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Avec à peine 3% de son eau qui est potable, Gaza envisage le dessalement de l’eau de mer

mardi 9 juin 2015 - 06h:31

Mohammed Othman

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VILLE DE GAZA, Bande de Gaza – Fethiya Deeb vit dans le camp de réfugiés al-Shati, situé à l’ouest de la ville de Gaza. Elle se plaint de la salinité élevée de l’eau qui provient des puits que la municipalité de Gaza utilise pour alimenter les foyers.

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Ville de Gaza, le 11 août 2014, profitant du cessez-le-feu de 72 heures, des jeunes Palestiniens ayant fui leurs quartiers durant l’offensive Israélienne de l’été dernier cherchent l’eau dans un fut après leur retour à leurs maisons détruites dans la région de Beit Hanoun - Photo : Reuters/Siegfried Modola

Se confiant à Al-Monitor, Deeb a exprimé son besoin, ainsi que celui de sa grande famille de 17 membres « de grandes quantités d’eau au quotidien. » En précisant : « Mais l’eau salée qui ressemble à l’eau de mer est tout ce que nous recevons. Par conséquent, nous sommes contraints, la plupart du temps, d’acheter l’eau potable que nous pourrons ensuite utiliser pour divers besoins. »

Les habitants de la Bande de Gaza souffrent de la mauvaise qualité de l’eau des ménages. Pour Mazen al-Banna, ingénieur et vice-président de l’Autorité Palestinienne de l’Eau dans la Bande, la situation de l’eau dans à Gaza est très difficile et compliquée en raison, notamment, des sources d’eau limitées et de la petite superficie de Gaza, estimée à environ 365 km2 (141 milles carrés.)

Gaza représente moins de 1.4% de la superficie de la Palestine, mais abrite deux millions de personnes, soit 17% de la population Palestinienne.

« Plusieurs secteurs à Gaza, y compris l’eau, la terre, l’agriculture, l’air et autres éléments environnementaux sont presque épuisés. La consommation et la taille de la population ne correspondent plus aux ressources et éléments naturels disponibles dans la Bande, » explique Banna à Al-Monitor.

D’après lui, les aquifères sont la principale source d’eau dans la Bande de Gaza et couvrent 98% de la consommation publique. « La seconde source d’eau est la compagnie nationale des eaux israélienne, connue sous le nom de Mekorot. Elle approvisionne la Bande avec 5 millions m3 par an, payés par l’Autorité Palestinienne. Cette quantité atteint les zones Est de Khan Younis et les zones centrales dont le sol est pauvre en nappe phréatique, ou alors l’eau est salée et par voie de conséquent, son utilisation devient impossible, » affirme Banna.

Les ressources en eau limitées dans la Bande de Gaza et la pollution de certaines sources disponibles ont conduit à une baisse dans la répartition journalière de l’eau pour les habitants de Gaza. Ahmed Hillis, chercheur dans le secteur de l’eau a indiqué que l’individu Gazaoui reçoit moins que ce que préconise l’Organisation Mondiale de la Santé pour qu’un citoyen soit en bonne santé.

Il ajoute : « Cette pénurie sévère n’a fait que s’aggraver depuis quelques années déjà, due essentiellement à une population croissante, d’une part, et à des secteurs d’eau et d’assainissement sous-développés. Ceci a provoqué un autre problème majeur, à savoir la détérioration de la qualité de l’eau à cause de l’eau de mer qui pénètre dans les aquifères, lesquels sont épuisés. La Bande de Gaza compte plus de 6000 puits, dont la plupart sont sans licence…Les aquifères ont été contaminés par l’infiltration des eaux usées car les infrastructures censées les évacuer sont vétustes ou avaient été détruites durant les guerres, l’absence d’un développement intégral et complet, l’implantation par les citoyens des puits absorbants et l’usage excessif des produits chimiques pour fertiliser le sol et pour exterminer les parasites agricoles. Les produits chimiques finissent par s’infiltrer dans la nappe phréatique. »

La pollution de l’eau et l’épuisement des aquifères ont conduit à une grave pénurie en eau potable dans la Bande de Gaza.

Pour sa part, Munther Shiblak, directeur général de l’Office des Eaux des Municipalités de la Côte de Gaza [Coastal Municipalities Water Utility], a souligné que 97% de l’eau de Gaza est impropre à la consommation humaine, et que la production des aquifères ne dépasse pas 55 millions m3 par an. « Le besoin annuel de la Bande de Gaza est d’environ 180 millions m3 [146.000 acre-pieds] destinés à l’usage domestique et agricole. Le déficit annuel est estimé à 100 millions m3 . L’épuisement et l’assèchement de la nappe phréatique a permis à l’eau de mer de s’infiltrer dans le sol pour combler le manque et, de ce fait, se mélanger avec les petites quantités d’eau utilisables, augmentant ainsi la salinité de l’eau que les ménages et les terres reçoivent. Les puits situés à proximité de la côte enregistrent une hausse considérable de la teneur en chlorure, environ 1.500 mg/litre dans certains cas, sachant que la quantité ne doit pas dépasser 250mg/litre. »

Shiblak a ajouté que les eaux usées non traitées et l’usage inadéquat des pesticides constituent les facteurs majeurs de l’augmentation de la pollution. « Selon les normes internationales, la teneur en nitrate doit se situer entre 50 et 70 mg/litre, toutefois, dans la Bande de Gaza, le nitrate atteint cinq fois ce niveau, » a précisé l’ingénieur.

D’après lui, l’Office des Eaux des Municipalités de la Côte de Gaza dont la responsabilité est de trouver des sources d’eau pour la population gazaouie est actuellement en train de chercher une source d’eau alternative. « Le choix tend vers le dessalement de l’eau de mer. Financée par Austrian Development Cooperation, une station a été, à cet effet, mise en place en 2003 pour approvisionner la population de la région centrale de la Bande de Gaza. La capacité de production de la station est passée de 600 à 2600 m3/jour au début de 2013 et ce, suite à une subvention accordée par la Banque de Développement Islamique [Islamic Development Bank]. Nous sommes en train de chercher un financement supplémentaire afin d’atteindre une capacité de production de 5000 m3/jour. »

De nombreux projets de stations de dessalement de l’eau de mer sont en cours de réalisation dans plusieurs villes de la Bande de Gaza, et leur exploitation qui alimentera des centaines de milliers de citoyens est prévue pour l’année prochaine. Toutefois, relève Shiblak, ces projets et leur réalisation restent dépendants des conditions de vie et des conditions politiques que traverse Gaza.

Il explique : « Hélas, beaucoup de projets ne seront pas finalisés étant donné la situation politique actuelle et les coupures d’électricité répétées lorsque nous savons que l’énergie électrique est le moteur de ces stations. »

Les citoyens gazaouis sont pris dans la tourmente du manque d’options pour l’alimenter avec de l’eau potable, notamment avec la détérioration du secteur de l’eau dans la Bande. Les nouvelles options sont, quant à elles, soumises à plusieurs facteurs, y compris le financement international, les politiques internes et surtout, l’efficacité de la compagnie chargée de la distribution de l’eau potable.

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* Mohammed Othman est un journaliste de la bande de Gaza. Il est diplômé de la Faculté des médias au département de la Radio et de la Télévision à l’Université Al-Aqsa, à Gaza en 2009.

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31 mai 2015 – Al Monitor – Vous pouvez consulter cet article en anglais à :
http://www.al-monitor.com/pulse/ori...
Traduction : Info-Palestine.eu - Niha


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