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Les soldats israéliens tuent de sang-froid

mardi 15 décembre 2015 - 01h:54

Maureen Clare Murphy

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Les forces israéliennes ont abattu un Palestinien et, après sa mort, lui ont tiré dans la tête à bout portant, selon le Centre palestinien pour les droits de l’Homme.

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La famille et les amis accompagnent la dépouille de Malik Shahin dans le camp de Dheisheh, le 8 décembre - Photo : APA/Wisam Hashlamoun

Mazen Oraibi, un officier du renseignement de l’Autorité palestinienne du village de d’Abou Dis près de Jérusalem, était sorti de sa voiture à un poste de contrôle israélien jeudi dernier quand les soldats ont ouvert le feu et l’ont tué sur place.

Un passant palestinien, Khalid Abu Yaqub Jibna, a été abattu par un tir direct et transporté à l’hôpital dans un état critique.

Un soldat a été légèrement blessé lors de l’incident, selon le journal israélien Haaretz.

Le frère de Oraibi a déclaré à Haaretz à propos de Mazen, marié et père de quatre : « Il est difficile de croire qu’un homme comme lui irait commettre un attentat terroriste, et nous ne comprenons vraiment pas ce qui s’y est passé dans le poste de contrôle, et comment il a été tué, puis sans que quiconque, israélien ou palestinien, ne nous avertisse. Nous attendons encore de recevoir sa dépouille ».

Israël continue de retenir et de transférer avec retard les corps des Palestiniens tués par ses soldats au cours d’attaques présumées.

Defense for Children International - Palestine (DCI) a déclaré mercredi qu’Israël retenait les corps de 12 enfants, rendant quasi-impossible n’importe quelle enquête indépendante sur les circonstances de leur mort.

Le groupe de défense des droits de l’homme a documenté un cas où de jeunes Palestiniens ont caché le corps d’un garçon abattu par des soldats israéliens près d’un barrage militaire, de sorte que l’adolescent puisse bien être enterré.

Ayman Samih al-Abbasi, du quartier de Ras al-Amoud à Jérusalem-Est occupée, a été abattu à environ 21 heures le 29 novembre et transféré dans un centre médical à proximité, où il a été déclaré mort.

« Après un certain temps, les forces israéliennes ont pris d’assaut le lieu pour se saisir du corps de Ayman, mais les jeunes Palestiniens ont réussi à cacher le corps et à l’enterrer dans le cimetière de Silwan, juste après minuit », a déclaré a DCI un témoin direct, Anwar Abbasi.

Israël a affirmé que ses forces ont ouvert le feu sur des Palestiniens après que des cocktails Molotov avaient été jetés sur eux, mais des témoins ont dit qu’il n’y avait pas eu d’affrontements ou de jets de pierre quand le garçon a été abattu.

Meurtres d’enfants

Un autre garçon en Cisjordanie a été abattu la semaine dernière après avoir prétendument voulu poignarder des soldats israéliens, ce qui porte à 23 le nombre d’enfants palestiniens tués depuis le début du mois d’octobre, selon DCI.

Mustafa Fanoun, âgé de 15 ans, a été tué en même temps que son cousin Taher Fanoun, âgé de 19 ans, peu après minuit le 4 décembre, a rapporté le Centre palestinien pour les droits de l’Homme (PCHR).

Les adolescents ont été tués par les forces israéliennes stationnées à un point de contrôle près du quartier de Tel Rumeida, dans le centre d’Hébron, d’où sont originaires les deux cousins.

Quelques heures après que les deux jeunes aient été tués, leurs pères ont été convoqués pour un interrogatoire par les services de renseignements israéliens, mais ils n’ont pas été autorisés à voir les corps de leurs fils, selon le PCHR.

Le mois dernier, Israël a déclaré Tel Rumeida zone militaire fermée et Hébron dans son ensemble a subi de plein fouet la violence des forces d’occupation.

Un autre groupe de cousins ​​palestiniens a été assassiné à Hébron la semaine dernière.

Ihab Fathi Miswadeh, âgé de 21 ans, a été tué par des soldats israéliens déployés autour de l’historique mosquée Ibrahimi, près de la vieille ville d’Hébron, après avoir prétendument poignardé un colon lundi.

