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Le scénario cauchemar pour Netanyahu : un policier palestinien retourne son arme contre l’occupant !

dimanche 7 février 2016 - 07h:08

Maureen Clare Murphy

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Il n’est pas le premier membre des forces de sécurité de l’AP (...) à avoir été abattu lors d’une attaque présumée de soldats ces dernières semaines.

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Cortège funéraire d’Amjad Sukkar, le 1e février, une journée après qu’il eut ouvert le feu sur des soldats de l’armée israélienne d’occupation, avant d’être abattu, à un barrage militaire près de Ramallah - Photo : APA/Nedal Eshtayah

Après qu’un sergent-chef de l’Autorité Palestinienne ait été abattu, alors qu’il avait ouvert le feu sur trois soldats israéliens et les ait blessés à un poste de contrôle dimanche, le principal quotidien israélien a décrit l’incident comme le « scénario catastrophe que redoute tant Israël depuis des mois. »

Israël a depuis bouclé pour une durée indéterminée le secteur de Ramallah en Cisjordanie occupée, où s’est déroulé l’incident.

L’incident va creuser le fossé existant entre les dirigeants politiques d’Israël et son armée, qui n’ont pas réussi à trouver un consensus sur la façon de réagir à la forte escalade depuis quatre mois d’une confrontation meurtrière sans fin entre Palestiniens et soldats et colons israéliens.

« Le salaire du terroriste lui vient de l’Autorité Palestinienne – ses dirigeants sont derrière les incitations à la terreur contre Israël, » a déclaré dimanche Benjamin Netanyahou.

« Abbas n’a pas condamné l’attaque perpétrée par ses hommes. Tandis qu’Israël combat le terrorisme, la communauté internationale doit mettre un terme à l’hypocrisie et exiger de l’Autorité Palestinienne qu’elle cesse les incitations qui attisent les flammes du terrorisme, » a ajouté le premier ministre israélien.

L’incident mortel de dimanche s’est déroulé à Beit El, colonie juive près de Ramallah, siège de l’AP.

Construite en terre palestinienne, Beit El abrite l’administration civile israélienne, bras administratif de l’occupation militaire, et son bureau de district. C’est le lieu de fréquentes confrontations avec de jeunes Palestiniens protestant à la fois contre l’occupation israélienne et la coordination sécuritaire entre l’AP et Israël.

Les forces de sécurité de l’AP ont parfois dispersé manu militari ces manifestations, et Israël a tiré à balles réelles sur de jeunes manifestants à Beit EI, faisant deux morts, dont un enfant.

M. Netanyahou a déjà accusé les médias d’incitation et le dirigeant de l’AP Mahmoud Abbas d’être responsable des attaques présumées de colonies de peuplement et de postes de contrôle, tandis que l’armée israélienne et les services de renseignement réaffirment qu’il est essentiel de poursuivre la coordination sécuritaire avec l’AP pour empêcher une nouvelle escalade de la violence.

Majid Faraj, directeur du Service des Renseignements Généraux de l’AP, s’est récemment vanté à Defense News que depuis octobre, l’AP a « empêché 200 attaques contre des Israéliens, confisqué des armes et arrêté une centaine de Palestiniens. »

Le gouvernement israélien a confirmé cette affirmation à Haaretz, qui a précisé que « la plupart des arrestations concernaient des agents du Hamas, que l’AP redoute tout autant qu’Israël. »

Un agent de l’AP ouvre le feu sur des soldats

Des témoins ont décrit l’attaque de dimanche à Ma’an News Agency, disant qu’ « un véhicule palestinien s’est approché d’un poste de contrôle israélien et s’est arrêté pour inspection. Lorsqu’un soldat israélien s’est approché de la vitre du conducteur, celui-ci a ouvert le feu, tirant aussitôt sur le soldat. »

Deux des trois soldats blessés seraient dans un état grave, tandis que le troisième n’a été que légèrement blessé, d’après le service des urgences médicales israéliennes, Magen David Adom.

L’agent palestinien abattu a été identifié comme Amjad Sukkar, 34 ans et père de quatre enfants, vivant dans le secteur de Naplouse au nord de la Cisjordanie.

Le poste militaire israélien où Amjad Sukkar aurait tiré sur des soldats avant d’être tué est connu des Palestiniens comme le poste de contrôle des VIP, étant donné que seules des personnes autorisées peuvent le franchir. Sukkar, chauffeur et garde du corps du procureur général de l’AP, aurait été en possession d’un laisser-passer lui permettant d’emprunter ce poste.

Il n’est pas le premier membre des forces de sécurité de l’AP – qui sont entraînées et armées sous l’égide des EU et de l’Union Européenne, et ont collaboré avec Israël lors d’exécutions extrajudiciaires de dirigeants politiques et de la résistance armée à Gaza – à avoir été abattu lors d’une attaque présumée de soldats ces dernières semaines.

