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Ce que veut Israël, c’est la destruction de la mosquée al-Aqsa

dimanche 27 septembre 2015 - 06h:32

Ali Abunimah

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Ces trois derniers jours, des Palestiniens ont subi de violentes attaques alors qu’ils s’efforçaient, à mains nues, avec des bâtons et des pierres, d’empêcher que les forces israéliennes d’occupation ne répètent leurs attaques dans l’enceinte de la mosquée al-Aqsa à Jérusalem.

Cette violence est le fait de groupes soutenus par Israël, bien décidés à remplacer la mosquée par un temple juif et qui affirment leur présence de façon de plus en plus agressive.

L’agence de presse Ma’an rapporte que des dizaines de Palestiniens ont été blessés par les forces israéliennes qui ont lancé sur les fidèles des grenades assourdissantes et des gaz lacrymogènes et tiré des balles en acier enrobées de caoutchouc.

La militante Khadija Khuwais a dit à l’agence de presse locale, Al-Qods Press (Q Press), que lundi matin très tôt les forces israéliennes avaient chassé par la force les Palestiniens qui se trouvaient à Bab al-Silsila, la porte d’entrée de la mosquée dans Jérusalem-est sous occupation.

Sur une vidéo placée en haut d’un poteau et fournie par l’agence Q Press, en en voit un peu plus sur ces attaques violentes menées par les forces israéliennes contre des journalistes et des civils ainsi que sur les grenades assourdissantes lancées dans les bâtiments de la mosquée.

Dès mercredi, les affrontements entre jeunes Palestiniens et forces israéliennes d’occupation gagnaient d’autres zones de la Jérusalem occupée.

Les Palestiniens ont fait paraître de nombreuses images et vidéos de ces violences sur les réseaux sociaux.

Projets d’un temple juif

Les incursions israéliennes de plus en plus violentes contre l’un des lieux les plus saints pour les musulmans sont allées de pair, ces dernières années, avec la montée de soit disant groupes militant pour « l’activisme du Temple ».

Ce sont des organismes dont le but ultime et clairement énoncé est la construction d’un « Troisième Temple » juif qui remplacerait les bâtiments actuels de la moquée al-Aqsa.

Un rapport établi en 2013 par Ir Amim, organisme de recherche israélien, fait apparaître que « la Municipalité de Jérusalem et d’autres ministères financent et soutiennent directement de nombreuses organisations poussées par le désir de reconstruire le temple. »

L’Institut du Temple, principale organisation extrémiste du genre, a déjà établi des plans détaillés de ce nouveau temple juif.

Yehuda Glick est un personnage phare du mouvement pour le Temple. C’est un colon américain qui fut blessé par balle par un tireur non identifié après avoir fait un discours en octobre dernier à une conférence intitulée « Le peuple juif revient au mont du Temple ».

Quelques heures après l’incident, les forces israéliennes ont assassiné Mutaz Hijazi, un Palestinien de 32 ans. Ils ont prétendu, sans aucune preuve à l’appui, qu’il était l’agresseur de Yehuda Glick.

C’est l’entrée d’extrémistes juifs dans l’enceinte de la mosquée qui a provoqué, dimanche, les dernières violences. Parmi eux se trouvait le ministre israélien de l’agriculture, Uri Ariel.

Uri Ariel, importante figure chez les colons israéliens, a appelé en 2013 à la construction d’un temple juif sur l’emplacement de la mosquée al-Aqsa. Les Juifs appellent ce lieu « le mont du Temple ».

Uri Ariel a déclaré : « Nous avons construit de nombreux petits temples, très petits. Il nous faut construire un vrai temple sur le mont du Temple. »

De nombreux Palestiniens craignent que dans un premier temps, ces incursions aient pour but de changer le statu quo qui prévalait jusqu’ici à la mosquée. Déjà, les forces d’occupation israéliennes ont interdit l’accès de la mosquée aux musulmans certains jours saints.

Les dernières attaques arrivent au moment où des musulmans du monde entier se préparent pour le Haj, le pèlerinage annuel à la Mecque.

Une tactique fréquemment utilisée par Israël pour faciliter ces incursions est de prononcer des interdictions d’accès contre des volontaires palestiniens, les murabitoun, qui ont pour rôle de maintenir une présence dans l’enceinte de la mosquée.

Beaucoup craignent que l’étape suivante soit une partition de l’enceinte entre juifs et musulmans, à l’image de ce qu’Israël a imposé à la mosquée Ibrahimi à Hébron après le massacre de 1994. Un colon juif d’origine américaine y avait massacré 29 Palestiniens, hommes et enfants, qui priaient lors du Ramadan.

