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Retour aux sources du conflit israélo-palestinien : dissiper l’écran de fumée - 3e partie

mardi 29 décembre 2015 - 08h:38

Sami Al-Arian

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Pendant plus d’un siècle, le Sionisme politique a suscité des passions et des émotions intenses chez les deux parties constituant le conflit israélo-palestinien, à savoir ses fervents défenseurs d’une part, ses détracteurs et ses malheureuses victimes d’autre part. Les Sionistes saluent leur entreprise qu’ils considèrent comme un mouvement de libération nationale pour le peuple juif, tandis que leurs opposants y voient une idéologie raciste condamnable qui, pour atteindre ses objectifs, a pratiqué le nettoyage ethnique, a institué la discrimination religieuse et raciale et a commis des crimes de guerre.

Première partie
Deuxième partie

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Les souffrances et destructions infligées à la population autochtone palestinienne par l’état sioniste raciste et colonialiste, sont au-delà du descriptible - Photo : Anne Paq

Le sionisme politique et la véritable nature de l’état Israélien

En date du 10 novembre 1975, l’Assemblée Générale des Nations Unies avait adopté la Résolution 3379 qui définit le Sionisme comme « forme de racisme et de discrimination raciale. » Toutefois, cette définition a été, seize ans plus tard, annulée du fait des pressions considérables exercées par les Etats-Unis et d’autres pays Occidentaux au lendemain de la Première Guerre du Golfe en 1991.

Très souvent, le public est privé d’informations non filtrées au sujet de la nature réelle du Sionisme politique ainsi que de son état déclaré. Et malheureusement, les conglomérats médiatiques couvrent rarement cet aspect du conflit, une omission qui contribue davantage à mettre le public dans un état de confusion et d’exaspération.

Depuis sa création en 1948, Israël a adopté des lois et a mis en œuvre des politiques qui ont institutionnalisé la discrimination contre sa minorité Arabe Palestinienne. A la suite de son invasion de 1967, il a institué un régime d’occupation militaire qui, au fil du temps, n’a cessé de piétiner les droits civils et humains les plus basiques de quelques millions de Palestiniens dont la population dépasse actuellement le nombre des Juifs israéliens dans le pays, au sein de la Palestine historique.

En outre, au mépris du droit international, Israël a refusé obstinément d’autoriser les descendants du peuple Palestinien qui fut expulsé en 1948 et en 1967 de retourner dans leurs maisons, alors qu’il ouvre grandes les portes du pays devant des millions de personnes, de nationalités différentes, en leur offrant la citoyenneté de l’état d’Israël dès leur arrivée, simplement parce qu’ils sont de confession juive.

De Ben Gourion à Netanyahu, tous les dirigeants Sionistes n’ont cessé de répéter qu’Israël représente une démocratie semblable aux autres démocraties libérales Occidentales. Pour analyser cette allégation et illustrer la nature de l’état Sioniste moderne, rien de tel qu’une analogie comparative qui s’apparente à ce qui a été avancé dans le livre de l’historien Israélien Shlomo Sand.

Imaginons un instant qu’un pays Occidental qui prétend être une démocratie, à l’instar des Etats-Unis et la Grande-Bretagne, vienne à changer officiellement sa constitution et son système pour devenir un état du WASP (White Anglo-Saxon Protestants / Anglo-Saxon protestant blanc). Cela voudra dire que même ses citoyens Africains, Hispaniques, Asiatiques, Catholiques, Juifs, Musulmans et bien d’autres minorités qui continueraient d’avoir le droit de voter, d’occuper des fonctions politiques et de jouir de quelques droits civils et sociaux, devraient se soumettre à la nouvelle nature et au caractère exclusif de l’état WASP.

De plus, à l’exception de la catégorie de citoyens WASP, aucun autre citoyen ne serait autorisé à acheter ou vendre n’importe quelle parcelle de terrain. Il y aurait même des lois constitutionnelles permanentes qui interdiraient à tout WASP de vendre des biens à n’importe quel membre d’une autre ethnie ou religion dans le pays. Son Congrès ou son parlement adopterait des lois qui interdiraient également le mariage des WASP avec une personne étrangère à sa classe sociale ; et si un tel mariage « illégal » venait à se produire, il ne serait pas reconnu par l’état.

