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La Russie va-t-elle contribuer à une reconnaissance internationale du Hamas ?

dimanche 30 août 2015 - 09h:00

Adnan Abu Amer

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Il semble que la direction politique du Hamas s’est montrée très active depuis juillet, s’efforçant de reconstruire ses relations dans la région pour sortir de son isolement.

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Khaled Mechaal, responsable du bureau politique du mouvement Hamas - Photo : AFP/Khaled Fazaa

Khaled Mechaal, le responsable du bureau politique du Hamas, a reçu le Ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov, le 3 août à Doha au Qatar, et a discuté avec lui des développements concernant la cause palestinienne, ainsi que de la situation générale dans la région. Le Hamas a publié un communiqué officiel le même jour, notant que Mechaal et Lavrov ont abordé la situation de la bande de Gaza depuis la guerre israélienne de l’été 2014, en plus des attaques israéliennes sur les sites saints islamiques et chrétiens à Jérusalem.

Lavrov a adressé à Mechaal une invitation officielle à se rendre à Moscou.

Le porte-parole du Hamas Ismail Radwan a déclaré à Al-Monitor : « La réunion entre Mechaal et Lavrov montre l’intérêt de la Russie pour la cause palestinienne et vient à la suite des réunions périodiques tenues par le Hamas avec les parties régionales et internationales. Cependant, il n’y a pas eu de discussion à la réunion sur la possibilité pour la Russie de jouer le rôle d’un médiateur pour réactiver la réconciliation entre le Fatah et le Hamas, bien que Lavrov et Mechaal aient souligné son importance en général ».

Le Hamas estime qu’il a réalisé une avancée diplomatique importante par cette rencontre avec M. Lavrov et par l’invitation officielle à Moscou qui a suivi. Il considère ces développements comme une réponse concrète à la politique occidentale qui consiste à ignorer le Hamas depuis que le mouvement a remporté les élections législatives en 2006. C’est ce qu’un certain nombre d’analystes politiques proches du Hamas, dont al-Hamad Jawad, ont expliqué le 16 août.

Dans le même temps, le Hamas escompte une nouvelle action russe dans la région sur les situations en Syrie, au Yémen et en Iran. En renforçant ses relations avec le Hamas, Moscou pourrait chercher à remédier à ses années d’éloignement de la cause palestinienne à cause duquel la Russie a perdu de son influence. En reprenant langue avec le Hamas, la Russie cherche très probablement à disposer d’une plus grande influence dans le conflit israélo-arabe.

L’invitation à Moscou pourrait être un tournant pour le Hamas et qui ne s’arrêtera pas au Kremlin,a déclaré le Hamas dans une analyse parue le 9 août sur son site officiel. L’étape pourrait ouvrir une voie vers l’Amérique latine et l’Asie centrale où le Hamas souhaite gagner des soutiens et former des alliances pour faire pression sur l’Europe et les États-Unis de manière à ce que ceux-ci reviennent sur leur désignation du Hamas comme organisation terroriste.

Al-Monitor a appris de sources influentes dans le Hamas et ayant requis l’anonymat, qu’un envoyé russe éminent s’était rendu à Gaza début juillet et avait rencontré les membres du bureau politique du Hamas, dans une atmosphère confidentielle. Ces mêmes sources ont refusé de révéler l’identité de l’envoyé.

Le Hamas est bien conscient que la Russie fait partie du Quartet sur le Moyen-Orient, qui comprend également les Nations Unies, les Etats-Unis et l’Union européenne. Le Hamas sait que toute réconciliation potentielle entre le mouvement et Moscou dépend de l’engagement du Hamas aux exigences du Quartet - qui comprennent reconnaître l’Etat d’Israël et renoncer à la violence. Toutefois, le Hamas pourrait trouver difficile d’approuver et de respecter ces exigences, ce qu’il a clairement dit dans une déclaration officielle du 21 juin.

Le Hamas décrit les exigences du Quartet comme injustes et il les a rejetées dès leur annonce en 2006. Oussama Hamda, le responsable des relations étrangères du Hamas écrivait dans un article publié le 6 août que le Hamas n’est pas prêt à accepter ces mêmes exigences qu’il a déjà rejetées.

Dernièrement, la Turquie n’a pas été très éloignée des visées diplomatiques du Hamas. Les deux parties entretiennent des liens étroits depuis 2006 et les dirigeants du Hamas ont fait de nombreuses visites à Ankara. Peut-être que le Hamas considère désormais que la Turquie et le Qatar sont devenus des alliés solides, car les relations du Hamas avec l’Iran et la Syrie se sont dégradées après le déclenchement de la révolution [guerre civile] syrienne. Voilà pourquoi une délégation de la direction du Hamas avec Mechaal à sa tête a effectué une visite officielle le 12 août en Turquie, pour y rencontrer le président turc Recep Tayyip Erdogan et le Premier ministre, Ahmet Davutoglu.

Yousef Rizqa, ancien ministre de l’Information du gouvernement du Hamas, a refusé de révéler à Al-Monitor ce qui s’était dit au cours des discussions à Ankara. Cependant, dit-il : « Erdogan rejette les positions prises par les pays qui ont qualifié le Hamas d’organisation terroriste et a fait connaître la position politique [de la Turquie] aux pays du monde ». Et Rizqa d’ajouter : « Il a demandé aux pays occidentaux de se mettre en contact e avec [le Hamas] et d’organiser des dialogues pour aller vers la stabilité dans la région. La partie la plus importante de la visite de M. Mechaal à Ankara était le moment où elle a eu lieu, à la lumière des développements en Syrie, en Irak, au Yémen et en Palestine ».

