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Jeter des pierres fait partie de la lutte des Palestiniens

jeudi 8 octobre 2015 - 01h:31

Jesse Rubin

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Le gouvernement israélien vient d’approuver le durcissement des peines à l’encontre des lanceurs de pierres. Il a également assoupli les règles autorisant les soldats à faire feu sur les manifestants.

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Bassem Tamimi (en polo vert) et des membres de sa famille empêchent un soldat israélien d’arrêter le jeune Muhammad Tamimi, âgé de 12 ans, le 28 août dernier. - Photo : Muhannad Saleem/ActiveStills

La brutalité dont est coutumière l’armée israélienne a été fixée dans une vidéo récente à Nabi Saleh, village occupé de Cisjordanie. On y voyait l’arrestation violente d’un garçon de 12 ans, Muhammad Tamimi.

Ces images largement partagées illustrent le déséquilibre considérable entre Israël et les Palestiniens. Voilà un soldat lourdement armé qui malmène un enfant effrayé et non armé.

Comme on pouvait s’y attendre, Israël et ses partisans on tenté de rejeter la responsabilité de ce que Muhammad a enduré sur sa famille et ses voisins. Miri Regev, la ministre de la Culture israélienne, ouvertement raciste, est allée jusqu’à soutenir que les femmes venues en aide au garçon auraient dû être abattues.

Diffamation

Bassem, le père de Muhammad, fait actuellement une tournée de conférences aux Etats-Unis, où certains médias l’ont calomnié pour le rôle important qu’il joue dans les manifestations organisées régulièrement pour protester contre l’occupation israélienne.

Le Washington Free Beacon, un site web d’extrême droite, a prétendu que Bassem se sert de ses propres enfants « pour narguer les soldats israéliens » afin que le comportement des soldats puisse être filmé.

C’est l’un des nombreux commentaires publiés pour suggérer que le jet de pierres, connu pour être pratiqué lors des manifestations politiques à Nabi Saleh provoque une réponse violente d’Israël.

De telles allégations font écho à la rhétorique du gouvernement israélien. Le Premier Ministre Benjamin Netanyahou a déclaré la « guerre » aux jeunes Palestiniens qui lancent des pierres.

Ces dernières semaines le gouvernement israélien a approuvé le durcissement des peines à l’encontre des lanceurs de pierres. Il a également assoupli les règles autorisant les soldats à faire feu sur les manifestants.

Jusqu’à présent, les soldats avaient censément le droit d’ouvrir le feu s’ils étaient en danger. Avec les derniers changements, ils pourront tirer sur les manifestants dès que quiconque se trouvant à proximité est considéré comme un risque.

Il est plus que probable que cela entraînera davantage de tués parmi les jeunes Palestiniens.

Dans une interview accordée à Electronic Intifada, Bassem Tamimi a souligné que lancer des pierres est une tactique utilisée depuis bien longtemps par des Palestiniens vivant sous occupation israélienne. Beaucoup de Palestiniens considèrent le jet de pierre sur les soldats israéliens comme une forme de résistance non armée.

« Oui : nous nous servons de pierres pour protéger notre terre et nos enfants » dit-il « cela fait partie de notre mode de lutte ».

Contrairement à l’impression véhiculée par les publications pro-israéliennes, ce n’est pas la jeunesse de Nabi Saleh qui provoque la violence. C’est bien plutôt la violence de l’occupant israélien qui est la principale source de violence.

En septembre dernier, le jour où son fils a été arrêté, les soldats israéliens tiraient « des balles gainées de caoutchouc et des grenades lacrymogènes partout » dit Bassem. Ces armes-là ont déjà tué et blessé beaucoup de Palestiniens.

Bassem Tamimi est membre du Fatah, le parti dominant de l’Autorité palestinienne.
Bassem a éé arrêté par les forces israéliennes en 2011. A l’issue d’un procès en Cour mrtiale, il a été condamné pour avoir organisé des manifestations qu’Israël considère comme illégales et pour avoir encouragé des jeunes à lancer des pierres.

Tabassé jusqu’au coma

En 1993 il avait été arrêté, soupçonné d’avoir tué un colon israélien.
Au cours des interrogatoires, les agents de la prison l’ont battu avec une telle violence qu’il a sombré dans le coma pendant une semaine.

Bassem croit qu’Israël se sert de son engagement auprès du Fatah et de sa parenté avec son cousin Rushdi Muhammad Said Tamimi comme prétextes pour l’arrêter. Son cousin avait été jugé coupable du meurtre de Haim Mizrahi, un Israélien vivant à Beit El, une colonie sioniste en Cisjordanie.

(Un autre homme nommé Rushdi Tamimi a été tué par des soldats israéliens au cours d’une manifestation à Nabi Saleh en 2012).

Bassem, lui, a été acquitté.

Sa sœur Bassama est morte après lui avoir rendu visite lors de sa détention à Ramallah. Elle aurait été poussée du haut d’un escalier par un interprète travaillant pour l’armée israélienne, ce qui lui a brisé la nuque.

Bassem Tamimi a beaucoup réfléchi à la façon dont les Palestiniens devraient affronter Israël.

« J’ai commencé à changer de croyance, de la résistance violente à la résistance non violente, il y a une douzaine d’années. Le droit international nous donne le droit de résister par tous les moyens - mais il faut que ces moyens soient au service de l’objectif » dit Bassem.

Tamini encourage les Palestiniens à étudier les méthodes de protestation utilisées par Martin Luther King Jr à l’époque de la lutte pour les droits civiques, ainsi que la mobilisation internationale contre l’apartheid en Afrique du Sud.

Organiser la base devrait être l’objectif prioritaire de la lutte palestinienne – au lieu des pourparlers avec Israël - estime-t-il. Le « processus de paix » dans lequel l’oligarchie est engagée depuis les année ’90 n’a aucunement bénéficié aux Palestiniens ordinaires.

Au cours des quelques décennies qui ont suivi les Accords d’Oslo, Israël a intensifié la colonisation en Cisjordanie, soumis Gaza à un blocus et à des bombardement réguliers tout en exacerbant la discrimination à l’encontre des citoyens palestiniens en Israël.

« Vingt-deux années de négociations n’ont mené à rien, sinon à davantage de pertes pour les Palestiniens » dit Tamini.

Même si le Président Obama a augmenté l’aide militaire des Etats-Unis à Israël, Tamini est convaincu que le public américain a davantage de sympathie à l’égard de la cause palestinienne. Ainsi la Palestine est l’un des thèmes-clé de l’activisme sur les campus étatsuniens.

« L’Amérique est le gardien d’Israël » dit-il « Et Israël est le gardien des intérêts étatsuniens dans la région. Mais nous pouvons et nous devons faire le distingo entre l’État et la population si nous voulons remporter ce combat ».

Jesse Rubin est un journaliste indépendant basé à New York et à Jérusalem. Twitter : @JesseJDRubin

5 octobre 2015 - The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
https://electronicintifada.net/cont...
Traduction : Info-Palestine.eu - AMM


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