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Promouvoir la résilience dans les écoles palestiniennes

mercredi 20 mai 2015 - 15h:11

Samah Jabr

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En Palestine, les enfants sont tout particulièrement exposés aux risques et dangers, notamment à cause de l’occupation qui rogne tous les aspects de la vie Palestinienne.

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Des élèves dans une école de la Vallée du Jourdain - Photo : ActiveStills.org

Ali, âgé de 8 ans, souffre d’allergies qui lui causent des écoulements nasaux fréquents. Ayant épuisé tous ses mouchoirs pendant le cours, il a demandé à ses camarades de classe s’ils en avaient mais l’enseignant l’a sermonné « Tu as toujours ce nez qui coule ! » Outre sa réprimande, l’enseignant a interdit aux autres élèves de donner des mouchoirs à Ali, comme ça, il n’oubliera plus d’en apporter. Le garçon a, de ce fait, passé le restant de la journée à couvrir son nez et à s’essuyer avec sa main.

Raghad, 16 ans, est passée par une période sévère de dépression nerveuse. Elle a réussi à surmonter son découragement et sa démoralisation et est retournée à l’école. La semaine passée, l’établissement scolaire avait organisé une sortie pour faire un pique-nique sous le doux soleil printanier. Toutefois, Raghad en a été exemptée car elle était une malade souffrant de troubles psychiatriques nécessitant la prise de médicaments.

Âgé de 15 ans, Mohamed est un jour arrivé à son école pour garçons en train de mâcher un chewing-gum. Cette scène n’a pas échappé à son professeur de sport qui a interrompu la partie qui se déroulait sur le terrain de jeu de l’école. Pointant Mohamed du doigt il a lancé à ses élèves : « Hé les gars ! Regardez cette jeune fille qui est arrivée ici par erreur ! » Tous les autres élèves ont éclaté de rires.

Ces cas, dont les noms et identités ont bien évidemment été changés, représentent des histoires réelles qui ne sont malheureusement pas des cas hors du commun ou bien exceptionnels et extrêmes. Il faut dire que nous, Palestiniens, sommes particulièrement exposés à beaucoup de risques en Palestine même si, de façon générale, des expériences douloureuses similaires de risques, d’humiliation et de honte peuvent survenir n’importe où et contre n’importe qui. A la lumière d’une occupation qui continue indéfiniment, notamment dans les régions où les populations ont été persécutées par la violence politique, les gens développent des comportements peu aimables, désobligeants et cruels envers les autres, surtout dans les cas où les cibles sont faciles et dans les relations hiérarchiques comme l’enseignant et son élève. L’oppression de ce genre est proportionnelle à l’intensité de la tyrannie de l’occupation.

Il est évident que même nos enseignants peuvent souvent se sentir humiliés, frustrés et usés, voire même sur le flanc. Avec cet état d’esprit, les enseignants ne peuvent pas faire preuve d’empathie et de compréhension envers des jeunes élèves possédant un éventail complet de sentiments humains et qui, contrairement aux adultes, sont assez fragiles pour être facilement brisés par des moqueries impitoyables.

Ali et Mohamed ont non seulement été exposés aux paroles humiliantes des enseignants, mais aussi aux camarades de classe qui ont été délibérément empêchés de les soutenir en affichant la gentillesse et la compassion nécessaires dans de pareilles situations.

Les enseignants ont joué sur les rapports sociaux reliant Ali et Mohamed à leurs camarades du même âge, réduisant ainsi les liaisons et l’interdépendance existantes avec leurs pairs.

Nous pouvons ainsi extrapoler de telles expériences d’isolement sur la société élargie, des pratiques qui tendent à dissocier les enfants vulnérables et persécutés et leurs semblables d’une réalité où ils devront jouer une rôle clé et majeur au sein de leur communauté.

Nous devons nous rappeler et garder à l’esprit que le rôle des écoles ne se limite pas uniquement à l’apprentissage et au développement des connaissances et compétences, mais aussi et surtout au modelage et à la formation de l’identité personnelle, du développement social et émotionnel et des attitudes et comportements envers soi-même et envers les autres.

En Palestine, il y a un besoin urgent de développer une pédagogie qui promeut le bien-être, la résilience et l’empathie. Nous devons aider nos étudiants à cultiver la solidarité et la compassion sans oublier le développement de l’esprit critique. Il est dans notre devoir d’aider les enfants à faire croître différentes façons d’expression personnelle et leur apporter ce soutien qui leur permettra de s’exprimer et d’exprimer leurs idées librement sans qu’ils ne se sentent menacés ou marginalisés.

En Palestine, les enfants courent de grands risques, notamment à cause d’une puissance occupation qui rogne tous les aspects de la vie Palestinienne : elle démolit les maisons, humilie les parents, arrête les enfants et dissipe leurs rêves et opportunités. Néanmoins, un environnement scolaire adéquat peut apporter à ses étudiants de précieux et inestimables outils qui les soutiendront et leur permettront d’affronter leur réalité. L’école possède le pouvoir de faire naitre l’espoir et l’espérance pour la liberté et la promesse d’une évolution sociale qui conduira à leur propre libération et à celle de leur nation.

La libération, qu’elle soit une perspective ou une approche, est l’affaire de tous. Elle s’applique à tous les aspects de la vie et à toutes les circonstances. Toutefois, la libération ne peut en aucun cas être obtenue et accomplie dans un contexte emprunt d’une oppression personnelle et institutionnelle tolérée, ou de l’acceptation de symboles ou de systèmes d’autorité dans les écoles qui perpétueront l’oppression au cœur même de l’école. Ces écoles imposent le respect au moyen d’une force brutale en assassinant la nature et la personnalité des élèves et en détruisant leurs initiatives et l’estime de soi de chacun, avec des cycles de honte.

Face à un tel constat, nous ne pouvons pas militer avec ferveur pour nous émanciper de l’occupation tout en étant vexés par rapport aux remarques et observations que nous faisons ou recevons au sujet de l’oppression qui nous provient de l’intérieur. avec la réforme de nos écoles et la mise en place d’un environnement de soutien dans lequel ils se sentiront en sécurité, nos enseignants réussiront à leur tour à fournir le même environnement de soutien à nos enfants. Ce sont là les défis qui méritent d’être sérieusement pris en considération par nos décideurs, nos chercheurs et nos éducateurs. Nous avons entre nos mains une chance de transformer l’oppression en opportunité et de placer tous ceux qui se trouvent actuellement exposés aux grands risques dans un avenir totalement différent, un avenir riche en promesses et en espoir.

*Samah Jabr est jérusalémite. Elle est psychiatre et psychothérapeute et exerce en Palestine occupée.

De la même auteure :

- Samah Jabr : les « traumatismes cachés » de la vie sous occupation - 24 décembre 2014
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16 mai 2015 – Palestine Chronicle – Vous pouvez consulter cet article en anglais à :
http://www.palestinechronicle.com/a...
Traduction : Info-Palestine.eu - Niha


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