Une vidéo de la scène montre des soldats israéliens et des équipes médicales traitant le colon blessé mais sans s’occuper une seconde de secourir Miswadeh.

Il a été laissé sur place, perdant son sang, pendant plus d’une demi-heure avant qu’il ne soit emmené dans une ambulance israélienne, selon le PCHR.

Les forces israéliennes ont attaqué une maison appartenant à la famille Miswadeh avant l’aube mercredi, et convoqué ses parents masculins à un bureau de renseignement dans la colonie de Gush Etzion au sud de Bethléem.

Ce même jour, des soldats israéliens dans le centre de Hébron ont abattu Abdulrahman Miswadeh, également âgé de 21 ans, qui aurait prétendument voulu poignarder deux colons.

L’enquête préliminaire de PCHR a constaté que le jeune homme a été tué à un barrage près de l’entrée de la colonie de Beit Hadassah, dans le centre de Hébron.

« Il a été laissé sur le sol, perdant son sang, sans que les équipes médicales de l’Etoile Rouge de David ne lui portent le moindre secours », selon le PCHR, se référant au service d’urgence israélien.

Abandonné sur le sol, se vidant de son sang

Dans la dernière semaine, plusieurs autres Palestiniens ont été laissés sur place, saignant à mort, sans traitement médical, après avoir été abattu par les forces israéliennes.

Le jeudi 3 décembre, la police israélienne a ouvert le feu sur Izzedine Abdallah Raddad, âgé de 21 ans, près de la vieille ville de Jérusalem-Est occupée.

« La police israélienne a affirmé que Raddad s’avançait vers un agent de police ... et qu’il a tiré son couteau pour blesser l’officier à la main. L’officier de police a commencé à se battre avec Raddad, mais les officiers israéliens qui se trouvaient dans à côté ont ouvert le feu sur Raddad et l’ont tué immédiatement », a rapporté le PCHR.

La police a fermé la zone et Raddad a été laissé au sol, perdant son sang, sans les premiers soins a ajouté le PCHR.

L’officier Raddad supposé avoir été poignardé, aurait en fait été blessé par un tir d’un autre soldat, selon les rapports des médias.

Abattu de sang-froid

Un autre Palestinien a été abattu par la police israélienne à Jérusalem ce dimanche et laissé agoniser sur place, bien qu’il y ait eu des ambulanciers israéliens à proximité, selon le PCHR.

Un porte-parole de la police israélienne a dit que Omar Iskafi, de Beit Hanina dans la banlieue de la ville avait renversé une personne à Jérusalem-Ouest et était sorti de sa voiture, armé d’un couteau, puis avait poignardé un volontaire de la police en le blessant à la main.

Deux Israéliens auraient subi des blessures légères lors de l’incident.

Le PCHR a rapporté que la famille de Iskafi « ne croyait pas que leur fils ait voulu renverser quelqu’un ou faire une attaque au couteau », disant qu’il s’agissait d’un accident de la route, « mais les forces israéliennes ont tué de sang-froid. »

Un autre Palestinien, Abdulrahman al-Barghouthi Abdulmajid, a été tué cette semaine dans ce qui était un meurtre délibéré, selon le PCHR, qui a déclaré que les résultats de son enquête contredisent l’affirmation d’Israël que l’homme avait poignardé un soldat.

Le PCHR a signalé que, le vendredi 4 décembre, les soldats israéliens ont arrêté al-Barghouthi à un checkpoint temporaire dans le village d’Aboud près de la ville cisjordanienne de Ramallah.

Al-Barghouthi a obéi aux ordres des soldats de lever les mains, et l’un des soldats s’est approché de lui et l’a fouillé, après quoi il a giflé al-Barghouthi au visage.

Al-Barghouthi « a [alors] poussé le soldat, qui a trébuché et est tombé sur le dos », selon le PCHR. « Le soldat israélien a immédiatement tiré deux balles dans sa direction. La première balle a pénétré dans le cou et est sortie à l’arrière de la tête, et l’autre balle a touché le creux de la main droite. »

« Deux autres soldats, qui étaient présents à quelques mètres, ont également ouvert le feu sur lui », a ajouté le PCHR, faisant tomber al-Barghouthi, mort sur le coup, sur le premier soldat qui avait tiré sur lui.