Pendant ce temps, Yasin Aktay, conseiller du premier ministre turc, a révélé dans une interview le 17 août avec le journal Al-Resalah à Gaza que les discussions de Mechaal à Ankara se sont concentrées sur les efforts visant à parvenir à une trêve entre le Hamas et Israël, en prévision de la levée du siège de Gaza et pour garantir que les besoins des citoyens de Gaza soient remplis.

Peut-être le Hamas se rend-t-il compte qu’il y a un souhait turco-israélien d’améliorer leurs relations bilatérales, avec une condition de la Turquie qui serait la levée du blocus de Gaza comme condition pour la restauration de ses relations avec Tel-Aviv. Le Hamas semble avoir eu des assurances que ses alliés turcs iront dans ce sens. L’ancien diplomate israélien Alon Liel anticipe la même chose dans une analyse publiée le 25 juin.

Dans une interview le 16 août avec la BBC, Mechaal a déclaré que le Hamas a poussé à l’approfondissement des relations avec l’Arabie saoudite pour relever des défis tels que obtenir la levée du siège de Gaza et soulager la souffrance des Palestiniens à Jérusalem.

Mousa Abu Marzouk, un membre du bureau politique du Hamas, a noté dans son interview du 4 août sur le site Internet de l’organisation que la dernière visite du mouvement en Arabie Saoudite le 18 juillet, a atteint les objectifs fixés. Marzouk a considéré que la visite avait été un succès.

Al-Monitor a appris d’un haut responsable du Hamas qui a requis l’anonymat que le Hamas préparait « une deuxième visite en Arabie saoudite, mais que la date n’avait pas encore été fixée. »

« Le but de la visite serait de reprendre [la discussion sur] les sujets traités lors de la précédente visite. Un ordre du jour de la visite est en cours de préparation, basé sur la réconciliation entre le Fatah et le Hamas et [quelle solution trouver pour] les conditions difficiles des habitants de Gaza ».

Il existe un consensus au sein du Hamas sur l’amélioration de ses relations avec l’Arabie Saoudite, puisque celle-ci est dans cette période à la tête de la diplomatie arabe. Cependant, un possible et important obstacle à un accord entre le Hamas et l’Arabie Saoudite est la colère iranienne qui a atteint un sommet lorsque Téhéran a annulé la visite prévue du Hamas en août, à la suite de la réunion de Meshaal avec le roi Salman bin Abdul-Aziz Al Saud.

La raison derrière la colère de l’Iran est devenu claire lors d’une rencontre entre un responsable iranien du Corps des gardiens de la révolution et des responsables du Hamas dans une capitale arabe qui n’a pas été nommée. À la fin du mois de juillet, le responsable iranien a protesté contre la visite du Hamas en Arabie Saoudite, cette visite, selon le responsable iranien, pouvant être exploitée par Riyad contre Téhéran. Il est à noter que Mechaal ne s’est pas rendu en Iran depuis quatre ans. Cependant, il a décidé de visiter l’Arabie saoudite dès qu’il en a obtenu l’approbation, en particulier après l’accord nucléaire signé le 14 juillet avec l’Iran et auquel s’oppose l’Arabie Saoudite, selon le responsable iranien.

« Les relations du Hamas avec l’Iran sont toujours d’actualité et elles n’ont jamais cessé d’exister, et j’espère que Téhéran continuera à soutenir la résistance palestinienne contre l’occupation israélienne », a déclaré à al-Monitor Khalil al-Haya, un membre du bureau politique du Hamas.

Al-Monitor a appris de sources influentes à l’intérieur du Hamas que le mouvement planifie de plus en plus de visites à l’étranger et de participations à des réunions diplomatiques, dont quelques-unes seront révélées aux médias tandis que d’autres pourraient rester confidentielles.

Le Hamas espère que son action politique et diplomatique des dernières semaines va l’aider à surmonter la tension actuelle dans ses relations régionales. Ces relations ont connu des revers suite à ses positions concernant les développements politiques et l’instabilité dans la région. Cela soulève de nombreuses questions sur le succès ou l’échec que le Hamas peut rencontrer.

Bien que la route des relations politiques du Hamas ne soit pas couverte de pétales de rose et bien que de nombreux partis - principalement Israël et l’Autorité palestinienne - seront extrêmement contrariés si le Hamas réussi à rompre l’isolement qui lui a été infligé, le mouvement de la résistance islamique estime qu’il a parcouru un long chemin pour surmonter les obstacles. C’est une avancée certaine vers la reconstruction de ses liens régionaux et internationaux.

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* Adnan Abu Amer est doyen de la Faculté des Arts et responsable de la Section Presse et Information à Al Oumma Open University Education, ainsi que Professeur spécialisé sur l’Histoire de la question palestinienne, la sécurité nationale, les sciences politiques et la civilisation islamique. Il a publié un certain nombre d’ouvrages et d’articles sur l’histoire contemporaine de la Palestine.

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24 août 2015 - Al-Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.al-monitor.com/pulse/ori...
Traduction : Info-Palestine.eu - Lotfallah


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