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Palestiniens et Israéliens devraient-ils se préparer à une « réalité à un seul État » ?

mardi 22 décembre 2015 - 10h:32

Ben White

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Pour les Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza, la protection contre les agressions israéliennes ne serait pas garantie par un véritable État.

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Un manifestant palestinien tente de détruire à coups de hache une part du mur d’apartheid d’Israël coupant la ville cisjordanienne d’Abu Dis avec Jérusalem Est, pendant des affrontements avec les forces israéliennes d’occcupation, le 2 novembre 2015 - Photo : AFP

Dans un article pour Middle East Eye publié le mois dernier, je rapportais les remarques du secrétaire d’État américain John Kerry, qui décrivait « la situation actuelle » entre Israël et les Palestiniens comme « simplement non viable ». La semaine dernière, lors de la rencontre annuelle du Forum Saban à Washington DC, Kerry a réitéré sa mise en garde.

S’adressant à un public incluant des personnalités politiques et militaires israéliennes de premier plan, Kerry a déclaré que « les tendances actuelles de la violence, de l’activité des colons et des démolitions mettent en danger la viabilité de la solution à deux États ». Il a poussé vivement à l’action « afin d’empêcher que cette intenable réalité à un État ne prenne pied ».

Kerry ne s’est pas arrêté là. Il a constaté que « de nombreux ministres israéliens actuels ont exprimé […] clairement qu’ils s’opposent à un État palestinien – pas seulement maintenant mais pour toujours ». Selon un diplomate américain de haut vol, « la croissance continue de la colonisation suscite des questions honnêtes quant aux intentions d’Israël sur le long-terme ».

Et pourtant, au cours du même rassemblement, le ministre de la Défense israélien Moshe Ya’alon a défendu la continuation de ce « statu quo », « intenable » d’après Kerry. Lorsque l’ancien ambassadeur américain en Israël, Martin Indyk, a suggéré à Ya’alon qu’il était partisan d’une « solution à un État et demi », le ministre s’est montré impénitent : « Ce n’est pas un État palestinien comme vous pourriez l’imaginer. C’est quelque chose de différent. [L’ancien Premier ministre israélien Yitzhak] Rabin l’appelait "une entité politique [qui est] moins qu’un État" ».

Cette juxtaposition – d’une part, la mise en garde des plus puissants alliés d’Israël, d’autre part, les haussements d’épaules des dirigeants israéliens habitués aux tapes sur les doigts rhétoriques qui jamais ne débouchent sur quelque chose de sérieux – provoque au sein d’alliances politiques tissées de longue date des fissures qui ne peuvent que s’élargir.

Mais alors que les acteurs internationaux parlent de plus en plus d’une « réalité à un État », et que l’opposition d’Israël à un État palestinien indépendant en Cisjordanie et dans la bande de Gaza est plus explicite que jamais, des questions importantes demeurent globalement ignorées.

Une critique de la solution à deux États basée sur la présumée irréversibilité des « faits accomplis » d’Israël sur le terrain dans les territoires palestiniens occupés ne peut aller bien loin, faisant face à de nombreux écueils. Pour commencer, il s’agit d’une récompense implicite donnée à Israël pour ses crimes de guerre (les colonies).

La reconnaissance croissante à l’échelle internationale du fait que l’occupation israélienne des territoires palestiniens depuis 48 ans a rendu impossible la création d’un État palestinien génère l’espace nécessaire pour avancer une critique de la solution à deux États fondée sur son caractère fondamentalement indésirable, plutôt que sur les « faits accomplis » d’Israël.

Pourquoi indésirable ? En bref, pour ce que cela signifie pour la majorité des Palestiniens : les réfugiés expulsés durant la Nakba. Même dans le meilleur des scénarios, la vaste majorité d’entre eux seraient éternellement dépossédés, et les Palestiniens disposant de la citoyenneté israélienne seraient pour toujours victime de discrimination dans l’« État juif ».

Même pour les Palestiniens de Cisjordanie et de la bande de Gaza, la protection contre les agressions israéliennes ne serait pas garantie par un véritable État : il suffit de penser à l’expérience de Gaza et du Liban pendant des décennies pour le comprendre.

Ensuite, il y a les questions pratiques : la division de Jérusalem, les ressources en eau, y compris les aquifères et les rivières, l’accès aux lieux saints, et ainsi de suite. Dans une solution à deux États, ces questions exigent des arrangements délicats et complexes ; dans un État démocratique, elles sont simplifiées (sans être simples).

Cependant, il existe de nombreuses versions d’un État unique, et l’une d’entre elles est en réalité ce qui existe dans les faits à l’heure actuelle. Certains leaders israéliens, comme Ya’alon et probablement Netanyahou, souhaitent simplement la persistance de cette réalité de facto à un État – d’autres, comme Naftali Bennett du Foyer juif, désirent l’annexion formelle de la « zone C » de la Cisjordanie.

Mais alors que le cadre de référence à deux États est définitivement abandonné, les tentatives pour préserver les éléments cardinaux du statu quo colonialiste ne ressembleront pas toutes à l’apartheid temporairement permanent de Bibi ou de Bennett. D’autres modes perpétuant la discrimination contre les Palestiniens tout en privilégiant les citoyens juifs émergeront sûrement.

Il n’y aura pas de vide, et les alternatives post-solution à deux États seront tout autant – si non plus – un nouveau moyen de porter préjudice aux droits des Palestiniens, plutôt que d’assurer leur réalisation. Pourtant, plutôt que de s’atteler au travail nécessaire de préparation à la suite des événements, les principales factions politiques palestiniennes, dont le Fatah et le Hamas, continuent, à leur façon, de poursuivre la chimère de la création d’un État indépendant.

Le journaliste israélien Nahum Barnea, écrivant au sujet du Forum Saban, a indiqué que les représentants des États-Unis « avaient compris une leçon importante » : que, « en ce qui concerne le gouvernement israélien, la solution à deux États est morte ». Le poison a été administré ouvertement et pendant longtemps, via les expropriations de terre, les colonies, les démolitions, les routes pour colons, les fermetures, les expulsions et le Mur.

Barnea ajoute toutefois : « Les Américains continueront de s’accrocher à cette formule, parce qu’ils n’en ont pas d’autre, et il est plus facile de s’y accrocher que de chercher d’autres solutions ». Viendra le jour, cependant, où d’autres solutions seront discutées, et proposées. Qui sera prêt ?

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* Ben White est journaliste indépendant, écrivain et militant, spécialiste Palestine/Israël. Il est diplômé de l’université de Cambridge. Il a notamment écrit Être palestinien en Israël – Ségrégation, discrimination et démocratie - Suivre sur Twitter : @benabyad

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14 decembre 2015 - Middle East Eye - Vous pouvez consulter cet article ici :
http://www.middleeasteye.net/column...
Traduction : MEE


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