Un dangereux précédent

Il existe un précédent de la destruction d’un lieu saint par des opposants d’un autre groupe religieux, précédent qui a eu des conséquences géopolitiques désastreuses.

En 1992, en Inde, des nationalistes hindous ont détruit la mosquée Babri, vieille de 400 ans, située dans une ville du nord, Ayodhya. Ils disaient qu’elle avait été construite sur les ruines d’un temple érigé sur le lieu de naissance de leur dieu Lord Ram.

Les violences qui se sont ensuivies ont fait des milliers de morts et exacerbé l’esprit sectaire et communautaire en Inde jusqu’à ce jour.

La destruction de la mosquée Babri est un sombre avertissement de ce qui pourrait arriver si les nationalistes juifs soutenus par le gouvernement essayaient de réaliser leur rêve : que la mosquée al-Aqsa soit remplacée par un temple juif.

Mais les violences qui s’ensuivraient auraient des conséquences mondiales et, en comparaison, le bain de sang indien serait peu de choses.

Inaction internationale

Etant donné l’enjeu, l’indifférence internationale envers ce qu’Israël est en train de faire à Jérusalem est alarmante.

Les Israéliens testent jusqu’où ils peuvent aller sans être inquiétés.

C’est ainsi que, l’an dernier, lors de son attaque de 51 jours, Israël a détruit la mosquée Omari à Gaza, l’une des plus anciennes en Palestine, sans susciter la moindre réaction internationale.

La Jordanie, qui garde un rôle symbolique dans l’entretien d’al-Aqsa depuis le traité de paix de 1994 avec Israël, a averti que si Israël n’arrêtait pas, cela affecterait les liens entre les deux pays.

Mais, dans le passé, de tels avertissements n’ont jamais débouché sur des actions significatives de la part du royaume de Jordanie. Celui-ci maintient des relations étroites avec l’état juif auto-proclamé.

L’Union européenne a fait une de ses habituelles déclarations, navrantes de tiédeur. Mais elle s’est bien gardée de pointer du doigt la responsabilité première d’Israël en tant que puissance d’occupation.

Mardi, à quelques jours d’importantes fêtes religieuses aussi bien juives que musulmanes, Maja Kocijancic, porte-parole de la Commission européenne a dit aux médias à Bruxelles : « L’escalade de la violence (à la mosquée al-Aqsa) constituent une provocation et une incitation. »

« Il est important que les deux parties fassent preuve de calme et de retenue et qu’elles respectent totalement le statu quo des lieux saints » a-t-elle ajouté.

Mardi, Nickolay Mladenov, coordinateur spécial de l’ONU pour le processus de paix au Moyen-Orient, a dit au conseil de sécurité des Nations unies que les récents événements « pouvaient allumer la violence bien au-delà des murs de la Vieille ville de Jérusalem. »

Mais lui aussi a mis l’accent sur le fait que « toutes les parties ont la responsabilité de ne pas lancer de provocations verbales ou physiques. » Lui aussi s’est bien gardé de tenir pour responsable la puissance occupante.

Le Département d’Etat américain s’est déclaré « très préoccupé par les violences récentes et par l’escalade des tensions. »

Le gouvernement américain a déclaré : « Nous condamnons fermement tous les actes de violence. Il est absolument vital que toutes les parties se retiennent de provoquer en paroles ou en actes et qu’elles préservent le statu quo historique sur le Haram Al-Sharif/Mont du Temple. »

L’expression « très préoccupé » est une formule que les Etats-Unis ont l’habitude d’utiliser pour critiquer l’action israélienne comme, par exemple, l’expansion des colonies dans la Palestine occupée.

En pratique, dans toutes les affaires passées, cela a voulu dire que les Etats-Unis ne feraient absolument rien pour contenir les agressions israéliennes qu’ils prétendent condamner.

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* Ali Abunimah est l’auteur de The Battle for Justice in Palestine. Il a contribué à The Goldstone Report : The Legacy of the Landmark Investigation of the Gaza Conflict. Il est le cofondateur de la publication en ligne The Electronic Intifada et consultant politique auprès de Al-Shabaka, The Palestinian Policy Network.

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* Traduit de l’anglais par Christine Malgorn – Auteur de Syrie, mon amour. 1860, au cœur de la guerre oubliée, édition Harmattan, 2012 – Voir la vidéo (disponible sur Amazon) ; et de « Bienvenue au Shéol » paru en avril 2015 (disponible en numérique sur Amazon, et en format papier). Consultez son blog

16 septembre 2015 – The Electronic Intifada – Vous pouvez consulter cet article à :
https://electronicintifada.net/blog...
Traduction : Info-Palestine.eu – Christine Malgorn


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