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Comment les interventions des États-Unis ont mis en pièces le Moyen-Orient

dimanche 20 décembre 2015 - 01h:20

Adil E. Shamoo

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A la fin de la COP21, Obama mettait en garde Poutine contre une intervention en Syrie qui aiderait le régime Assad. Exprimant son désir d’un changement de régime, Obama a déclaré que Bachar el-Assad devait quitter ses fonctions, en préalable à toute négociation.

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Des réfugiés syriens confinés et dans l’attente à la frontière turque près de la ville d’Akcakale, dans la province turque de Sanliurfa - Photo : The Nation

Ces dernières décennies, la politique au Moyen-Orient des puissances occidentales – menées par le États-Unis - a consisté à assurer le flux du pétrole, à maintenir des alliés stables et sûrs comme la Turquie, l’Arabie saoudite, la Jordanie, les États du Golfe, l’Égypte et Israël et à conserver leur influence militaire et économique lorsque nécessaire. Globalement ces objectifs ont été obtenus via des partenariats économiques ou de militaires à militaires.

Après le 11 septembre toutefois, sous la forte pression des néoconservateurs, la politique étatsunienne vis-à-vis du Moyen-Orient est passée à l’intervention militaire ouverte, comme ce fut le cas en Irak en 2003.

L’objectif était d’étendre l’influence des USA et de sécuriser les prétendus intérêts étatsuniens par un changement de régime. Les décideurs politiques US ont donc recherché un régime faible et corrompu jouissant d’un faible soutien populaire (en l’occurrence, Saddam Hussein en Irak) et ils ont mitonné une justification à l’intervention militaire (dans le cas de l’Irak, la prétendue présence d’armes de destruction massive).

L’invasion a déclenché une immense vague de sectarisme et une violente insurrection contre l’occupation américaine, et causé des centaines de milliers de personnes en Irak ainsi que la destruction générale d’une société de quelque 30 millions d’individus.

L’occupation a aussi fait naître une vague d’attentats-suicide à la bombe et l’émergence de l’état islamique, deux développements abominables qui continuent d’empoisonner la vie du pays aujourd’hui. Par ailleurs les tensions sectaires entre chiites et sunnites, ajoutées à l’autonomisation croissante des Kurdes, ont mené au démembrement effectif de l’Irak.

Il y a quatre ans, les États-Unis ont appuyé l’intervention militaire en Libye. Même si Washington prétendait intervenir uniquement pour empêcher des pertes civiles à grande-échelle du fait du gouvernement libyen, ils ont fini par soutenir un changement de régime complet qui a culminé avec la mort de Muammar Kaddhafi. Aujourd’hui la Libye n’est plus que chaos, avec diverses factions politiques et territoriales se disputant le pouvoir.

La Syrie a eu un régime corrompu et autoritaire depuis des décennies, d’abord sous Hafez al-Assad, ensuite, depuis 2000, sous son fils Bashar al-Assad. En 2011 Bashar al-Assad a été confronté à une insurrection non violente d’un large segment de sa population. La première année de ce soulèvement syrien, la rébellion était laïque et nationaliste.

Mais la violence de la répression contre les manifestations a mis le feu aux sectarismes existant dans le pays, aliénant la majorité sunnite du pays tout en poussant des minorités telles que chrétiens et membres de la secte alaouite chiite des Assad dans les bras du régime et transformant un soulèvement initialement nationaliste en un bain de sang violent et sectaire.

A présent le califat, ou ISIS, contrôle tout l’est et une bonne partie du nord. Assad contrôle l’ouest. Des groupes kurdes contrôlent des fragments de régions au nord et au nord-est. Des dizaines d’autres factions, telles que des Turkmènes, Jabhat al-Nusra affilié à al-Qaeda, et bien d’autres groupes d’opposition contrôlent des zones plus petites dans tout le pays. Plus de 200.000 Syriens ont été tués et plus de la moitié des 23 millions d’habitants que comptait le pays ont été déplacés.

