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L’exécution de Cheikh Nimr par l’Arabie saoudite : condamnations et hypocrisie

mardi 12 janvier 2016 - 07h:38

Sharif Nashashibi

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C’est exaspérant – presque risible – de voir l’Iran, deuxième plus grand bourreau au monde, critiquer le troisième bourreau au sujet des exécutions.

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En faisant exécuter Cheikh Nimr, responsable religieux éminemment respecté au sein de la communauté chiite saoudienne, les dictateurs saoudiens ont fait le choix délibéré d’enflammer les tensions internes en même temps que la colère des Iraniens - Photo : AFP

On peut s’opposer à l’exécution par l’Arabie saoudite du religieux chiite Nimr al-Nimr pour plusieurs raisons. On peut le faire en raison d’une opposition de principe à la peine capitale en général. On peut critiquer le système judiciaire du pays – Human Rights Watch (HRW) a annoncé cette semaine « avoir documenté des violations de procédures établies de longue date dans le système de justice pénale saoudien qui font qu’il est difficile pour un accusé d’obtenir un procès équitable, même dans des affaires où la peine de mort est encourue ».

On peut critiquer le procès de Nimr en particulier, qualifié par Amnesty International d’« d’injustice flagrante ». On peut dire qu’il n’aurait même pas dû être arrêté en premier lieu – HRW a cité « de vagues accusations qui ne ressemblent pas à des crimes reconnus ».

On peut s’opposer à son exécution en raison des répercussions qu’elle aura au niveau régional et au-delà. On peut même le faire par souci de l’Arabie saoudite elle-même, non seulement en termes de troubles nationaux au sein de sa population chiite, mais aussi par rapport à ses intérêts à l’international.

Cependant, quelle que soit la situation, la condamnation n’a pas de sens si elle repose sur l’hypocrisie. Ainsi, l’Iran – qui est sans doute le plus virulent à propos de l’exécution de Nimr – n’a aucun argument valable. « Il peut-être surprenant qu’un régime qui emprisonne des journalistes, censure des caricaturistes et maintient en prison des militants sans inculpation pendant des années soit en mesure de faire la morale à un autre », a écrit Evan Bartlett, rédacteur en chef du journal The Independent.

C’est exaspérant – presque drôle – que l’Iran, deuxième plus grand bourreau du monde derrière la Chine, critique le troisième plus grand bourreau au sujet des exécutions. C’est aussi absurde que les États-Unis sermonnant les autres sur le contrôle des armes ou le Japon décourageant les autres pays de pêcher la baleine.

Le nombre de personnes exécutées par l’Arabie saoudite chaque année est très loin de celui de l’Iran. Celle-ci a exécuté 158 personnes en 2015, le nombre le plus élevé enregistré en une seule année depuis 1995.

Mort lente par l’intermédiaire de grues

Cependant, entre janvier et le 1er novembre dernier, Amnesty International a recensé 830 exécutions en Iran, qui sont effectuées par pendaison à l’aide d’une grue qui est soulevée du sol, assurant une mort lente. Cela équivaut à près de trois exécutions par jour, ou 984 pour toute l’année (environ six fois plus que le record de l’Arabie saoudite sur ces 20 dernières années).

« Le nombre sidérant d’exécutions en Iran… dresse un tableau sinistre de l’appareil étatique perpétrant des meurtres prémédités sanctionnés judiciairement à grande échelle », a déclaré Amnesty International en juillet dernier.

« La peine de mort en Iran est particulièrement inquiétante parce que cette sentence est toujours prononcée par des tribunaux qui manquent totalement d’indépendance et d’impartialité. Elle est infligée soit pour des infractions formulées en termes vagues ou non spécifiques, soit pour des actes qui ne devraient pas être sanctionnés du tout et encore moins être passibles de la peine de mort. Les procès en Iran comportent de sérieuses lacunes, les détenus se voient souvent refuser l’accès à des avocats pendant l’enquête et les procédures d’appel, de recours en grâce et de commutation sont inadéquates. »

Rien de tout cela n’excuse les exécutions des Saoudiens ou de tout autre, mais c’est un cas flagrant d’hôpital qui se moque de la charité. Le porte-parole du ministère des Affaires étrangères iranien Hossein Jaber Ansari a pointé du doigt l’Arabie saoudite qui « exécute et supprime ses détracteurs ». Il en va de même pour l’Iran, dont le chef suprême Ali Khamenei a déclaré que Nimr « ne faisait qu’exprimer les critiques du public… se fondant sur la ferveur religieuse. »

Khamenei a sans aucun doute raté le rapport de l’année dernière publié par le bureau du Secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon, qui indiquait : « Les membres de minorités ethniques et religieuses continuent à faire face à la persécution, y compris aux arrestations et à l’emprisonnement, à la négation d’opportunités économiques, à l’expulsion d’institutions éducatives, à la privation du droit de travailler ainsi qu’à la fermeture des entreprises et la destruction de sites religieux, tels que les cimetières et les lieux de prière. Les personnes qui cherchent à obtenir une plus grande reconnaissance de leur de leurs droits culturels et linguistiques risquent des sanctions sévères, y compris la peine de mort. »

La position anti-Assad de Nimr

L’intermédiaire libanais de l’Iran, le Hezbollah, a fait preuve d’une hypocrisie semblable dans sa réaction à l’exécution de Nimr. Il a accusé Riyad de vouloir « un conflit entre sunnites et chiites » et a déclaré que la « véritable raison » à cette exécution était que Nimr « exigeait les droits dont est privé un peuple opprimé », en référence à la minorité chiite saoudienne.

Toutefois, cela fait abstraction de l’implication militaire directe du Hezbollah en Syrie, en soutien à un régime qui a commis des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité, qui a attisé le sectarisme et a nié les droits du peuple syrien.

Paradoxalement, l’Iran et le Hezbollah, qui présentent Nimr comme un exemple dont les enseignements devraient être suivis, ne le font pas eux-mêmes. Il avait déclaré que si un sunnite opprime un chiite ou inversement, « Dieu ne l’aimera pas », ajoutant qu’« être solidaire des opprimés, qu’ils soient chiites ou sunnites, est une obligation. L’oppression est abhorrée ».

En ce qui concerne la Syrie, Nimr décrit le régime d’Assad, le principal allié de l’Iran et du Hezbollah, comme un « oppresseur ». Il a ajouté : « Dieu n’aime pas les oppresseurs. Le dirigeant oppressif est haï, alors ne défendons pas l’oppresseur, sinon nous compterons parmi les oppresseurs. Celui qui défend un oppresseur est complice de l’oppresseur et le rejoint dans son oppression… » Ainsi, de l’avis de Nimr, la défense d’Assad par l’Iran et le Hezbollah fait d’eux des oppresseurs également.

Il est parfaitement compréhensible que les chiites ressentent un profond sentiment de perte vis-à-vis du religieux et pour les sunnites de pleurer avec eux, que ce soit par solidarité, respect ou principe. Cependant, on ne peut pas défendre Nimr tout en ignorant – voire en violant – ses enseignements. C’est le desservir, avec une manipulation réalisée à d’autres fins politiques.

* Sharif Hikmat Nashashibi est président et cofondateur de Arab Media Watch, organisme de surveillance indépendant, créé en 2000 pour inciter à des couvertures plus objectives des questions arabes dans les médias britanniques.

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8 janvier 2015 - Middle East Eye - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.middleeasteye.net/column...
Traduction : MEE - VECTranslation


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