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Voulant résoudre sa crise financière, l’Université islamique de Gaza abaisse ses critères d’admission

vendredi 31 juillet 2015 - 07h:05

Rasha Abou Jalal

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Dans ce qui semble être une méthode visant à réaliser des bénéfices, les universités dans la Bande de Gaza ont décidé d’abaisser les moyennes d’admission ; une démarche qui néglige les besoins réels du marché de l’emploi.

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Journée de délivrance des diplômes, Université islamique de Gaza - Photo : APA/Mohammed Asad

VILLE DE GAZA, Bande de Gaza – L’université Islamique de Gaza, institution affiliée au Hamas et considérée comme l’une des plus grandes et plus anciennes universités dans la Bande de Gaza, a pris la décision de revoir ses critères d’admission en baissant les moyennes à des niveaux sans précédent pour les nouveaux étudiants admis dans diverses facultés et qui devront commencer au mois de juillet.

Cette décision a déclenché un débat dans le milieu universitaire et parmi les experts économiques, qui se sont interrogés sur les mobiles réels qui ont motivé cette action. Actuellement, le marché du travail à Gaza est fortement saturé et les possibilités d’emploi se font rares pour les milliers de frais émoulus de chaque année.

D’après une étude locale publiée le 24 avril 2013, le marché du travail à Gaza est incapable d’absorber les milliers de diplômés chaque année. Environ 150 000 titulaires de diplôme universitaire ne réussissent pas à trouver un travail.

Le tout récent rapport de la Banque Mondiale a révélé que le taux de chômage dans la Bande de Gaza est le plus élevé sur le plan mondial, avec un chiffre de 43% à la fin de l’année 2014.

Pour l’économiste Mohsen Abu Ramadan, également ancien président du Réseau des Organisations Non gouvernementales Palestiniennes « L’abaissement des critères d’admission à l’Université Islamique a incité les autres universités à lui emboîter le pas et ce, par souci de concurrence et afin d’attirer le plus grand nombre d’étudiants possible.

Ceci n’est pas de bon augure pour le marché du travail de Gaza, » souligne Abu Ramadan qui ajoute : « Ces actions s’inscrivent dans le cadre d’une démarche adoptée par l’Université Islamique afin de faire face à sa crise financière et d’augmenter ses revenus, y compris l’augmentation des frais de scolarité dans les différentes spécialités, sans même tenir compte des besoins du marché de l’emploi. »

L’Université Islamique traverse une crise financière qui l’a poussée à prendre plusieurs mesures d’austérité, notamment la résiliation en mai 2014 des contrats annuels d’une dizaine de professeurs conférenciers, suivie du licenciement en décembre 2014 d’une dizaine d’employés de la chaine de télévision Al-Kitab qui appartient à l’université.

Les autres employés de la chaine qui ont échappé au licenciement ont été obligés de signer des papiers approuvant la réduction de leurs salaires à hauteur de 40% jusqu’à nouvel ordre. En cas de démission ou de licenciement, ces employés n’ont pas le droit de réclamer l’argent auparavant défalqué de leurs salaires mensuels.

Une source de haut niveau du Cabinet de la Fonction Publique, affilié au Hamas, a informé Al-Monitor : « L’abaissement des critères d’admission dans les diverses facultés n’est pas conforme aux intérêts et exigences du marché du travail et augmente davantage le surplus de diplômés dans des spécialités et disciplines qui n’offrent pas assez de postes de travail. Ces démarches interviennent dans une période de crise financière que traverse le gouvernement Hamas qui, pour rappel, n’a pas été capable de payer les salaires de ses employés depuis juin 2014. »

La source, qui a bien évidemment requis l’anonymat pour des raisons de sécurité, a dit que les critères d’admission au sein de l’Université Islamique sont cette année plus « bas et dégradés » par rapport aux années précédentes. « Presque sept ans auparavant, le pourcentage moyen requis pour entrer dans le département de génie était 90%. Il a commencé un déclin graduel jusqu’à ce qu’il soit fixé à 80% cette année, » a précisé la source.

Il a expliqué que l’université aspire à drainer le plus grand nombre possible d’étudiants vers le département de génie dans le but d’augmenter ses ressources financières. D’après la même source, l’université agit de la sorte alors que le marché n’a plus besoin d’ingénieurs, en indiquant que pour faire face à la saturation du marché, il faudrait augmenter la moyenne requise pour l’accès à ce département et non pas le contraire.

