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La démission d’Abbas du comité exécutif de l’OLP n’est qu’une vulgaire combine pour asseoir son pouvoir

jeudi 27 août 2015 - 17h:26

Imogen Lambert

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Mahmoud Abbas a annoncé qu’il renonçait à son siège au Comité exécutif de l’Organisation de Libération de la Palestine (OLP). Cette initiative apparaît en fait comme une combine pour resserrer son emprise sur cette organisation.

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L’Autorité fantoche de Ramallah ne survit que grâce au bon vouloir des Israéliens, et Abbas est leur zélé serviteur - Photo : Getty

Mahmoud Abbas a démissionné comme chef du Comité exécutif de l’OLP ce samedi, avec onze membres du Comité.

« Ces démissions sont nécessaires pour renouveler les travaux et la légitimité du Comité exécutif de l’OLP », a déclaré Ghassan Shaka’ah, un membre démissionnaire du Comité.

Le Conseil national palestinien (PNC), ou Parlement palestinien, devra tenir une réunion d’urgence dans les prochaines semaines afin d’élire de nouveaux membres au comité exécutif de l’OLP.

Ahmad Majdalani, l’un des membres du comité qui a démissionné, a déclaré à Maan la nuit de samedi que différentes institutions de l’OLP verraient des changements majeurs dans un proche avenir.

Beaucoup ont d’abord imaginé que cette initiative pourrait ouvrir la voie à la démission de Abbas en tant que président de l’Autorité palestinienne, compte tenu de ses récents revers : les dites négociations avec Israël ont abouti à une impasse, et l’Autorité palestinienne dispose de moins légitimité que jamais. Cela a également alimenté beaucoup de spéculations sur qui lui succéderait.

Cependant, loin d’être un retrait du pouvoir, cette dernière initiative peut suggérer que des élections anticipées profiteraient à Abbas et serviraient à raffermir son pouvoir.

Est-ce que l’OLP représente encore le peuple palestinien ?

Alors que l’Autorité palestinienne dominée par le Fatah représente prétendument les Palestiniens dans les territoires occupés, l’OLP est le représentant officiel du peuple palestinien dans son ensemble, y compris la diaspora.

L’organisation a initialement combattu pour la libération de la Palestine par la lutte armée, mais au fil des ans, elle est devenue de plus en plus modérée jusqu’à ce que son pouvoir soit remplacé par l’Autorité palestinienne après la signature des accords d’Oslo, depuis largement critiqués.

Du fait que l’OLP n’a pas modifié sa structure politique depuis les années 80 et encore moins depuis les dernières élections, le Hamas et le Jihad islamique en sont exclus.

« Au fil des ans, il y a eu de nombreux appels pour réformer et renouveler les institutions de l’OLP, y compris le PNC, et aussi pour inviter d’autres partis à s’y joindre, comme le Hamas », nous dit Alaa Tartir, directeur des programmes de Al-Shabaka.

« Toutefois, ces appels n’ont jamais été pris au sérieux par les dirigeants actuels du Fatah ou du Hamas, » a-t-il ajouté.

Suite à l’annonce d’une démission faite par Abbas, beaucoup craignent que ces élections n’affaiblissent encore plus la représentativité de l’OLP.

Comme les élections au PNC - qui doit se réunir dans trois semaines - ont été rapidement convoquées, de nombreux participants risquent d’être tenus à l’écart de la réunion et d’être donc dans l’impossibilité de voter.

Comme la réunion aura lieu dans des circonstances exceptionnelles, le vote aura lieu seulement avec ceux qui seront en mesure d’y assister. Beaucoup spéculent sur le fait que le vote au PNC sera dominé par les partisans d’Abou Mazen (Abbas).

En 2009, Anis Mustafa Al-Qasim, qui a rédigé le règlement interne de l’OLP, avait fait part par écrit de son inquiétude au sujet des prochaines élections - tenues après que six membres du comité exécutif soient décédés - expliquant que les élections au Conseil national auront lieu sans assurer la participation des partis politiques couvrant tout le spectre, sans étapes pour contribuer à la relance de l’organisation entrée en « mort clinique » depuis les accords d’Oslo.

