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Des hauts gradés israéliens font publiquement la promotion d’une solution à deux États

dimanche 14 février 2016 - 08h:00

Richard Falk

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Cette annonce a été parrainée par S. Daniel Abraham Center for Middle East Peace . Étant donné le lectorat principal du NYT, il est clair que le message est destiné à l’opinion publique américaine et surtout, probablement, aux juifs américains et aux conseillers du prochain président américain qui entrera en fonction dans un an.

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Rêve sioniste devenu réalité : une population palestinienne vivant sous occupation permanente, appauvrie et confinée derrière des murs de béton... En fait sous un régime d’apartheid

Il est rare, voire inusité, qu’une annonce dans les journaux reçoive un soutien si influent d’éminentes personnalités Israéliennes en faveur d’une position contradictoire à celle des dirigeants élus de l’état israélien. Une annonce de pleine page est parue dans le New York Times le 4 février, 2016. Cette annonce a été parrainée par S. Daniel Abraham Center for Middle East Peace (Centre S. Daniel Abraham pour la paix au Moyen-Orient).

Étant donné le lectorat principal du NYT, il est clair que le message est destiné à l’opinion publique américaine et surtout, probablement, aux juifs américains et aux conseillers du prochain président américain qui entrera en fonction dans un an. Son message clame en gros caractères gras : « les chefs de la sécurité d’Israël sont d’accord : La séparation en deux états est de l’intérêt vital de la sécurité d’Israël. »

Cette déclaration est suivie de courtes citations de soutien sous un trombinoscope de seize personnalités des services de sécurité d’Israël : trois rangées de photos, celle du haut de six anciens chefs d’état major de l’IDF israélienne, celle du milieu de cinq anciens directeurs du Shin Bet (agence de sécurité intérieure), et celle du bas de cinq anciens directeurs du Mossad (agence du renseignement international). C’est pour sûr une pléiade imposante de responsables israéliens de premier plan exprimant ensemble indirectement leur consternation collective devant l’abandon de la solution à deux états par le gouvernement du Likoud dirigé par M. Netanyahou.

C’est en soi une expression impressionnante de l’élite israélienne et de l’opinion éclairée, mais quelle soit le reflet d’un consensus doté d’un levier politique, que ce soit ici aux États-Unis ou en Israël, est sujet à caution. Elle traduit au minimum la forte impression qu’une partie influente de l’establishment israélien n’a plus confiance en la capacité de M. Netanyahou à protéger les intérêts vitaux d’Israël, et ceci est en soi significatif.

L’annonce se compose de deux éléments principaux ; les photos de ces militaires et responsables du renseignement, dont le nom d’un grand nombre est connu de ceux qui suivent la politique israélienne et celui de certains notoire, accompagnées d’une citation de chacun d’entre eux exprimant en une phrase l’urgente nécessité de mettre en œuvre une forme de solution à deux états dans l’intérêt de la sécurité d’Israël. Et ce qui n’est guère surprenant, ces 16 hommes ont tous joué un rôle dans la dépossession et l’oppression du peuple palestinien au cours de leur carrière.

Tout aussi peu étonnant, l’annonce exprime clairement que la rupture avec l’optique de Netanyahou n’a rien à voir avec la quête d’une justice différée pour les Palestiniens ou une quelconque forme de compassion pour leur long calvaire. Le soutien à un état palestinien est exclusivement lié à la nécessité présumée de désamorcer la soi-disant ‘bombe démographique.’ Ou comme formulé dans l’annonce, « La seule façon pour Israël de rester un état juif, démocratique c’est que les Palestiniens aient un état palestinien démilitarisé. »

Ce postulat mène à la conclusion imprimée en caractères gras de grande dimension : « Il est temps : Deux États pour Deux Peuples. » Et pour ne laisser subsister aucun doute, il y a sur le côté un encadré résumant les données démographiques : 2015 52% de juifs, 2020 49% de juifs, 2030 44% de juifs.

Il me semble que ce rejet anti-Likoud de l’actuel glissement vers une issue à un seul État israélien est remarquable pour deux raisons différentes : tout d’abord il propose une solution qui ne marchera pas ; non seulement il n’est fait aucune mention de la nécessité de renoncer aux colonies de peuplement ou d’aborder la question des droits des réfugiés palestiniens, mais la conception ‘d’un état palestinien démilitarisé’ est une telle affirmation de l’inégalité des deux peuples que c’en est la quasi garantie que même si la direction de Ramallah s’avérait prête à avaler un tel arrangement, le peuple palestinien lui ne l’accepterait pas.