« Le soldat s’est dégagé du cadavre en criant, et les trois soldats ont fui en direction de la tour de guet » en face de l’entrée principale du village.

Un témoin a dit avoir vu un couteau près de la main gauche de al-Barghouthi, « mais sans traces de sang », a déclaré le PCHR.

L’oncle de Al-Barghouthi a déclaré à l’Agence Ma’an News que le couteau a été placé là et que son neveu a été tué de « sang-froid. »

Les forces israéliennes sont soupçonnées d’avoir déposé des couteaux sur place dans d’autres incidents au cours desquels Palestiniens ont été tués ou kidnappés.

Abdulrahman Al-Barghouthi était citoyen américain et venait d’arriver en Cisjordanie pour son mariage.

Les habitants du village ont dit à Ma’an que l’homme revenait de la maison de sa fiancée quand il a été tué.

« Un seul objectif : tuer »

Près de Ramallah ce même jour, les forces israéliennes ont ouvert le feu sur un véhicule conduit par Anas Abdulrahim Hammad, âgé de 21 ans, le tuant après qu’il aurait roulé dans un groupe de soldats stationnés à l’entrée du village de Silwad.

« Les forces israéliennes ont fermé la zone et ont refusé l’accès à une ambulance » en tirant trois balles sur le véhicule d’urgence, selon le PCHR.

Un témoin a rapporté au PCHR que « les équipes médicales israéliennes sont arrivées et ont offert un traitement médical pour les soldats israéliens mais ont laissé le jeune homme palestinien saigner à mort pendant environ une heure et demi à l’intérieur de son véhicule » avant qu’il ne soit finalement emmené dans une ambulance israélienne.

Un autre jeune Palestinien a été laissé mourant sur place après avoir été abattu par les forces israéliennes lors d’un raid très tôt à l’aube ce mardi, sur le camp de réfugiés de Dheisheh près de la ville de Bethléem en Cisjordanie.

Les soldats ont ouvert le feu sur les jeunes du camp qui étaient rassemblés pour les repousser en jetant des pierres et des bouteilles vides, selon le PCHR.

Malik Akram Shahin, 18 ans, a été touché d’une balle à la tête.

L’armée a interdit aux équipes médicales palestiniennes l’accès au camp et laissé Shahin perdre son sang pendant une longue période avant qu’il ne soit évacué vers un hôpital de Beit Jala, où il a été déclaré mort,a ajouté le PCHR.

Les médecins ont dit que Shahin a été tué avec une balle explosive (ou expansive), également connue sous le nom de balle « Dum Dum ».

« Les médecins ont dit que la balle explosive a fracassé le crâne de Shahin et a explosé à l’intérieur de sa tête, faisant des centaines de fragments de son crâne » a rapporté l’Agence Ma’an News.

« Les sources ont indiqué que le positionnement de la blessure ainsi que le type de la balle utilisée, indiquent clairement que les forces israéliennes ont tiré sur Shahin avec la ferme intention de le tuer », a ajouté Ma’an.

L’utilisation de ce type de munition est interdite par le droit international et Israël est supposé respecter cette interdiction, selon le groupe Al-Haq.

Israéliens blessés en Cisjordanie

Également cette semaine, un colon israélien qui avait été reconnu coupable d’avoir tué trois Palestiniens dans une attaque dans les années 1980, a été blessé avec sa femme dans une fusillade en Cisjordanie mercredi. L’agresseur a pu fuir les lieux de l’attque.

Les forces israéliennes ont imposé la fermeture totale de la ville cisjordanienne de Tulkarem et des communautés voisines afin de poursuivre le tireur, selon l’agence Ma’an.

Jeudi également, un soldat israélien a été grièvement blessé et un autre a subi trois blessures modérées et légères dans une attaque présumée depuis une voiture dans le centre de la Cisjordanie.

Haaretz a signalé que l’agresseur a pu s’échapper, mais la voiture utilisée dans l’attaque a ensuite été retrouvée contenant un fusil M-16 et une grenade incapacitante.