Autrement dit, le pays est mûr pour être démembré. Son armée est faible, son gouvernement central est réduit à un état-croupion et le régime est de moins en moins soutenu par sa population (de plus en plus réduite).

Les voisins de la Syrie contribuent tous aux tensions centrifuges dans le pays. La Turquie, pays sunnite ayant une longue frontière avec la Syrie, a fourni de l’argent à des rebelles anti-Assad tout en attaquant les Kurdes anti-ISIS. L’Arabie saoudite et d’autres états du Golfe dominés par des sunnites, craignant l’influence chiite de l’Iran dans la région, ont envoyé des milliards de dollars aux rebelles anti-gouvernementaux pour installer un gouvernement sunnite wahhabite.

Ils ont fait confiance à la Turquie pour qu’elle détourne les yeux tandis que par sa frontière elle inondait de dollars, d’armes et de formateurs [militaires] les rebelles, y compris les extrémistes islamistes, alors que l’Iran et le Hezbollah intervenaient aux côtés du régime.

Entrée en scène de la Russie.

Dépourvue de port en eau profonde, la Russie a une base navale à Tartous, non loin de Lattaquié, depuis 1971 – et elle a l’intention de la maintenir. Après avoir armé et soutenu le régime Assad depuis ses débuts la Russie exécute des frappes aériennes contre les rebelles en ce début d’automne en s’appuyant sur les places-fortes côtières du régime.

Après que le califat eut descendu un avion civil russe dans le Sinaï, causant la mort de 200 passagers, la Russie intensifia ses frappes sur des cibles en Syrie, avec de lourdes frappes aériennes, des bombardements importants et des attaques de missiles de croisière.

Dernièrement la Turquie a abattu un jet russe qui aurait violé l’espace aérien turc pendant 17 secondes. Des milices turkmènes ont abattu un pilote et les forces d’Assad ont sauvé le second. La Russie a accusé la Turquie, plus particulièrement le Président Recep Tayyip Erdogan, d’avoir planifié l’incident, et en effet beaucoup d’experts sont sceptiques devant une destruction lancée après juste 17 secondes d’incursion.

En réponse Poutine a amplifié son armement en Syrie, avec des missiles capables d’abattre tout aéroplane survolant la Syrie, et il a accusé la Turquie d’acheter le pétrole du califat. Récemment le gouvernement turc a emprisonné deux journalistes qui avaient publié une vidéo sur des livraisons d’armes de la Turquie en Syrie.

Le Président Barack Obama avait remporté l’élection de 2008 avec la promesse d’en finir avec les guerres idiotes, et depuis il a bien évité tout engagement important de troupes. Et pourtant après toute les répercussions des interventions récentes – y compris, dernièrement, la diffusion du terrorisme d’ISIS en Europe – les faucons de la politique étrangère poussent Obama à envoyer des troupes au sol en Syrie.

Il ferait bien de rejeter leurs conseils. La Syrie a besoin d’un cessez-le-feu, pas d’un supplément de bombardements par les puissances mondiales. Au bord de l’implosion, le pays a besoin d’un négociateur pour réunir toute les parties sans conditions préalables. Des membres du Conseil de Sécurité de l’ONU sont-ils prêts à écouter avant qu’il ne soit trop tard et que la Syrie ne soit complètement disloquée ?

Adil E. Shamoo est un biochimiste d’origine assyrienne né à Bagdad puis établi aux Etats-Unis, membre associé de l’Institut d’Études Politiques (IEP) à Paris, analyste pour Foreign Policy in Focus et enseignant universitaire. Il est l’auteur de « Equal Worth – When Humanity Will Have Peace ». Il tient le blog forwarorpeace.com et peut être joint à : ashamoo@som.umaryland.edu

13 décembre 2015 - ZNet - Vous pouvez consulter cet article à :
https://zcomm.org/znetarticle/how-u...
Traduction : Info-Palestine.eu - Marie Meert


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