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Ban Ki-moon : le cave se rebifferait-il ?

mardi 2 février 2016 - 17h:39

Ali Abunimah

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La souris a finalement rugit.

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Disposer d’un Ban Ki-Moon [à d.] à la tête des Nations Unies illustre parfaitement la veulerie et la lâcheté de la dite communauté internationale face aux crimes de l’état raciste et colonialiste israélien - Photo : Avi Ohayon

Ou alors c’est ce que l’on pourrait s’imaginer, lorsque la semaine dernière Ban Ki-moon, secrétaire général des Nations Unies, a livré son opinion sur les causes du soulèvement actuel de la jeunesse palestinienne en Cisjordanie occupée.

« Comme l’ont démontré les peuples opprimés à travers les âges, c’est dans la nature humaine de réagir à l’occupation », a déclaré Ban dans un communiqué adressé le 26 janvier au Conseil de sécurité.

« Après près de 50 ans d’occupation, » a ajouté Ban le lendemain, « les Palestiniens sont en train de perdre espoir. »

« Ils sont mis en colère par les politiques étouffantes de l’occupation. Ils sont frustrés par les restrictions sur leur vie quotidienne. Ils constatent que les colonies israéliennes en Cisjordanie occupée, y compris Jérusalem-Est, se développent et s’élargissent », a-t-il encore dit.

Tout cela a été rédigé pourtant dans des termes « aseptisés » : Ban condamne fermement les violences à l’initiative des Palestiniens mais n’exprime qu’une simple « préoccupation » à propos « des affrontements entre Palestiniens et forces de sécurité israéliennes. »

Il ne disait rien sur la politique d’Israël d’assassinats ciblés de Palestiniens, laquelle a fait des dizaines de morts depuis octobre.

Ban s’est limité à décrire l’occupation israélienne et à dénoncer son impact sur les Palestiniens et sur les perspectives de la fameuse « solution à deux États », mais il s’est abstenu de tout jugement moral ou juridique sur les actions d’Israël.

Accusations israéliennes

Pourtant, sa critique, pour limitée qu’elle était, contenait quelques vérités indéniables. Mais même cela était de trop pour Israël.

Le premier ministre Benjamin Netanyahu a accusé le secrétaire général « d’encourager la terreur. »

De même, l’Anti-Defamation League, un des plus puissants groupes du lobby israélien aux États-Unis, a demandé que Ban « clarifie » ses commentaires, qui « paraissent justifier l’actuelle vague de terrorisme palestinien. »

Ban a obtempéré. Dans un éditorail paru dans le New York Times aujourd’hui, il a déclaré : « J’ai souligné une vérité simple : l’histoire prouve que les peuples vont toujours résister à l’occupation. »

« Certains ont cherché à tirer sur le messager - déformant mes propos pour en faire une justification erronée de la violence », a-t-il poursuivi en voulant s’excuser.

« Les coups de couteau, chocs par des véhicules et autres attaques par des Palestiniens en prenant pour cible des civils israéliens sont répréhensibles. Donc, le sont également l’incitation à la violence et la glorification des tueurs », a déclaré le secrétaire général des Nations Unies. « Rien n’excuse le terrorisme. Je le condamne catégoriquement. »

Et c’est tout. Mais nous devons nous demander pourquoi Ban ne peut pas trouver de place dans sa colonne pour « condamner » au moins une des actions d’Israël, y compris son massacre de Palestiniens à Gaza. Pas plus qu’il ne condamne la glorification par Israël des tueurs en série et l’incessante incitation à la haine contre les Palestiniens par les dirigeants israéliens. (Cette incitation s’est même étendue à l’étranger, la Suède enquêtant maintenant sur de possibles menaces de mort par Israël contre contre son ministre des Affaires étrangères.)

La raison en est que le « l’incitation [à la haine] » et « la glorification de la terreur » dont parle Ban sont des distractions. C’est pour montrer en toute conscience au gouvernement israélien qu’il a bien compris ce qu’on attendait de lui.

Ban n’a fait aucune histoire quand Makarim Wibisono, le rapporteur spécial des nations Unies pour les droits de l’homme dans les territoires palestiniens occupés, a récemment démissionné en raison des obstructions israéliennes à sa mission.

