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La vie quotidienne à Hébron : un témoignage de Nataly

samedi 14 novembre 2015 - 16h:13

Rina Cakrani

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Son nom est Nataly et elle a eu une grande influence sur ma vie. Avant de la rencontrer, je ne m’intéressais pas tellement au conflit israélo-palestinien.

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« Nous avons essayé plusieurs fois de trouver une solution, mais le gouvernement israélien a refusé de parvenir à un accord avec nous » explique Nataly

Le peu que j’en savais venait des médias et je n’avais pas d’idées particulières sur la question. Pour moi, c’était un conflit lointain et compliqué. C’est seulement quand je me suis trouvée en contact avec une Palestinienne, que je me suis rendue compte de la gravité et de l’importance de la situation.

Faire la connaissance de quelqu’un qui vit sous occupation a été une des expériences les plus marquantes de ma vie. Cela m’a changée en profondeur. Non seulement j’ai commencé à mieux comprendre le conflit, mais j’ai aussi développé des sentiments très forts envers ceux qui souffrent de ne pas avoir de patrie.

Cette jeune fille m’a raconté beaucoup de choses sur l’occupation, les meurtres et la terreur. Mais ce qui me frappe encore plus que l’horreur qu’elle décrit, c’est la force et le calme avec lesquels elle s’exprime. L’année dernière, des soldats sont venus chez elle et l’ont enfermée avec sa famille dans une pièce pendant qu’ils fouillaient la maison à la recherche d’armes.

Cette année, sa mère lui a annoncé la mort de deux de ses anciens camarades de classe. Dans les deux cas, elle n’a ni pleuré, ni manifesté de douleur. J’avais l’impression que plus rien ne l’affectait. Mais elle m’a assurée du contraire : « C’est juste que je suis habituée, » m’a-t-elle dit. « Je suis habituée à ce que les soldats fassent irruption chez nous et nous terrorisent. Et j’ai l’habitude d’apprendre que mes amis et camarades de classe se sont fait tuer. »

Cette année a été particulièrement difficile pour les Palestiniens avec l’augmentation globale de la violence dans les territoires occupés de Cisjordanie, et, au cours des deux derniers mois, le début d’une vague de soulèvements, qui a tout d’une « troisième Intifada » selon les médias. Pour qu’on puisse mieux comprendre la situation et déterminer si ce qui se passe est une Intifada ou non, j’ai décidé de donner la parole à Nataly, une jeune Palestinienne qui vit à Hébron, la plus grande ville en Cisjordanie et une des plus dynamiques.

Que se passe-t-il en ce moment en Palestine et qu’est-ce qui est a provoqué une pareille crise ?

N : À mon avis, tout cela a été causé par le fait qu’un bébé palestinien de trois mois a été brûlé vif, il y a quelques mois. Ce qui a rendu les gens furieux, c’est que l’assassin n’a été condamné qu’à 6 mois de prison. C’est inacceptable et nous nous sommes sentis outragés.

Un autre événement a alimenté encore plus la colère, il s’agit de la fermeture de la mosquée Al-Aqsa, pour « raison de sécurité » qui a privé les Palestiniens du droit d’y prier. Ils ont tué un homme parce qu’ils pensaient qu’il avait une arme sur lui. C’est ce qui a justifié la fermeture. De tels meurtres sont fréquents parce qu’ils veulent répandre la terreur parmi nous, mais cette fois, les événements ont pris un tour différent.

Qu’est-ce qui a changé cette année ?

N : Cette année, la situation est devenue critique et les médias en ont beaucoup parlé parce que la jeunesse palestinienne s’est montrée plus active que jamais. Je pense que tous ces événements tragiques se sont succédé sur une trop courte période de temps pour que les jeunes puissent contenir leur colère. Je pense aussi le souvenir de la guerre de l’année dernière contre Gaza résonne encore dans les mémoires, sans parler de ses terribles conséquences, et cela accroit leur colère.

Comment le conflit vous affecte-t-il personnellement en ce moment ?

N : Il affecte ma famille et beaucoup d’autres familles à Hébron, parce que dans une telle situation les soldats israéliens viennent plus souvent vérifier que nous n’avons pas d’armes. Le plus souvent, ils enferment tout le monde dans une pièce et s’installent dans la maison pour plusieurs jours. Et avant de partir, ils saccagent toute la maison.

S’agit-il d’une troisième Intifada ?

