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Rencontre avec la famille de Karim Younès, le plus ancien détenu des Palestiniens des territoires de 1948

mardi 29 septembre 2015 - 06h:58

Elsa Grigaut

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Mai 2015 - Rencontre dans le village de Wadi Ara, avec la famille de Karim Younès, le plus ancien détenu des Palestiniens des territoires de 1948 (aussi appelés Israël). Soubeiya Younès est la mère de Karim, et ses deux sœurs sont Hula et Faten.

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A gauche, la mère de Karim Younès qui attend son fils depuis 1983. A sa droite Manar Jabareen, assistante sociale auprès des familles de détenu(e)s, travaille au sein de l’institut Youssef Al Sedeeq - Photo : Elsa Grigaut

Hula Younès, sœur de Karim :

« Mon frère Karim est né le 23 novembre 1958 et il a été arrêté le 6 janvier 1983 alors qu’il était étudiant en deuxième année.

A l’époque les tortures pendant les interrogatoires, c’était l’électricité ou laisser les détenus nus dans le froid pendant des heures.

Il a d’abord été condamné à la prison à perpétuité puis, sa peine a été réduite à 40 ans.

Le 29 mars 2014, il devait faire partie d’une vague de libérations dans le cadre des négociations entre l’Autorité Palestinienne (au pouvoir en Cisjordanie, NDLR) et Israël, mais au dernier moment, tout a été stoppé (1).

Il est passé par toutes les prisons israéliennes : Nafha, Beer sheva, Askalan, Gilboa (Nord des territoires de 1948, NDLR), Ramleh, Naplouse(la prison de Naplouse fut sous contrôle israélien jusqu’aux accords d’Oslo en 1993). Il est resté dans certaines d’entre elles jusqu’à six ou sept ans avant d’être transféré dans une autre.

Actuellement, il est incarcéré à Hadarim (Près de Néthanya, au Nord de Tel Aviv, NDLR). Nous lui rendons visite deux fois par mois.

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Sur chaque mur de la maison familiale sont accrochés des portraits de Karim…32 ans d’absence - Photo : Elsa Grigaut

Au moment de l’arrestation de Karim, notre sœur Faten étudiait la médecine en Italie. Elle est rentrée. Elle a alors voulu étudier ici pour devenir assistante médicale mais après deux ans, on lui a refusé son inscription sous prétexte que notre frère était en prison. Mes trois frères et moi-même n’avons pas eu le droit d’étudier pour la même raison.

Notre père a également perdu son travail.

J’ai un souvenir très fort, c’était il y a environ une quinzaine d’années. Karim était le représentant des prisonniers de la prison d’Askalan et l’administration pénitentiaire avait supprimé le droit des prisonniers de téléphoner à leur famille. Pour protester, Karim a voulu incendier la prison et il a été lui-même brûlé. Il ne nous a pas expliqué ce qui s’était passé, notre mère a fini par voir les brûlures qu’il avait sur le torse mais il s’est empressé de les cacher.

Karim n’a jamais eu de permission de sortie pour venir à la maison depuis 32 ans. C’est un détenu particulièrement surveillé par l’administration pénitentiaire. Il n’a pas pu assister aux funérailles de notre père qui est décédé le 6 janvier 2013, c’est-à-dire trente ans jour pour jour après l’arrestation de notre frère.

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Karim Younès est l’auteur de deux ouvrages écrits en prison. Le premier est paru en 1990 (à d.) : La réalité politique en Israël
Le second en 1993 : Conflit idéologique et compromis - Photo : Elsa Grigaut

Ses frères, nous, ses sœurs et ses parents sommes autorisés à lui rendre visite mais il n’a pas le droit de voir la famille du second degré. Il ne connaît pas le mari de sa propre sœur !

Cela fait trop longtemps qu’il est enfermé, je ne sais même pas si c’est légal du point de vue du Droit international.

Soubeiya Younès : « Je suis fière de mon fils, c’est un homme. »

Rencontre organisée avec l’aide précieuse de l’Institut Youssef Al Sedeeq

Notes :

(1) Durant l’été 2013, des discussions avaient repris entre L’Autorité Palestinienne (au pouvoir en Cisjordanie) et Israël. L’occupant Israélien s’engageait à libérer 104 Palestiniens, détenus par Israël avant 1993, en quatre contingents, en échange de quoi les Palestiniens s’abstenaient de recourir aux instances internationales pour attaquer la politique israélienne. Mais la quatrième vague de libération n’a jamais eu lieu.

* Elsa Grigaut, journaliste indépendante, a écrit plusieurs livres concernant la Palestine. « Femmes de Naplouse emprisonnées en Israël » (2011), « Vivre sous l’occupation » (2012), « Palestiniennes ! » (2013) et « Réfugiés » (2014). Il est possible de se procurer les trois derniers ouvrages. L’exemplaire est à 2 euros (frais de port gratuits à partir de trois exemplaires) en adressant un chèque à l’ordre d’Amitié Lille Naplouse. Courrier à adresser à : Amitié Lille Naplouse - MRES, 23 rue Gosselet – 59000 Lille
Email : lille-naplouse@laposte.net

Lire également :

- L’institut Youssef Al Sedeeq pour la protection des prisonniers - 23 septembre 2015

Mai 2015 - Transmis par l’auteure


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