Sionisme « libéral »

Quand il ne sert pas de magnétophone au gouvernement israélien, Ban - avec ses déclarations de la semaine dernière - reprend à son compte le ton et la substance du sionisme US libéral : des conseils venant d’un ami angoissé qui aime Israël et est préoccupé par son avenir.

« Toujours je résisterai à ceux qui contestent le droit d’Israël à exister, tout comme toujours je défendrai le droit des Palestiniens à avoir un État à eux », a écrit Ban dans le Times.

Cela ne crée pas seulement une fausse équivalence flagrante - aucun État a un « droit d’exister » abstrait - mais efface tous les droits fondamentaux des Palestiniens.

L’accent mis par Ban sur la survie de la soi-disant solution à deux États ne provient pas d’une préoccupation pour mettre fin à la criminalité israélienne et restaurer des droits usurpés (ceux-ci devraient être ses priorités à la tête des Nations Unies).

Au contraire, comme les sionistes libéraux américains qui l’applaudissant, le but est de limiter le concept des droits des Palestiniens à un « État » - dans un bantoustan tronqué qui garantira l’existence d’Israël comme un État juif raciste.

Les droits des Palestiniens qui sont violés par Israël ne sont pas simplement le « droit » à un État, mais ce sont les droits à l’autodétermination, à l’égalité complète et au retour dans l’ensemble de la Palestine historique.

Ces droits couvrent l’ensemble du peuple palestinien, dans l’actuel Israël [Palmestine historique], dans les territoires occupés de Cisjordanie et de la bande de Gaza et dans la diaspora.

Voilà pourquoi les sionistes libéraux et les bureaucrates internationaux comme Ban ont tellement peur de l’appel palestinien pour le boycott, le désinvestissement et les sanctions (BDS).

L’appel BDS met en évidence que l’objectif des Palestiniens est de restaurer tous leurs droits, et pas seulement de créer un mini-État.

Qu’il y ait une solution à un État ou une solution à deux États, ces droits ne peuvent être effacés et Israël ne peut pas continuer à les violer.

Capitulation

La timidité de Ban a été sans surprise : sa complicité avec Israël est légendaire.

En juin dernier, il a cédé à la pression d’Israël et des États-Unis et a retiré l’armée israélienne de la liste des contrevenants graves aux droits de l’enfant des Nations Unies.

Et en revenant à l’attaque d’Israël sur Gaza l’été 2014, 129 organisations et personnalités éminentes avaient écrit au Secrétaire général, le condamnant pour ses « déclarations tendancieuses, son incapacité à agir, et la justification inappropriée des violations par Israël du droit international humanitaire, qui équivalent à des crimes de guerre » .

Les propos de Ban, lui ont-ils dit, font de lui un « complice » des crimes israéliens.

Il y a peu de raison de changer d’opinion sur le personnage : alors que ses derniers commentaires manifestent une légère amélioration, Ban est encore et toujours incapable d’exiger qu’Israël rende des comptes [pour ses crimes].

Au lieu de cela, il lance des exhortations éculées pour revenir à un « processus de paix » qui a totalement failli, et propose une collaboration plus étroite entre les forces d’occupation et l’Autorité palestinienne.

Dans le Times, M. Ban a exhorté Israël à « arrêter de prendre comme critiques des déclarations bien intentionnées. » Au lieu d’espérer cela en vain, il devrait comprendre une fois pour toutes maintenant que toute critique d’Israël, même timide, entraînera une réplique à l’arme lourde.

Tout comme Ban a été accusé d ’« encourager le terrorisme » avec ses remarques pourtant édulcorées, les officiels de l’Union Européenne ont été comparés aux nazis pour leur décision tardive et pathétiquement minimaliste l’an dernier d’imposer le marquage précis des produits issues des colonies israéliennes.

Puisque le prix à payer est le même, pourquoi ne pas simplement en arrêter avec les déclarations ampoulées « diplomatiques » et dire toute la vérité ?

C’est une preuve de la souplesse d’échine des officiels de premier plan des Nations Unies face aux diktats américains et israéliens.

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* Ali Abunimah est un journaliste palestino-américain, auteur de The Battle for Justice in Palestine. Il a contribué à The Goldstone Report : The Legacy of the Landmark Investigation of the Gaza Conflict. Il est le cofondateur de la publication en ligne The Electronic Intifada et consultant politique auprès de Al-Shabaka.

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1e février 2016 - The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
https://electronicintifada.net/blog...
Traduction : Info-Palestine.eu


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