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La logique tordue derrière la politique antiterroriste israélienne

vendredi 12 février 2016 - 09h:04

Middle East Monitor

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Les autorités israéliennes voudraient faire croire que le terrorisme s’infiltre en Israël du fait du nationalisme palestinien.

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Un jeune bédouin récupère ce qu’il peut de sa maison détruite par Israël dans le village d’al-Araqeeb, désert du Néguev, 2013 - Photo : Emanuel Yellin

A la mi-janvier le président israélien Reuven Rivlin s’est adressé à la 9ème Conférence annuelle de l’Institut juif pour les affaires de la sécurité nationale. « L’État islamique est déjà ici » a-t-il affirmé aux délégués, « ce n’est plus un secret à présent. Je ne parle pas de territoires voisins de l’État d’Israël, mais à l’intérieur même de l’état ».

Depuis sa naissance, la politique de défense d’Israël tourne autour d’une menace perçue comme [la volonté] de détruire l’état sioniste.

Aujourd’hui, la principale menace qui préoccupe Israël est Daech. Le chef des Forces de Défense Israéliennes (FDI), le lieutenant-général Gadi Eizenkot, a exprimé son inquiétude par rapport à une présence de l’Etat islamique à la frontière israélo-syrienne. La force la plus proche du groupe extrémiste ne se trouve qu’à 40 km de là.

Alors que ces inquiétudes comportent quelque légitimité et doivent être prises en considération, il y a un déséquilibre certain dans la façon dont les Israéliens projettent ce genre de menaces. La rhétorique israélienne paraît nettement divisée : « L’Iran envisage une guerre par procuration contre Israël, par exemple via le Hezbollah au Liban, qui pose aujourd’hui la menace la plus sérieuse à Israël » est une autre citation récente d’Eizenkot. Il ajoutait qu’il y a une possibilité que les sentiments pro-iraniens s’infiltrent en Israël du fait du nationalisme palestinien.

Depuis le début du Printemps arabe, diverses menaces perçues à l’encontre d’Israël ont été utilisées de manière interchangeable, mais toutes ont été mises en lien avec la question palestinienne dans le pays.

Si le chef des FDI se sert d’un langage aussi fort à l’encontre de multiples groupes au Moyen-Orient, cela suggère qu’il n’y a pas réellement une analyse des risques déterminant les menaces qui sont prioritaires, et que la politique de défense est élaborée au pied levé. Il n’y a aucun signe d’ajustement équilibré entre les menaces et les évaluations stratégiques, surtout quand on essaie de connecter des menaces extérieures à celles qui existeraient à l’intérieur de l’état.

Dans tous les cas, il y a la peur que le terrorisme s’infiltre en Israël à travers la société palestinienne. Tel Aviv craint que le genre d’attaques perpétrées par Daech en Europe ne soient imitées en Israël du fait que les Palestiniens sont de plus en plus frustrés par les conditions dans lesquelles ils sont contraints de vivre.

Beaucoup des bédouins dans le désert du Néguev sont été déplacés pour des colonies illégales, par souci d’intégrer leur communauté à la société israélienne. Quand le précédent ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis, Michael Oren, a visité la communauté, fin janvier, et qu’il a observé les sentiments sociaux des bédouins, notant que les dernières décennies ont vu une islamisation et un nationalisme palestinien croissants, il s’y est référé comme à des « mouvement jumeaux ». Le cœur de l’argumentation est que toute menace extérieure basée sur une idéologie pourrait infuser dans la communauté palestinienne, donnant aux gens une raison de plus de se retourner contre Israël.

Cette perspective est un problème parce qu’elle diabolise le mouvement nationaliste palestinien qui est légitime. Elle démontre aussi que les Israéliens se mettent dans une position qui les déconnecte de plus en plus de la détresse du peuple palestinien et des raisons de leur frustration. La montée des sentiments et des politiques néo-fascistes en Israël empêche les Palestiniens de croire à une paix possible, en particulier quand on a à Jérusalem des marches anti-palestiniennes appelant à « ne pas coexister avec un cancer ».

Ajoutons la construction de colonies illégales, l’apartheid et la brutalité qui va jusqu’à brûler vifs des bébés palestiniens, sans parler des brutalités policières, même contre des enfants, et on voit clairement que la politique de défense israélienne se soucie de plus en plus de ce qu’elle ressent comme une radicalisation des Palestiniens, alors même qu’ils sont l’objet d’une répression systématique. Cela est contre-productif.

Si Tel Aviv craint réellement une présence de l’EI via « la radicalisation palestinienne de l’intérieur », la seule façon de la corréler avec le mouvement nationaliste palestinien c’est que le mouvement commence à montrer sa frustration devant l’inutilité du statu quo politique dû à l’approche dure adoptée par l’extrême droite dominante en Israël. Si le mouvement continue d’être sapé alors que les conditions des Palestiniens ne cessent d’empirer, au point que leur survie même est mise en cause, alors un potentiel existe pour des groupes comme Daech de tirer avantage de ces conditions désespérées. Un tel soutien naîtrait de la contrainte, non pas d’une radicalisation idéologique.

Bien plus, même les mouvements islamiques en Palestine ont été menacés par Daech. En juin dernier le Hamas a reçu l’avertissement que s’il ne faisait pas allégeance à Abou Bakr Al-Baghdadi, il serait voué aux enfers. Le but ultime du Hamas est d’obtenir un état palestinien dans les frontières d’avant 1948, alors que l’objectif de Daech est d’intégrer à la fois la Palestine et Israël au sein du « Califat ». C’est là un conflit intrinsèque.

Le fait que comparer Daech au Hamas est devenu une pratique courante en Israël depuis 2014, de l’assentiment même du premier ministre Netanyahou qui doit vraiment être mieux informé, montre que non seulement les frustrations des Palestiniens sont méconnues, mais qu’il y a également un manque de compréhension des institutions palestiniennes qui défient l’occupant israélien.

Décrire tous les groupes de résistance palestiniens comme des alliés potentiels de Daech est une tactique de facilité qui à la fois diabolise les Palestiniens et entraîne davantage de violence d’état à leur encontre. Elle fait aussi l’impasse sur les questions réelles concernant les Palestiniens en Israël et dans les territoires occupés.

La montée de violence chez certains Palestiniens n’est pas le produit d’une radicalisation religieuse, c’est une réaction compréhensible aux conditions de plus en plus hostiles auxquelles les contraint Israël. Cause et effet sont indissociables, et la cause initiale, c’est bien évidemment l’occupation. Ne pas le comprendre est la faute fondamentale qu’occulte la logique israélienne de sa politique contre terroriste.

8 février 2016 - Middle East Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
https://www.middleeastmonitor.com/n...
Traduction : Info-Palestine.eu - Marie Meert


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