N : Je ne pense pas que ce soit quelque chose de différent des autres fois, donc on peut dire que c’est une Intifada. C’est la même chose que les autres fois : nous n’avons rien pour nous battre, nous nous battons avec des cailloux alors qu’ils se battent avec des armes. Le peuple palestinien est réaliste. Tout le monde sait que c’est tout ce que nous pouvons faire plus parce que nous n’avons rien, ni armes, ni soutien.

On dit que c’est une Intifada parce que notre jeunesse est beaucoup plus impliquée que d’habitude. Elle s’est mise à résister, à dénoncer l’injustice et à exiger le respect de ses droits avec beaucoup plus de détermination. L’occupation est difficile pour tout le monde, mais pour nous, les jeunes, c’est insupportable. Nous ne sommes pas libres de vivre comme les jeunes du monde entier. Nous ne sommes pas libres de profiter de la vie, de rêver. Chaque Palestinien vit une tragédie. Et, pour nous, ce qui se passe en ce moment n’est pas particulièrement une Intifada, parce que chaque jour est une Intifada pour nous.

Pensez-vous que les Palestiniens eux-mêmes doivent changer d’attitude ? Pensez-vous qu’il y a quelque chose qu’ils pourraient faire mieux ou différemment ?

N : Nous avons essayé de trouver une solution à mille reprises, mais le gouvernement israélien refuse tout accord avec nous. Aujourd’hui, nous n’avons plus confiance en eux. Je pense que le plus gros problème est qu’ils ne veulent pas reconnaitre qu’il y a un problème. Pour eux, nous n’avons aucune importance et ils pensent que les colonies et l’occupation sont une bonne chose.

D’autre part, je pense aussi que notre gouvernement a cessé de chercher une solution pour le moment. Et ce qui est pire, il y a beaucoup de divisions et de conflits à l’intérieur du gouvernement lui-même et entre les partis politiques dont la création répond à des intérêts personnels conflictuels. Leur appétit de pouvoir et d’argent a entrainé ces divisions, mais a aussi engendré beaucoup de corruption et d’abus de biens sociaux normalement destinés à améliorer la vie des Palestiniens. De temps en temps, ils disent qu’ils font quelque chose pour nous et pour notre cause, mais nous savons que la plupart d’entre eux ne font rien du tout. Ils n’attachent pas à la cause palestinienne la même importance que la population.

Pensez-vous que le prochain gouvernement pourrait être meilleur et y a-t-il, à votre avis, un leader potentiel de quelque envergure ?

N : Le gouvernement actuel est faible. Ils ont perdu notre soutien et notre confiance. Ils affirment qu’ils travaillent à restaurer les territoires palestiniens, mais ils doivent d’abord régler les conflits au sein de leurs propres rangs. Ce qui me contrarie le plus, est que nous, le peuple, nous sommes souvent identifiés avec des groupes et des partis politiques tels que le Fatah et le Hamas, et leurs actions donnent une mauvaise image de nous sur la scène internationale. Et au bout du compte, tout cela retombe sur nous. Les médias doivent comprendre qu’aucun groupe politique ne représente notre lutte quotidienne et notre résistance.

Je ne sais pas ce que sera le prochain gouvernement, mais je ne suis pas optimiste et je ne vois pas de leader potentiel capable d’améliorer notre situation et notre image.

Comment voyez-vous l’avenir ? Pensez-vous que ça va s’améliorer ?

N : Je ne crois que les choses vont s’améliorer. Je suis plutôt pessimiste. Je pense que tout a été planifié, il y a longtemps, et que maintenant tout se déroule conformément à ce plan. Quand on regarde la carte de Palestine, de 1948 jusqu’à aujourd’hui, on voit que notre territoire est de plus en plus petit. Je ne pense pas qu’on puisse avoir foi dans l’avenir. Et si personne ne nous aide, l’occupation ne prendra jamais fin. Mais ils ont beau vouloir nous ôter toute espérance, nous ne cesserons jamais de lutter et de résister. Comme l’a dit notre grand poète, Mahmoud Darwish : « Il y a une terre qui mérite qu’on vive et qu’on meure pour elle, et cette terre s’appelle la Palestine. »

* Rina Cakrani est étudiante au Collège du Monde Uni de l’Adriatique en Italie. Elle s’intéresse beaucoup aux relations et aux affaires internationales. Elle est aussi un auteur publié.

12 novembre 2015 - The Middle East Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
https://www.middleeastmonitor.com/b...
Traduction : Info-Palestine.eu - Dominique Muselet


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