S’agissant de l’immigration, seuls les WASP des quatre coins du monde seront les bienvenus. En fait, les WASP du monde entier demandant la citoyenneté immédiate dès leur arrivée dans le pays, avec tous les avantages économiques et sociaux accordés par l’état ne rencontreront aucune restriction, contrairement aux autres ethnicités qui revendiqueront le même droit.

En outre, la plupart des minorités dans le pays serait soumise à certaines politiques « de sécurité » afin de faire place aux WASP devant arriver de l’étranger. Ainsi, dans de nombreuses parties du pays, il y aurait des colonies construites uniquement pour les nouveaux colons WASP et, par voie de conséquence, les populations qui n’appartiennent pas à la catégorie WASP seraient interdites d’accéder à ces colonies ou devraient être déplacées ailleurs. Dans ces nouvelles colonies, l’état aura à désigner des routes, des écoles, des cliniques médicales, des centres commerciaux et des parcs ou piscines destinées exclusivement aux citoyens WASP.

Il y aurait également un système de santé, un système éducatif, un système juridique pénal et un système d’assistance sociale à deux vitesses. Et dans ce double système, par exemple, si un citoyen WASP agresse ou tue un citoyen non WASP, il ne serait puni que par une petite amende ou bien une peine légère ne dépassant pas quelques années. Cependant, si un citoyen non WASP tue un WASP, même accidentellement, il écopera systématiquement d’une peine d’emprisonnement à perpétuité.

Dans ce système où, bien évidemment, le personnel composant la police est exclusivement issu de la communauté WASP, la Cour Suprême autoriserait systématiquement le recours à la torture contre tout citoyen non WASP si tel a été l’appréciation des agents de sécurité. Un tel système serait évidemment très raciste, manifestement criminel et complètement odieux et répugnant que nul ne serait prêt à l soutenir ou à défendre. Pensez-vous qu’un régime pareil puisse exister, voire accepté dans le monde actuel ?

Je me rends compte que certaines personnes peuvent prétendre que la plupart de ces pratiques ont en réalité été, dans le passé, adoptées contre certains segments de la population dans les sociétés Occidentales. Néanmoins, aucun gouvernement n’osera, aujourd’hui, adopter ce modèle ni défendre ses politiques.

Pourtant, à cause de la nature Sioniste de l’état d’Israël, cet exemple absurde est en fait une réalité indéniable et dont les degrés d’application varient au quotidien des familles Palestiniennes, qu’ils soient des citoyens insignifiants du pays, vivant sous occupation ou sous blocus, ou alors ceux qui, des décennies durant, sont interdits et empêchés de retourner chez eux, dans leurs maisons, villes et villages. Un tel système ne serait pas seulement condamnable, mais aucun être humain digne et décent ou alors un pays respectueux de l’état de droit ne devrait s’y associer ou alors le tolérer.

Le caractère raciste de l’état sioniste a, depuis ses débuts, été condamné par d’éminents intellectuels juifs. Dans leur écrit datant de 1948, Albert Einstein et Hannah Arendt avaient condamné les leaders Sionistes d’Israël qui « avaient ouvertement prêché la doctrine de l’état Fasciste. » Le scientifique et penseur israélien Israël Shahak considérait Israël comme « un état raciste au sens fort du terme, où l’on pratique la discrimination contre les Palestiniens de la manière la plus permanente et la plus légale qui soit, et dans tout ce qui concerne les aspects fondamentaux de la vie, seulement à cause de leur origine. »

Noam Chomsky, intellectuel Américain de renommée mondiale considère que les actions israéliennes en Palestine sont « pires que l’Apartheid » qui a dans le passé rongé l’Afrique du Sud. L’historien israélien Ilan Pappé affirme que « depuis le tout début, l’objectif sioniste a été d’acquérir autant de terres possibles de la Palestine avec le moins de Palestiniens possibles sur place, » tandis que l’historien Américain Howard Zinn estimait que « le sionisme était une erreur. »