Il a également discuté de la légalité de tenir une session sans tous les participants attendus, car cela ne peut se produire dans un « état d’urgence ».

Dans ce dernier cas, l ’« état d’urgence » a été créé volontairement par le comité national lui-même, et la plupart de ceux qui a démissionné sont soupçonnés d’être affiliés à Abbas.

« Dans une volonté d’utiliser ’un corps presque mort’ pour des raisons personnelles et factionnelles, Abbas a décidé d’aller de l’avant et d’appeler à une réunion d’urgence du PNC », a déclaré Tartir.

Malgré les catastrophes qui ont frappé la Palestine au cours des 20 dernières années et la signature d’accords de paix qui n’ont profité qu’à quelques-uns, la dernière réunion d’urgence remonte à 2009 (également pour remplacer des postes vacants au sein du Comité) et les dernières élections pour le Conseil ont eu lieu en 1996.

Un nouveau (et encore moins représentatif) Comité exécutif de l’OLP pourrait aussi aggraver l’état de santé du PNC, puisque les candidats pour ce dernier sont nommés par le comité. Suite à cela, les candidats doivent être élus à la majorité des membres du PNC.

Par ces moyens, l’OLP se garantit une domination politique perpétuelle.

Les bagarres à l’intérieur du Fatah

Une raison possible de cette initiative politique pourrait être les luttes au sein du Fatah entre Mahmoud Abbas et l’ancien chef de la sécurité préventive à Gaza et homme fort du Fatah, Mohammad Dahlan.

En juin dernier, Abbas a expulsé Yasser Abed Rabbo - un critique de longue date - du poste de secrétaire général, la deuxième fonction la plus importante dans l’OLP.

Ce jeudi, l’ONG de Abed Rabbo a finalement été dissoute après une longue enquête de l’AP sur des allégations de corruption.

Les médias palestiniens ont annoncé que les motivations pour le licenciement de Rabbo pourraient être liées à ses bons rapports avec Mohammed Dahlan. Rabbo a été accusé de l’avoir rencontré aux Émirats arabes unis.

Les Emirats Arabes Unis, qui soutiennent Dahlan, sont soupçonnés d’avoir financé l’ONG que dirigeait Rabbo.

Mais Rabbo s’est rebiffé et il a mis en question la légitimité d’une telle démarche.

« Il n’y avait pas eu de vote au sein du Comité exécutif, et je ne veux pas que ce soit un précédent », a-t-il déclaré al-Monitor le mois dernier.

La dispute a également porté sur la suggestion de Rabbo d’intégrer le Hamas et le Jihad islamique dans l’OLP, prétendument pour combler le fossé qui existe avec Gaza.

Il y a également eu des informations au sujet de Dahlan qui armerait des partisans en Cisjordanie et dans les camps de réfugiés au Liban, ainsi qu’au sujet de prises de contacts avec certaines personnalités du Hamas dans le but d’agir de concert contre Abbas.

Si l’on prend tous ces faits en considération, l’initiative [d’Abbas au Conseil exécutif de l’OLP] pourrait être qualifiée de « contre-coup d’Etat » contre l’influence de Dahlan, voire contre toute tentative de contrer Abbas.

Rabbo a dit qu’il n’a pas assisté à la réunion le samedi soir, car c’était une « comédie stupide ».

« Ce que nous voyons aujourd’hui est principalement une autre illustration de la crise interne au Fatah et de la concurrence sur qui régnera après Abbas », a déclaré Tartir, ajoutant que « la direction actuelle ne sait ’résoudre’ les problèmes que par la marginalisation et l’exclusion. »

Marginalisation à venir

Les résultats des élections peuvent aussi marginaliser davantage les membres des autres partis que le Fatah. Le Comité comprend également des représentants des organisations marxistes telles que Abdul Rahim Mallouh du Front Populaire de Libération de la Palestine et Khaled Tayseer du Front Démocratique.

Un porte-parole du Hamas a déclaré dimanche que l’initiative [de Abbas et ses partisans] constituait un « coup d’Etat » contre l’accord de réconciliation, et un appel explicite à maintenir la division.

