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Gaza : comment la restriction de la liberté de circulation a entravé mon droit à l’enseignement

dimanche 13 décembre 2015 - 06h:30

Ayman Qwaider

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Je m’appelle Ayman Qwaider. J’ai 27 ans, je suis né et j’ai grandi dans la Bande de Gaza.

J’ai été chanceux d’étudier en Espagne et aujourd’hui je vis en Australie, avec ma femme Sameeha qui a récemment eu une bourse pour une admission en Doctorat à Perth.

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Ayman Qwaider

Je suis de mon côté en Doctorat de politiques éducatives et réformes sociales. Notre rêve de poursuivre des études dans l’enseignement supérieur est devenu réalité après avoir été confrontés à de nombreux obstacles. Cependant, beaucoup d’autres étudiants palestiniens de Gaza font ce même rêve et ne le verront probablement jamais se réaliser.

La Bande de Gaza, qui fait 378km2, se situe sur la côte méditerranéenne et fait partie de la Palestine. Elle a pour frontière Israël à l’est et au nord et l’Égypte au sud. La population est estimée à 1.8 millions d’habitants. 65% de cette population a moins de 25 ans et il y a plus d’un million de réfugiés enregistrés par les Nations Unies. La majorité d’entre eux vit dans des camps répartis dans tout Gaza. J’ai moi-même été élevé dans les ruelles du camp de réfugiés de Nuseirat.

A Gaza, les autorités israéliennes d’occupation maintiennent un contrôle rigoureux sur tous les aspects de la vie quotidienne. Depuis 2007, un blocus hermétique a été imposé par l’Égypte et Israël, limitant non seulement la circulation des marchandises mais aussi des individus. Cette restriction de la liberté de mouvement des Palestiniens a un impact sur la jouissance de nos droits, y compris notre droit à l’enseignement.

Au cours des sept dernières années de ce blocus qui a encore lieu à Gaza, la qualité de l’enseignement s’est sévèrement détériorée. Les établissements scolaires sont en mauvais état. L’équipement éducatif, comme les livres neufs, ne peut pas être importé, affectant la qualité de l’enseignement délivré aux élèves de Gaza.

De plus, le Ministère de l’Éducation à Gaza et les organisations internationales dans le domaine pensent qu’il est difficile d’investir dans la construction de nouvelles écoles ou la réparation des locaux endommagés, étant donné qu’Israël continue d’interdire l’entrée de matériaux de construction à Gaza. Cette situation de crise s’est dernièrement aggravée avec les deux opérations militaires israéliennes menées à Gaza durant l’hiver 2008-2009 et en décembre 2012.

Plus de 280 écoles ont été soit totalement détruites, soit partiellement endommagées au cours de l’opération Plomb Durci et doivent encore à ce jour être reconstruites ou réhabilitées. Une grande partie de ces écoles manquent de sanitaires, de canalisations d’eau et d’équipement pour les classes : bureaux, chaises, manuels, stylos... D’après le Ministère de l’Éducation Nationale à Gaza, environ 80% des écoles de Gaza fonctionnent par roulement pour accueillir un nombre croissant d’élèves.

Le contrôle des frontières empêche la circulation des étudiants gazaouis mais aussi du corps enseignant voyageant depuis et vers Gaza. Les professeurs ne peuvent pas voyager à l’étranger pour suivre des formations et les enseignants étrangers ne peuvent pas entrer à Gaza. Cela a des conséquences négatives sur la qualité de l’enseignement.

Déjà bien avant le blocus qui a démarré en 2007 et depuis la Seconde Intifada en 2000, le recrutement de professeurs étrangers a diminué. Par conséquent, les étudiants palestiniens ne peuvent pas être mis face à d’autres perspectives et manières de penser. Cela a un impact sur les capacités de recherches des étudiants et le corps enseignant est affecté.

En outre, la restriction de la liberté de circulation des étudiants a des conséquences sur leur droit à recevoir un enseignement dans le supérieur. Il y a quatre universités principales à Gaza. Cependant, de nombreux diplômes ne sont pas proposés par ces universités. Ces cursus sont proposés en Cisjordanie ou dans les universités à l’étranger. Mais la restriction de liberté de mouvement des étudiants de Gaza signifie qu’ils se voient de facto empêchés de choisir ce qu’ils étudient. Par ailleurs, les universités de Gaza offrent seulement un nombre limité de diplômes post-licence.

Les étudiants des universités de Gaza sont extrêmement isolés, étant donné qu’il est presque impossible pour eux de quitter Gaza afin de poursuivre des études dans l’enseignement supérieur au sein des universités de Cisjordanie ou à l’étranger. La politique d’occupation israélienne consistant à séparer la Palestine unifiée (Cisjordanie et Bande de Gaza) a rendu l’enseignement pratiquement inaccessible. Pour entrer en Cisjordanie, un étudiant de la Bande de Gaza doit demander des autorisations auprès des autorités d’occupation israéliennes.

