8 août 2017 - CONNECTEZ-VOUS sur notre nouveau site : CHRONIQUE DE PALESTINE

La corruption endémique dans l’Autorité de Ramallah risque de ternir les relations avec le Vénézuela

lundi 17 août 2015 - 05h:53

Adnan Abu Amer

Imprimer Imprimer la page

Bookmark and Share


Le public palestinien est encore sous le choc de la dernière affaire de corruption de l’Autorité palestinienne (AP).

JPEG - 251 ko
Vénézuela, novembre 2014 - Une centaine d’étudiants palestiniens sont accueillis à l’aéroport de Caracas - Photo : Reuters/Jorge Silva

En novembre 2014 après la guerre israélienne contre Gaza, le Venezuela - sous la présidence de Nicolas Maduro - avait décidé d’attribuer 1000 bourses pour les étudiants palestiniens en médecine.

Le ministère palestinien des Affaires étrangères, le ministère de l’Education et l’ambassade palestinienne au Venezuela ont manipulé la répartition des bourses de façon tellement scandaleuse que les Palestiniens craignent que cela n’affecte négativement leurs relations avec le Vénézuela.

Le scandale a éclaté le 13 juillet, lorsque les autorités vénézuéliennes ont décidé d’expulser des dizaines d’étudiants palestiniens.

Le public palestiniens ont découvert le pot aux roses lorsque 25 étudiants qui résidaient habituellement en Jordanie sont retournés au royaume après avoir été expulsés. Ils ont protesté contre la décision du Venezuela en se rassemblant face à l’ambassade du Venezuela à Amman en juillet.

Certains étudiants se sont comportés honteusement à l’École latino-américaine de médecine à Caracas. Certains apportaient leurs narguilés à l’université, tandis que d’autres assistaient aux cours en pyjama et se plaignaient du logement universitaire. Certains élèves ont également écrit des slogans offensants contre le feu président vénézuélien Hugo Chavez sur les murs de l’université, soulevant une vague d’indignation dans le pays.

Le scandale a incité certains médias palestiniens à accuser les responsables palestiniens de choisir les étudiants de façon malhonnête, car certains des bénéficiaires des bourses étaient liés à des employés de l’AP.

Le 19 juillet, le ministère palestinien de l’enseignement supérieur a fini par faire savoir quelles étaient les exigences pour les bourses du Venezuela. Ceci incluait une moyenne cumulative de 80% ou plus pour les étudiants du secondaire spécialisés dans le domaine des sciences, la prise en compte de la répartition géographique des étudiants palestiniens entre la Cisjordanie, la bande de Gaza et les pays arabes, et la situation financière des candidats.

Al-Monitor a rencontré des difficultés pour joindre des étudiants palestiniens au Venezuela, mais un étudiant contacté qui a souhaité rester anonyme a révélé ses déboires avec la bourse.

« J’ai été surpris que les cours soient limités à la langue espagnole et [incluaient] une introduction à la révolution socialiste au Venezuela », a-t-il dit, ajoutant que les professeurs ont proposé un programme qui met l’accent sur la santé sociale à la place de la médecine, soulevant son inquiétude que « l’éducation [palestinienne] n’était pas compatible avec les normes internationales pour les études de médecine. »

Le 23 juillet, le sous-secrétaire adjoint au ministère palestinien de l’Education, Anwar Zakaria, a admis que certains des bénéficiaires de bourses d’études avaient suivi des études de littérature et non de sciences, et que certains sont allés au Venezuela afin d’y travailler ou pour utiliser le Venezuela comme un passage vers d’autres pays. Zakaria a ajouté que certains étudiants avaient même des notes moyennes en dessous des 80% requis.

L’opposition vénézuélienne a utilisé ce scandale à son avantage quand elle a pris à partie le président le 21 juillet. Bien que le Venezuela soit l’un des plus grands partisans de l’AP, celle-ci s’est totalement déconsidérée par sa mauvaise gestion d’un dossier censé être strictement pédagogique.

Le ministre palestinien des Affaires étrangères Riyad al-Maliki, a essayé d’étouffer le scandale. Dans une déclaration à Maan News le 17 juillet, il a dit que le scandale de corruption était une histoire fabriquée visant à ternir la relation entre le Venezuela et la Palestine. Dans le même temps, al-Maliki a reconnu que certains étudiants sélectionnés ne sont normalement pas admissibles aux bourses vénézuéliennes.

Un haut fonctionnaire du ministère palestinien de l’Enseignement supérieur a déclaré à Al-Monitor, sous condition d’anonymat : « La raison principale derrière le scandale est que plusieurs parties ont supervisé la sélection des étudiants devant recevoir des bourses d’études, comme le Ministère de l’Enseignement Supérieur, l’Organisation de Libération de la Palestine et les ambassades palestiniennes à l’étranger. D’autres raisons sont liées au haut niveau de favoritisme, d’interférences et de corruption. Alors que les étudiants de Gaza manquent de bourses étrangères, l’AP manipule à son avantage les processus de sélection ».

Le responsable a ajouté : « L’ambassade palestinienne au Venezuela a sa part de responsabilité en ayant attribué des bourses à ceux qui ne le méritaient pas. Le processus de sélection n’est pas objectif, mais plutôt fondé sur le favoritisme tandis que certains jouaient de leur influence, comme les dirigeants du Comité exécutif de l’OLP, des membres du Comité central du Fatah et le bureau de l’ex-président Mahmoud Abbas ».