Il a ajouté que l’appel pour la réunion du CNP « est la preuve de la continuation de la dictature du Fatah et de l’absence de véritables intentions de réconciliation ».

Musa Abu Marzouk, un haut responsable du Hamas, a déclaré que les prétendues démissions sont un moyen pour permettre à Abbas d’acquérir un contrôle exclusif sur le processus de prise de décision.

Rabah Mohanna, un leader dans FPLP, a déclaré que « Abou Mazen veut structurer les institutions palestiniennes selon sa vision ».

Grant Runley, un expert de la politique palestinienne à la Fondation pour la Défense des Démocraties, basée à Washington , a dit al-Monitor le mois dernier que les lignes entre le Fatah, l’Autorité palestinienne et l’OLP sont de plus en « plus floues ».

Saeb Erekat, largement perçu comme l’allié de Abbas, a été désigné comme nouveau secrétaire général de l’OLP, et Runely considère sa nomination comme la consolidation du pouvoir de Abbas.

Le 20 Juillet, Abbas a remanié le cabinet d’un gouvernement d’union, une décision que le Hamas et le Jihad islamique ont qualifiée de « coup d’Etat contre la réconciliation ».

Des informations ont circulé sur un possible accord pour une trêve à long terme entre le Hamas et Israël. L’Autorité palestinienne s’est constamment plainte de ces pourparlers, accusant le Hamas de vouloir créer un Etat séparé dans la bande de Gaza et d’agir sans mandat approprié.

Les analystes ont noté la crainte ressentie par l’Autorité palestinienne face à une reconnaissance internationale de plus en plus large du Hamas, que ces négociations laissent suggérer.

Comme l’OLP est le représentant officiel du peuple palestinien aux Nations Unies, une affirmation du pouvoir de Mahmoud Abbas, est peut-être une tentative de réaffirmer son autorité aux yeux des acteurs régionaux et internationaux.

Cependant, l’appel à des élections anticipées n’exclut pas totalement la possibilité que Abbas puisse démissionner.

Le mois dernier, les responsables de l’OLP ont rejeté les rumeurs d’une démission de Abbas de l’Autorité palestinienne, bien que l’agence Maan ait rapporté que certaines sources n’en ont pas nié la possibilité, disant que « d’importantes, et peut-être dangereuses décisions » sont susceptibles d’être prises en septembre, coïncidant avec la 70ème session de l’Assemblée générale des Nations Unies.

Pourtant, ces développements pourraient permettre à Abbas de prendre sa retraite sur un fond de légitimité renouvelée, laissant ses alliés politiques lui succéder au pouvoir.

Ces récentes nouvelles ont conduit à des appels renouvelés pour une restructuration radicale de l’OLP et la formation d’un nouveau Conseil national pour assurer la représentation de toutes les forces politiques - factions, partis nationaux et islamiques - en ligne avec l’accord de réconciliation du Caire signé en 2012.

Cela ramène aussi à une autre question qui a hanté la Palestine depuis la création d’Israël en 1948 : qui, ou quelles institutions, représentent le peuple palestinien ?

« L’initiative [des élections anticipées] est légalement et politiquement viciée, et elle est nuisible pour les aspirations du peuple palestinien, lequel veut l’unité et non des divisions supplémentaire », a déclaré Tartir.

« Cette approche permettra non seulement de marginaliser et d’exclure les voix opposées à Abbas, mais aussi de marginaliser et de d’exclure le peuple palestinien dans son ensemble, alors que celui-ci devrait être l’élément central de tout système politique. »

* Imogen Lambert est journaliste à al-Araby Al-Jadeed. Elle est diplômée de l’École des études orientales et africaines de Londres.

Du même auteur :

- Meurtre d’un bébé palestinien : complicité et justice - 2 août 2015
- Le mouvement Hamas met en ligne un site Web de langue anglaise - 20 juillet 2015
- Mohammed al-Daif en charge du renforcement de la résistance - 11 mai 2015

24 août 2015 - Al-Araby al-Jadeed - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.alaraby.co.uk/english/po...
Traduction : Info-Palestine.eu - Lotfallah


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