Comme l’a rapporté Defense News le mois dernier, Mazen Oraibi, « agent sous le commandement de Faraj, a été tué par des soldats israéliens après qu’il aurait ouvert le feu à un poste de contrôle avec son arme légale blessant deux personnes. » La publication a ajouté qu’Oraibi était un membre de la famille de Saeb Erekat, négociateur en chef avec Israël pour l’AP.

Haaretz a souligné dimanche que MM. Sukkar et Oraibi « occupaient tous deux des fonctions nécessitant une accréditation des services de renseignement de l’AP. »

Le Centre Palestinien pour les Droits de l’Homme a rapporté qu’après qu’Oraibi était mort des soldats lui ont tiré dans la tête à bout portant.

Assassinats ciblés

Plus de 100 Palestiniens dont 25 enfants, et 25 Israéliens ont été tués dans des attaques de Palestiniens et des attaques présumées contre des Israéliens en Cisjordanie et en Israël entre le 1 octobre et le 25 janvier, selon le groupe de surveillance des nations Unies OCHA. Des dizaines d’autres Palestiniens ont été tués alors qu’ils participaient à des manifestations ou se trouvaient dans les parages de mouvements de protestation.

Des associations de défense des droits de l’homme ont critiqué Israël d’avoir recours automatiquement à la force meurtrière contre de présumés agresseurs lorsque ceux-ci ne représentent aucune menace immédiate pour la vie de quiconque, précisant que les nombreux incidents de ce type reviennent à des exécutions extrajudiciaires.

Dans d’autres cas, les Palestiniens ne tentaient même peut-être pas de commettre un attentat lorsqu’ils ont été massacrés.

Le groupe de défense des droits de l’homme israélien B’Tselem a accusé Netanyhou d’être responsable de « la transformation d’agents de police, et même de civils armés en juges et bourreaux. »

Avec l’approbation tacite de Netanyahou, la menace proférée par le ministre de la sécurité publique Gilad Erdan que « chaque terroriste doit savoir qu’il ne survivra pas à l’attaque qu’il est sur le point de commettre » est devenue une réalité mortelle, tandis que des enfants sont abattus au lieu d’être arrêtés.

Parmi les plus jeunes de ces enfants, Ruqayya Abu Eid, 13 ans, fut abattue par un garde de sécurité dans la colonie Anatot près de Jérusalem dans la matinée du 16 janvier.

Le journaliste de Haaretz Gideon Levy a écrit que l’enregistrement par une caméra de sécurité de l’incident montre Abu Eid poursuivant le garde de sécurité un couteau à la main, les deux silhouettes floues étant à quelques mètres de distance l’une de l’autre.

Il a ajouté que la vidéo ne montre pas la fillette se rapprocher du garde de sécurité, et le moment où celui-ci tire une seule balle dans le cœur d’Abu Eid ne figure pas sur l’enregistrement rendu public.

Tirs sur des Palestiniens lors d’attaques présumées

Un autre adolescent palestinien, Ahmad Hussein, 19 ans, a été abattu lundi après une tentative présumée d’attaque à l’arme blanche sur un soldat près d’une colonie dans le secteur de Tulkarem en Cisjordanie. Aucun blessé n’a été signalé chez les soldats.

Le même jour, un garçon de 14 ans a été arrêté à Jérusalem parce qu’il détenait un couteau, et un autre a été arrêté au carrefour Beit Einoun - où plusieurs agresseurs palestiniens présumés ont été tués récemment par des soldats israéliens – parce qu’il aurait été en possession d’un couteau.

جنود الاحتلال يدوسون على أيدي شاب فلسطيني خلال اعتقاله على مفترق بيت عينون شرق الخليل بزعم حيازته سكينا اليوم. pic.twitter.com/FfzPNehn2H

— شبكة قدس الإخبارية (@qudsn February 1, 2016

Dimanche, il a été signalé qu’un Palestinien avait été blessé par balle après une attaque présumée à la voiture bélier dans la colonie de Beit Horon près de Jérusalem. Moins d’une semaine plus tôt au même endroit, deux jeunes agresseurs présumés furent abattus après avoir blessé deux Israéliennes, l’une d’entre elles étant plus tard décédée de ses blessures.

Samedi, un jeune Israélien de 17 ans a été poignardé à l’extérieur de la vieille ville de Jérusalem et a subi des blessures modérées. Trois jeunes Palestiniens âgés de 12 à 15 ans, sont en détention dans le cadre de l’incident.

Une autre attaque au couteau s’est produite mercredi dans la colonie Givat Zeev près de Jérusalem ; un Israélien d’âge moyen aurait été grièvement blessé et un Palestinien de 18 ans du village de Bie Nabala en Cisjordanie soupçonné d’avoir commis l’attaque a été arrêté.

Le même jour, un Palestinien de 17 ans a été arrêté pour avoir tenté de commettre ce qu’Israël qualifie d’attaque à l’arme blanche au poste de contrôle militaire Qalandiya entre Ramallah et Jérusalem.