« La police a dit que le fusil appartenait à l’un des soldats impliqués dans l’incident », a ajouté Haaretz.

Au moins 111 Palestiniens ont été assassinés au cours des huit semaines de violence, selon Defense for Children International - Palestine.

Dix-neuf Israéliens, un Palestinien et un Américain ont été tués par des attaquants palestiniens au cours de la même période, selon le New York Times.

Beaucoup de Palestiniens ont été tués dans ce que les organisations de défense des droits de l’homme et les observateurs internationaux ont qualifié d’exécutions sommaires.

Le groupe israélien B’Tselem a accusé le Premier ministre Benjamin Netanyahu de « transformer des agents de police, et même des civils armés, en juges et bourreaux. »

Le commandant de la police de Jérusalem, Moshe Edri, a récemment déclaré : « Toute personne qui poignarde des Juifs ou blesse des gens innocents doit être tuée », tandis que le ministre de la sécurité intérieure d’Israël, Gilad Arden a déclaré : « Chaque terroriste devrait savoir qu’il ne survivra pas à l’attaque qu’il est sur le point de commettre ».

Le résultat de cette incitation à tuer dans la politique d’Israël, est que des enfants, même de l’âge de 13 ans, sont abattus à bout portant dans les rues, y compris quand ils ne posent pas de menace immédiate.

Rafles

Israël a kidnappé environ 2250 Palestiniens depuis le début du mois d’octobre - près d’un cinquième étant des enfants, selon le groupe de défense des droits de l’homme, Addameer.

Sur les près de 250 Palestiniens arrêtés durant cette période et maintenus en détention sans inculpation ni jugement en vertu d’ordres de détention administrative, quatre sont des enfants.

Près de 600 Palestiniens sont détenus par Israël sous le régime de la détention administrative, selon Addameer. Ils sont parmi les plus de 6500 Palestiniens emprisonnés par Israël, dont au moins 450 sont des enfants.

Dans les deux derniers mois, Israël a ouvert de nouvelles sections dans plusieurs prisons pour accueillir le pic dans le nombre de Palestiniens détenus, selon Addameer.

Le groupe a également « documenté une escalade de la violence et de la force excessive contre des Palestiniens pendant l’arrestation et la détention. »

« Beaucoup de ceux qui ont été arrêtés après avoir été blessés, ont été soumis à des interrogatoires sur place alors qu’ils perdaient leur sang, ou pendant leur traitement dans les hôpitaux alors qu’ils étaient enchaînés à [un] lit, ou encore soumis à de durs interrogatoires peu après la sortie de l’hôpital », a ajouté Addameer.

Israël a également détruit et a émis des ordres de démolition contre des maisons appartenant à des familles de Palestiniens tués ou arrêtés au cours d’attaques présumées contre des Israéliens.

Plus de deux douzaines de personnes, dont 16 enfants, ont été laissées sans-abri ce mois-ci après que les forces israéliennes aient fait sauter deux maisons appartenant à des parents d’agresseurs présumés.

Une centaine de Palestiniens - dont la moitié sont des enfants - ont été déplacés à la suite des démolitions punitives de maisons depuis le début octobre.

Les protestations palestiniennes et les affrontements avec la police israélienne qui ont commencé à la mi-septembre, provoqués par l’agression israélienne et les incursions dans l’enceinte de la mosquée al-Aqsa dans la vieille ville de Jérusalem, « se propagent rapidement dans les territoires palestiniens occupés, y compris toutes les parties de la Cisjordanie et des zones frontalières entre Gaza et Israël », observe OCHOA, le groupe de surveillance des Nations Unies.

Le soulèvement actuel et la répression israélienne se produisent sur un fond d’échec des négociations de paix et d’une stagnation politique, après des décennies d’occupation militaire brutale, de déplacements forcés et d’oppression quotidienne des Palestiniens.

* Maureen Clare Murphy est rédactrice à The Electronic Intifada (Arts, Musique et Culture). Elle vit à Chicago.

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11 décembre 2015 - The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
https://electronicintifada.net/blog...
Traduction : Info-Palestine.eu - Lotfallah


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