Ces permis sont seulement délivrés à certaines catégories de personnes comme les humanitaires ou les employés de structures internationales. Leur durée est limitée, on parle de jours et non de semaines. En 2012, le journal israélien Haaretz a rapporté qu’entre 2000 et 2012, seulement trois Palestiniens de Gaza ont été autorisés à étudier dans des universités de Cisjordanie. Dans ces trois cas, le gouvernement américain est intervenu car c’est le gouvernement américain qui avait accordé des bourses.

La restriction de liberté de mouvement est un obstacle important pour les étudiants palestiniens de Gaza. En 2010, j’ai eu une bourse de la Fondation Caja Castellón-Bancaja afin de poursuivre un Master en études de paix, Conflits et Développement à l’Université de Jaume en Espagne, un diplôme qui n’est pas proposé dans les universités de Gaza. Malgré le fait que je possédais tous les papiers nécessaires, incluant une lettre d’admission de l’université, un visa d’étudiant pour l’Espagne et mes billets d’avion, je n’ai pas pu sortir de Gaza, comme plusieurs centaines d’autres étudiants ayant reçu une bourse.

L’année de Master a débuté sans moi. J’ai demandé l’aide de structures officielles comme l’ambassade d’Espagne au Caire et à Tel Aviv, Amnesty International et même le Parlement Européen. Toutes mes tentatives ont échoué. Les médias sociaux ont représenté ma dernière chance pour revendiquer mon droit à l’éducation.

J’ai écrit un article sur mon blog intitulé « I have a dream » (j’ai un rêve) posant une question fondamentale : Pourquoi suis-je privé de mon droit élémentaire, du droit à l’éducation ? J’ai aussi mobilisé les gens en utilisant Facebook et à travers une pétition en ligne, j’ai débuté une campagne médiatique avec l’aide du groupe israélien des droits de l’homme et des libertés Gisha, qui tente de soutenir légalement les Palestiniens revendiquant leur liberté de circulation depuis et vers Gaza. L’article du blog, qui a été repris par l’agence de presse espagnole au Moyen-Orient, a amené la publication d’innombrables articles dans la presse locale espagnole.

La campagne médiatique basée sur les droits de l’Homme a finalement porté ses fruits et a fait pression sur les autorités israéliennes d’occupation afin de me délivrer l’autorisation de transit pour voyager depuis Gaza vers l’Espagne, en passant par Israël afin de voler à partir de l’aéroport international de Amman, en Jordanie. J’ai eu la chance d’utiliser mes compétences et mon réseau pour quitter Gaza. Mais des centaines d’étudiants sont laissés de côté, sans possibilité de jouir de leur droit à l’éducation en raison de la fermeture continue des frontières de Gaza.

Quatre ans plus tard, en avril 2014, l’épisode s’est répété. Mon épouse, Sameeha Olwan, a eu une bourse d’étude pour suivre son Doctorat en littérature comparative et écriture créative en Australie et je devais terminer mes recherches pour mon Doctorat. Bien que Sameeha et moi ayons en notre possession tous les documents demandés et nos visas pour quitter Gazèrent, traverser les frontières a encore été un véritable challenge.

À nouveau nous avons sollicité le groupe israélien des droits de l’Homme et des libertés Gisha pour nous aider. Cependant, nous n’avons pas eu d’autorisation de passage, et ce sans raison particulière. Par conséquent, grâce au soutien d’un journaliste et ami australien, nous avons fait appel au Consulat d’Australie afin qu’il intervienne. Les procédures administratives sont des obstacles pour presque tous les étudiants de Gaza qui doivent demander des permis pour franchir les points de passages.

L’opportunité d’étudier hors de Gaza m’a ouvert les portes d’un monde nouveau et différent. Cela m’a aussi permis de partager mes expériences personnelle et professionnelle avec mes camarades qui viennent de cultures et de pays différents. De plus, étudier à l’étranger m’a donné la chance de découvrir divers types d’enseignements, ce qui n’aurait jamais pu se passer à Gaza en raison des vastes restrictions dans le domaine.

Étudier à l’étranger est aussi un exercice de développement et de découverte de soi. Tout cela devrait m’aider à jouer un rôle plus constructif au sein de ma communauté. Il est fondamental pour le développement de Gaza que ses étudiants puissent jouir de ce droit à l’éducation.

Sameeha et moi avons eu la chance d’être des étudiants ayant réussi à quitter Gaza afin de poursuivre des études supérieures. Cependant, des centaines d’étudiants sont encore bloqués aux frontières, aux points de contrôle pour sortir de Gaza, privés de leur liberté de circuler et leur droit à l’éducation.

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* Ayman Qwaider Ayman Qwaider, 28 ans, est né et à grandit dans la Bande de Gaza. Ayman a complété un Master international en études de paix, Conflits et Développement en Espagne. Il vit désormais en Australie avec sa femme, Sameeha, qui a récemment reçu une bourse doctorale à Perth, Australie. Ayman est actuellement en train de faire son doctorat sur les politiques éducatives et la réforme sociale. Il peut être joint à : ayman.qwaider@gmail.com
Consultez son blog à : http://aymanqwaider.wordpress.com

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7 décembre 2015 - Right to Education Project - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.right-to-education.org/n...


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