L’armée israélienne et son agence d’espionnage intérieure , le Shin Bet, aussi connue sous le nom de Shabak, se sont révélées incapables d’empêcher de telles attaques présumées de la part de Palestiniens agissant indépendamment, sans ordres de groupes de résistance armée.

Israël incapable d’empêcher les attaques

Le chef d’état major de l’armée israélienne a déclaré qu’il n’y avait pas eu d’avertissements des services de renseignement avant aucune de la centaine d’attaques au couteau ou à la voiture-bélier qui ont été commises depuis octobre aux dires de l’armée.

Le leader de l’opposition israélien, Isaac Herzog, a réclamé la construction d’un mur surmonté de barbelés électrifiés dans le cadre de son « plan de séparation » entre Israël et la Cisjordanie pour empêcher de futures attaques.

Toutefois, l’immense majorité des attaques présumées se sont produites en Cisjordanie même, dans des colonies israéliennes et à des postes de contrôle – symboles de l’occupation militaires.

Tout en en appelant à un accord négocié durable, le secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-moon a déclaré la semaine dernière que « La frustration des Palestiniens croît sous le poids d’un demi-siècle d’occupation et la paralysie du processus de paix, » ajoutant, que « comme l’ont démontré les peuples opprimés à travers les âges, il est dans la nature humaine de réagir à l’occupation. »

Plus tard la même semaine, M. Ban a exprimé son inquiétude quant aux activités des Brigades Qassam, branche armée du Hamas à Gaza, qui reconstruit ses capacités militaires après les 51 jours consécutifs de bombardements intensifs de l’été 2014.

Au moins sept combattants des Brigades Qassam ont trouvé la mort dans l’effondrement d’un tunnel la semaine dernière dû à aux pluies hivernales tandis qu’Israël s’inquiète de plus en plus des efforts déployés par le groupe pour mener des attaques en Cisjordanie.

La branche administrative de l’armée israélienne a menacé de fermer le poste de contrôle entre Gaza et Israël – dont le passage est déjà fortement restreint pour la plupart des Palestiniens – parce qu’elle dit que le Hamas recrute des commerçants, des ouvriers et des patients qui franchissent le poste à des « fins terroristes. »

Les déplacements des 1,8 millions de Gazaouis sont contrôlés au nord au poste d’Erez aux mains des Israéliens, et au passage de Rafah au sud, que l’Egypte a fermé fin octobre 2014, ne l’ouvrant partiellement que quelques jours.

On a pu lire dans Haaretz que la croyance est répandue à Gaza que l’attente de plus en plus longue au poste d’Erez ainsi que les interrogatoires sont un moyen utilisé par Israël pour recruter des gens qui collaboreraient avec leurs services de renseignement de façon régulière.

« Les Gazaouis avec lesquels Haaretz s’est entretenu ont dit que les interrogatoires et l’attente à la frontière créent et renforcent une atmosphère de suspicion envers divers segments de la population de Gaza – notamment ceux qui ont des liens avec l’AP, » a ajouté le journal.

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Allocution d’Abu Obeidi lors de la cérémonie du 31 janvier tenue en l’honneur des combattants des Brigades Qassam décédés dans l’effondrement d’un tunnel dans la Bande de Gaza - Photo : APA/Yasser Qudih

La Bande de Gaza vit sous un blocus dévastateur depuis 2007, lorsque le Hamas, suite à sa victoire surprise aux élections législatives l’année précédente, prit le contrôle de la gouvernance interne du territoire après une bataille féroce avec son rival, le Fatah qui maintient sa domination en Cisjordanie via l’AP.

Dans une tribune publiée lundi par le New York Times, le Secrétaire Général des Nations-Unies a exhorté le Hamas et l’AP à « faire des compromis politiques pour réunir Gaza et la Cisjordanie sous une autorité gouvernementale démocratique unique selon les principes définis par leur organisation mère, l’Organisation de Libération de la Palestine. »

Pourtant, il n’est guère possible de concilier deux attitudes fondamentalement contradictoires, celle de l’AP conciliante et obligeante à l’égard d’Israël d’une part, et celle d’autre part de l’opposition armée à Israël du Hamas.

Au cours d’une cérémonie rendant hommage aux combattants qui sont morts dans l’effondrement d’un tunnel, le porte-parole des Brigades Qassam Abu Obeida a glorifié les attaques en Cisjordanie, les qualifiant de tout aussi importantes que les activités de la résistance armée à Gaza.

Des jeunes affiliés au Fatah, faction qui domine l’AP, ont entre-temps rompu avec le parti et opté pour une confrontation plus directe avec Israël.

Netanyahou peut bien se déchaîner contre l’AP aujourd’hui, mais sans la collaboration de cette dernière à la mise en œuvre de l’occupation, Israël dispose d’un outil de moins dans son arsenal visant à contenir ces jeunes Palestiniens.

* Maureen Clare Murphy est rédactrice à The Electronic Intifada (Arts, Musique et Culture). Elle vit à Chicago.

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1 février 2016- The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
https://electronicintifada.net/blog...
Traduction : Info-Palestine.eu - MJB


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