La seule voie vers une paix durable ne peut reposer, dans la mesure du possible, que sur l’égalité des deux peuples, et si un état palestinien acceptable est un jour fondé il doit être doté des mêmes droits souverains qu’Israël.

Deuxièmement, il est intéressant de remarquer que M. Netanyahou est loin d’être le seul à rejeter la diplomatie fondée sur une solution à deux états. Le président d’Israël, Reuven Rivlin, élu en 2013 par la Knesset, est un partisan impénitent de l’optique à un état, appuyant la prétention ethnique et biblique à la totalité de la Cisjordanie, version territoriale maximale du Grand Israël.

De même, l’ambassadeur d’Israël à l’ONU, Danny Danon, défenseur exalté des colons est un représentant gouvernemental qui est depuis longtemps le fer de lance de l’opposition à tout arrangement politique viable avec les Palestiniens qui reconnaisse leur droit à l’autodétermination.

Dans un tel contexte, il semble évident que toute relance de la diplomatie autour de deux états sur les critères proposés dans l’annonce, disons à l’initiative du prochain président des Etats-Unis, se retrouverait très rapidement dans une impasse. Il ne fait aucun doute qu’avoir recours à ce genre d’annonce dans le principal quotidien états-unien est une preuve probante du profond clivage qui divise les cercles dirigeants israéliens, mais l’autre option proposée n’offre aucune perspective permettant d’avancer vers une paix juste.

Elle témoigne d’une scission entre ceux des Israéliens qu’inquiète la perspective de gouverner une population à majorité palestinienne et ceux que guide une ambition territoriale et colonisatrice. Aucune de ces deux orientations n’emprunte la voie menant à une paix durable.

Seule une solution envisageant l’égalité entre juifs et Palestiniens mérite le respect et est source d’espoir. Mais ne nous y trompons, cette déclaration de poids de la part de personnalités de la sécurité ne doit pas être prise pour un renouveau du mouvement de la paix israélien ou l’expression du mécontentement de la société civile à l’égard de la direction politique de M. Netanyahou. Elle donne, tout au plus, un peu de transparence à un débat en cours au sein de l’élite gouvernante d’Israël, rien de plus, rien de moins.

Pa ailleurs, l’idée de sauvegarder le caractère démocratique d’Israël semble présupposer qu’Israël demeure une démocratie. Oui, comme pour d’autres organisations sociales instituant l’apartheid, c’est une ‘démocratie’ mais seulement pour les juifs.

Pour les Palestiniens, qu’ils vivent comme minorité en Israël, sous occupation en Cisjordanie et à Jérusalem-Est, en captivité et soumis à une punition collective à Gaza, et dans les camps de réfugiés éparpillés dans les territoires occupés et les pays voisins, le terme ‘démocratie’ est depuis longtemps une mauvaise plaisanterie. Pour prétendre être une authentique démocratie, tous ceux qui vivent sous l’autorité d’un système gouvernemental doivent jouir de droits non discriminatoires.

Le S. Daniel Abraham Center for Middle East Peace ne fait pas mystère de son penchant sioniste et de son point de vue israélien, bien qu’il semble sincèrement croire que la gouvernance du pays par le Likoud menace l’identité d’Israël ainsi que sa sécurité. Sa page internet proclame son engagement pour la paix, rend hommage à Yitzhak Rabin, et accorde une attention favorable à l’Initiative de Paix Arabe de 2002.

En même temps il s’abstient de critiquer le traitement que fait subir Israël aux Palestiniens ou aucun des nombreux dénis quotidiens des droits des Palestiniens, évite de mentionner les structures qui organisent l’apartheid en Israël, et se garde bien d’exprimer de l’empathie pour le peuple palestinien auquel sont imposées de multiples formes de souffrance.

* Richard Falk, titulaire de la chaire Albert G Milbank est professeur émérite de Droit International à l’Université de Princeton et chargé de recherche du programme d’études mondiales et internationales du centre Orfalea, UC Santa Barbara. Il est aussi Rapporteur spécial des Nations unies sur les droits de l’homme en Palestine. Pour consulter son blog.

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8 février 2016 - The Palestine Chronicle - Cet article peut être consulté à :
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Traduction : Info-Palestine.eu - MJB


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