L’agence Palestine Press qui est affiliée au dirigeant du Fatah Mohammed Dahlan, a révélé le 17 juillet que les conditions du Venezuela pour les bourses imposaient que les étudiants aient une moyenne cumulative durant les études secondaires de plus de 80%, que les étudiants soient spécialisé dans les sciences et non dans la littérature, et qu’ils soient plutôt originaires de familles pauvres. Mais, selon des sources de la même agence, les étudiants pauvres ont été victimes des pratiques malhonnêtes de l’AP puisque les bourses d’études leur ont été vendues au prix de 7000 dollars chacune.

Le porte-parole du Hamas Sami Abu Zuhri, a traité le comportement de l’AP concernant les bourses vénézuéliens comme « une manifestation de la corruption et du mépris de l’AP pour les intérêts du peuple palestinien. » Zuhri a déclaré à Al-Monitor : « Le Hamas condamne de telles pratiques qui ruinent les relations palestiniennes avec le Venezuela, un pays ami qui soutient les Palestiniens ».

Le 20 Juillet, le Front Démocratique pour la Libération de la Palestine a demandé à l’Autorité palestinienne de ne pas attribuer les bourses à une seule organisation - une référence au Fatah - et de ne pas faire d’attributions fondées sur le favoritisme, car cela affecte négativement les relations entre les Palestiniens et le Venezuela.

Le Bloc islamique, la branche étudiante du Hamas, a déclaré dans un communiqué à la presse le 21 juillet, que les responsables palestiniens impliqués avaient travaillé comme de véritables courtiers en affaires, privant par la corruption plus de 1000 étudiants des bourses qu’ils avaient méritées.

Le scandale est encore un autre revers à ajouter aux autres difficultés que connaissent les étudiants palestiniens, des milliers d’entre eux rêvant d’accéder à des bourses d’études à l’étranger et d’échapper ainsi au fardeau financier des études universitaires en Palestine.

Le 19 Juillet, l’écrivain de Gaza Mohammed Abu Mahdi parlait amèrement de l’expérience personnelle de son neveu Amjad Abu Mahdi, qui est diplômé de l’école secondaire avec une moyenne de 93%, mais qui n’a pourtant pas obtenu de bourse vénézuélienne, tandis que ceux avec des moyennes plus basses ont pu en avoir.

Il a accusé l’ambassadeur palestinien à Caracas, Linda Sobeh, d’être responsable de l’injustice subie par les étudiants.

Le 23 Juillet, Al-Monitor a assisté à une marche de solidarité à Gaza où des dizaines d’étudiants ont accusé l’AP d’être responsable du scandale des bourses de Vénézuéla. Les étudiants ont demandé qu’il soit mis fin à une situation qu’ils ont décrite comme chaotique.

Ils ont également demandé qu’une commission d’enquête soit formée pour demander des comptes aux responsables du scandale des bourses d’études et que pour soient rétablies de bonnes relations avec le Venezuela.

Dans une période où les Palestiniens attendent vraiment que l’AP les aide, le scandale des bourses d’étude est une nouvelle preuve que le gouvernement n’assume pas ses devoirs. L’AP profite plutôt de l’aide financière et des subventions offertes aux Palestiniens pour remplir les comptes en banques de ses responsables, au détriment des centaines de milliers de personnes défavorisées vivant dans les territoires palestiniens.

JPEG - 4.2 ko

* Adnan Abu Amer est doyen de la Faculté des Arts et responsable de la Section Presse et Information à Al Oumma Open University Education, ainsi que Professeur spécialisé sur l’Histoire de la question palestinienne, la sécurité nationale, les sciences politiques et la civilisation islamique. Il a publié un certain nombre d’ouvrages et d’articles sur l’histoire contemporaine de la Palestine.

Du même auteur :

- La résistance islamique sort meurtrie de la dernière offensive répressive de l’Autorité de Ramallah - 21 juillet 2015
- Comment Israël reconsidère les alliances régionales - 16 mai 2015
- Le Hamas doit-il se préparer à une confrontation armée avec les putschistes égyptiens ? - 19 mars 2015
- La résistance palestinienne resserre ses liens avec l’Iran et le Hezbollah - 8 février 2015
- Khaled Meshaal : « En Cisjordanie, la résistance ne fera que s’amplifier ! » - 20 décembre 2014
- Israël et l’Autorité de Ramallah agissent de concert pour empêcher une explosion en Cisjordanie et à Jérusalem -14 décembre 2014
- Le mouvement Hamas veut renforcer le soulèvement en Cisjordanie - 27 novembre 2014

3 août 2015 - Al-Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.al-monitor.com/pulse/ori...
Traduction : Info-palestine.eu - Lotfallah


Les articles publiés ne reflètent pas obligatoirement les opinions du groupe de publication, qui dénie toute responsabilité dans leurs contenus, lesquels n'engagent que leurs auteurs ou leurs traducteurs. Nous sommes attentifs à toute proposition d'ajouts ou de corrections.
Le contenu de ce site peut être librement diffusé aux seules conditions suivantes, impératives : mentionner clairement l'origine des articles, le nom du site www.info-palestine.net, ainsi que celui des traducteurs.