font suite à l’annonce de la Ministre de la Culture Miri Reguev sur une « loi de loyauté » qui refusera les subvention d’état aux artistes et institutions culturelles qui ne sont pas suffisamment patriotiques.

Le Ministre de l’Éducation, le héros des colons Naftali Bennett, quant à lui, serait en train de préparer toute une série de mesures : l’interdiction d’accès aux élèves de littérature et de pièces de théâtre qui ne seraient pas en ligne avec l’idéologie du gouvernement, coupes dans le pluralisme déjà très restreint de l’éducation et nouveau manuel civique diffamant la minorité palestinienne.

Dans cette ambiance d’ignorance et de préjugés, M. Netanyahou n’a pas eu de mal à persuader l’opinion publique que la récente vague de protestations et d’attaques palestiniennes, qui a entraîné la mort de plus de 160 Palestiniens et de 29 Israéliens, est uniquement le résultat de « provocations » venant des autorités et des médias palestiniens.

La droite israélienne suggère que les Palestiniens qui attaquent au couteau ou à la voiture-bélier leurs oppresseurs, généralement des soldats et des colons, s’enflamment et passent à l’acte à cause de paroles qui font appel à de vieux préjugés.

Alors que le discours public israélien se détache de plus en plus de la réalité, le commandement militaire israélien, lui, paraît un havre de bon sens – par contraste.
L’armée israélienne a en ce moment un intérêt opérationnel à comprendre ce qui anime les attaques palestiniennes – à la fois pour mieux les contrer et pour calmer la pression grandissante du gouvernement exigeant des réponses draconiennes - de celles qui pourraient provoquer la chute de l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas.

Les militaires ont envoyé leurs agents du renseignement dans les prisons israéliennes pour interviewer des Palestiniens qui n’avaient pas été tués au cours de leurs attaques y compris des enfants de pas plus de treize ans. Ce que l’armée a découvert ne surprendra personne. Les Palestiniens se sentent irrémédiablement désespérés devant une situation où leurs propres libertés et celles de leurs familles sont strictement restreintes par l’occupation sans fin d’Israël.

Les Palestiniens auteurs d’attaques – des « loups solitaires » comme les appellent les Israéliens – sont souvent aussi confrontés à des crises personnelles extrêmes : idées suicidaires problèmes financiers ou douleur de la mort d’un proche ou d’un ami aux mains d’Israël.

Beaucoup d’entre eux n’ont jamais connu d’Israéliens en dehors des soldats qui les maltraitent aux postes de contrôle et pendant les razzias sur leurs villages, et des colons qui se comportent en seigneurs de guerre avec eux.

Ces découvertes ont provoqué une faille qui va en s’élargissant entre le gouvernement et les militaires.

M. Netanyahou et ses alliés, tablant sur la philosophie de droite traditionnelle de la «  muraille d’acier », écraser impitoyablement toute dissidence palestinienne, ont exigé des privations encore plus grandes infligées aux victime de l’occupation afin qu’ils finissent par se soumettre.

La semaine dernière, le gouvernement a répondu à une attaque devant un checkpoint commise par un agent de la sécurité palestinienne, qui a blessé trois soldats israéliens, en bouclant Ramallah, l’actuelle capitale économique et politique palestinienne.

L’armée a efficacement rejeté cette décision dès le lendemain. Gadi Eizenkot, le chef d’état-major de Tsahal, a averti à plusieurs reprises que les châtiments collectifs ne feront qu’alimenter la colère palestinienne et augmenter les attaques. Son argument est que davantage de permis de travail en Israël pour les Palestiniens est « dans l’intérêt d’Israël et est un facteur d’endiguement ». Il préfère également entretenir les liens existants avec les forces de sécurité palestiniennes.

Mais les colombes militaires se bercent d’illusions tout autant que les faucons politiques.

Les politiques veulent un bâton pour battre collectivement les Palestiniens, ce qui ne fera qu’intensifier le conflit. Les militaires eux, veulent des avantages individuels pour bonne conduite afin de perpétuer le statu quo un peu plus longtemps.

Ce dont aucune des deux parties ne veut parler, c’est du contexte qui crée le désespoir et la colère des Palestiniens : l’occupation.

Les crises personnelles identifiées par les militaires et qui incitent des Palestiniens à la violence – dettes, dépression et la mort d’un proche ou d’un ami tué – ce ne sont pas des coups du sort s’abattant sur des individus. Ce sont des sous-produits inévitables des abus systématiques infligés à une population tout entière sous occupation.

Le non-respect de la loi des colons avides de terres, les graves restrictions de mouvement, les démolitions de maisons et le « maintien de l’ordre » par une armée hostile garantissent aux Palestiniens un vie de soumission, esclaves d’une répression de plus en plus dure.

Quiconque défie la bulle d’illusions israélienne risque la fureur du gouvernement, comme le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon l’a dit le mois dernier. Quand il a prononcé l’évidence - qu’il est de « la nature humaine de réagir à l’occupation » - M. Netanyahou l’a accusé « d’entretenir le terrorisme ».

Une autre averse de vitriol s’est abattue sur la Ministre suédoise des Affaires étrangères lorsqu’elle a affirmé à peu près la même idée – et demandant d’urgence une enquête sur les exécutions présumées de Palestiniens récemment tués par l’armée. Elle a été accusée de « diffamation » et officiellement interdite de visite en Israël.

Les allégations bornées tant des politiciens que des généraux d’Israël signifient que ni les uns ni les autres n’arrivent à trouver une issue au bourbier actuel. Ceux qui veulent simplement faire durer les souffrances des Palestiniens peuvent triompher de ceux qui préféreraient les intensifier. Mais quoi qu’il arrive, les Palestiniens continueront de résister.

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* Jonathan Cook a obtenu le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Il est le seul correspondant étranger en poste permanent en Israël (Nazareth). Ses derniers livres sont : « Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East » (Pluto Press) et « Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair » (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jonathan-cook.net

Du même auteur :

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9 février 2016 - The National - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.jonathan-cook.net/2016-0...
Traduction : Info-Palestine.eu - Marie Meert


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