L’universitaire et auteur Norman Finkelstein s’est souvent levé contre le caractère raciste de l’état sioniste en condamnant sa manipulation de l’Holocauste Nazi pour justifier la colonisation de la Palestine. Tony Judt, historien britannique, a décrit Israël comme « un anachronisme » à cause de sa nature exclusive en comparaison avec ses « citoyens non juifs. »

L’ancien Rapporteur Spécial des Nations Unies sur la situation des droits de l’homme dans les territoires Palestiniens occupés, le Professeur Richard Falk a qualifié de « crimes contre l’humanité » les politiques israéliennes dans les Territoires Occupés et a comparé le traitement que consacre Israël aux Palestiniens à celui des Nazi envers les Juifs en déclarant : « Je pense que les Palestiniens sont les plus grandes victimes dans le monde. » Récemment, d’éminents universitaires Juifs Américains ont posé la question suivante : « Devons-nous continuer à embrasser un état qui, de façon permanente, nie les droits fondamentaux d’un autre peuple ? » Leur réponse fut un appel catégorique pour un boycott total de l’état sioniste.

Par ailleurs, les politiciens Israéliens et les leaders religieux utilisent souvent la rhétorique raciste pour attirer les électeurs et exprimer clairement leurs politiques. En mars dernier, lors des élections israéliennes, le Tweet du Premier Ministre Netanyahu a été clair « Le gouvernement de droite est en danger. Les électeurs arabes arrivent en foule aux urnes. » L’ancien Ministre des Affaires Etrangères, Avigdor Lieberman a préconisé un nouveau nettoyage ethnique à travers « le transfert » des citoyens Palestiniens en dehors de l’état.

Un éminent Rabbin a, de son côté, considéré que le fait de « tuer des Palestiniens était un devoir religieux, » tandis qu’un autre a déclaré que « Tuer un Palestinien est non seulement souhaitable, mais c’est en plus un devoir religieux que de le trainer par terre en lui écrasant la tête jusqu’à son dernier souffle. »

Mordechai Eliyahu, ancien Grand Rabbin sépharade considéré comme l’un des plus grands chefs religieux en Israël avait décidé qu’il « n’y avait absolument aucune condamnation morale contre l’assassinat aveugle et sans discernement des civils durant une possible offensive militaire contre Gaza. » Le racisme en Israël est tellement répandu et généralisé qu’un colon Juif a poignardé un autre juif, et un autre colon a tué son concitoyen juif, non pas parce qu’ils se sentaient menacés, mais parce que les victimes ressemblaient à des arabes.

Le journaliste Max Blumenthal qui, en enquêtant sur le comportement de la société israélienne envers les Palestiniens a noté l’étendue du racisme israélien, fut lui-même surpris de constater à quel point des « groupes et des personnalités, remarquablement semblables idéologiquement et psychologiquement à la droite radicale américaine et les mouvements néo-fascistes à travers l’Europe, contrôlaient le cœur et l’esprit de la société israélienne et son gouvernement. »

En résumé, l’idéologie du sionisme politique, tel qu’il a été amplement démontré à l’intérieur de l’état d’Israël, avec sa vision sectaire et d’exclusion et ses politiques tenaces d’occupation de la terre et d’assujettissement de son peuple, a prouvé, sans le moindre doute, qu’il représente les vestiges d’une ère révolue qui n’a aucun comportement civilisé et qui prétend adopter un système démocratique.

Par conséquent, toute discussion, couverture médiatique ou débat au sujet du conflit israélo-palestinien qui élude la nature et l’idéologie de l’état d’Israël est non seulement fallacieux et manque de crédibilité, mais contribue aussi à aggraver le conflit, à perpétuer la souffrance de ses victimes et à nourrir l’illusion d’une solution et une issue potentiellement équitable et pacifique.

8 décembre 2015 - CounterPunch - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.counterpunch.org/2015/12...
Traduction : Info-Palestine.eu - Niha


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