Dans une déclaration faite à la presse le 8 juillet dernier, le Syndicat des Ingénieurs à Gaza a tenu à dissuader les étudiants de s’inscrire dans cette spécialité car le domaine connait une surabondance d’ingénieurs.

Par ailleurs, le syndicat a exhorté les universités palestiniennes à arrêter l’enseignement de cette spécialité, ou alors de redresser la moyenne d’admission à 90%. Il a ajouté qu’il existe quatre universités dans la Bande de Gaza qui enseignent la technologie et forment environ 800 étudiants chaque année, alors que les besoins du marché ne dépassent pas les 50 ingénieurs, ce qui fait du nombre restant un fardeau pour la société.

Pour la source du Cabinet de la Fonction Publique, la situation que connait la spécialité technologie et génie est la même dans les autres disciplines car le nombre non réglementé des étudiants universitaires dans chaque spécialité ainsi que le fait de ne pas tenir compte des exigences et besoins du marché inondent le marché. La source a ajouté que les titulaires de diplômes universitaires comptent sur la possibilité de trouver un emploi au sein du gouvernement mais au fil des années, pas plus de 2% des candidats aux différents postes de la fonction publique ont été recrutés.

D’après la source, « En 2013, environ 13 000 diplômés universitaires ont passé l’examen du service civil, alors que les places disponibles ne dépassaient pas 1176 postes, à l’exception du secteur de l’éducation. Notre source a indiqué que « Le nombre de candidats travaillant dans le secteur de l’éducation pour la même année était estimé à 25.000 diplômés universitaires, et seulement 500 d’entre eux ont décroché les postes. En 2014, les emplois offerts par le gouvernement n’ont pas dépassé 180 places pour ces universitaires. »

La source accuse les universités et le Ministère de l’Education et de l’Enseignement Supérieur de faire fi des besoins réels du marché de travail en matière de disciplines et spécialités requises avant de prendre la décision d’abaisser les critères et moyennes d’admission dans les diverses facultés. La source précise que pour réduire le taux du chômage, les étudiants doivent être dirigés vers l’enseignement technique et professionnel, considéré comme une spécialité naissante dans la Bande de Gaza.

Pour sa part, Alian al-Houli, vice-président des affaires académiques de l’université Islamique, a, dans une déclaration faite à l’agence de presse Alray attribué la décision d’abaissement des critères d’admission à l’université au nombre croissant des établissements scolaires et universitaires. « Dans la Bande de Gaza, il existe huit universités et plus de 20 collèges universitaires, ce qui a incité l’Université Islamique à revoir à la baisse ses critères d’admission, » a-t-il expliqué.

Interrogé par Al-Monitor, Khalil Hammad, directeur de l’enseignement supérieur au Ministère de l’Education a répondu : « Le Ministère tient compte de la saturation de l’emploi dans les différentes spécialités. Mais en même temps, il ne peut ni interrompre l’enseignement dans toutes les disciplines universitaires, ni obliger les universités à augmenter les critères d’admission à leurs différents collèges et facultés. Le Ministère invite les universités à créer un équilibre entre les besoins académiques et les besoins du marché de l’emploi, » soulignant que la meilleure solution pour faire face au surplus de diplômés est de se diriger vers les différents pays Arabes. »

S’agissant du renforcement de la tendance qui prévaut dans l’enseignement professionnel et technique, Hammad a souligné que son « ministère fait de son mieux pour orienter un groupe d’étudiants vers l’enseignement professionnel et qu’il faut du temps pour obtenir les résultats escomptés. »

Ces pratiques éducatives mal inspirées exacerbent le problème du marché du travail palestinien. Ces pratiques n’offrent que deux options aux étudiants titulaires de diplômes universitaires, à savoir émigrer pour chercher un travail à l’étranger ou rester à Gaza et survivre à une réalité économique dure et amère.

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* Rasha Abou Jalal est écrivain et journaliste à Gaza, spécialisée dans les nouvelles politiques, les questions humanitaires et sociales liées à l’actualité.

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26 juillet 2015 – Al Monitor – Vous pouvez consulter cet article en anglais à
http://www.al-monitor.com/pulse/ori...
Traduction : Info-Palestine.eu - Niha


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