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L’occupant fait de chaque civil une cible légitime

dimanche 17 mai 2015 - 07h:47

Neve Gordon

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Il y a quelques mois, une jeune femme travaillant dans les champs de carottes du Kibboutz Dorot a remarqué un morceau de papier sur le sol ; le papier comportait une courte inscription en arabe.

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21 juillet 2014 - C’est toute la famille Abu Jamea, soit 17 personnes, qui a été massacrée dans un bombardement israélien à Khan Younis - Photo : Hatem Al/AP

Elle mit le morceau de papier dans sa poche. Quelque temps plus tard, elle le donna à son ami Avihai, qui travaille pour Breaking the Silence, une organisation d’anciens militaires, cette organisation recueille les témoignages de soldats israéliens pour fournir un enregistrement de la vie quotidienne dans les Territoires Occupés Palestiniens.

Avihai s’occupait alors d’interviewer les soldats sur leurs expériences pendant l’opération « Bordure Protectrice, » lors de l’attaque israélienne contre la Bande de Gaza l’été dernier. Il reconnut le morceau de papier comme étant un tract lâché par un avion israélien au dessus des quartiers palestiniens, dans la zone nord de la Bande ; le vent avait transporté le tract à plus de 9 kilomètres de l’endroit initialement prévu.

Ce tract permet d’expliquer pourquoi 70 % des 2220 palestiniens tués durant l’attaque étaient des civils. Sur la carte, une ligne rouge trace une route à partir d’une zone bleu-clair, sur laquelle on peut lire Beit Lahia, une ville palestinienne de 60 000 habitants dans la bordure nord de la Bande de Gaza, la ligne se poursuit vers le sud via Muaskar Jabalia et jusqu’à Jabalia City. On peut lire sur le tract :

Notification militaire pour les résidents de Beit Lahia

L’armée israélienne va s’engager dans des opérations aériennes fermes et radicales contre les éléments terroristes et les infrastructures, dans les zones de lancement des roquettes contre l’État d’Israël. Ces zones se trouvent :

A l’Est de la rue d’Atatra vers Salatin. De l’Ouest [illisible] vers le camp de Jabalia.

Vous devez évacuer vos domiciles immédiatement et vous diriger vers le sud de la ville de Jabalia le long de la route suivante :

Route de Falluja, jusqu’à samedi 13 Juillet 2014 à midi.

L’armée israélienne n’a l’intention de nuire ni à votre famille ni à vous. Ces opérations sont temporaires et seront de courte durée. Cependant, toute personne qui violera ces instructions et n’évacuera pas immédiatement son domicile mettra sa vie et celle de sa famille en danger. Ceux qui prendront garde seront épargnés.

Yehuda Shaul, fondateur de Breaking the Silence, m’informa que le sens de ce tract ne pouvait être compris sans la lecture du nouveau rapport de l’organisation. Ce rapport contient 111 témoignages rapportés par 70 soldats qui ont participé au combat.

A partir de ces témoignages, une chose apparaît clairement : pour l’armée israélienne, une fois les tracts envoyés, toute personne qui refusera de se déplacer sera considérée comme une cible autorisée.

Q : Vous avez dit que vous saviez que le quartier devait être vide de civils ?

R : Oui. C’est ce qu’ils nous ont dit...ils nous ont dit que les civils ont été informés grâce à des tracts éparpillés dans les quartiers, qu’ils devaient être vidés des civils et que ceux qui y resteront auront apparemment choisi d’y rester.

Q : Qui vous a dit ça ?

R : Les commandants lors des briefings ou lorsqu’ils n’étaient pas enregistrés.

L’armée israélienne peut techniquement confirmer si les gens ont effectivement quitté leurs maisons mais le refrain servi de façon récurrente est qu’il « ne devrait plus y avoir de civils dans la zone ».

L’invasion terrestre a commencé le 17 Juillet, elle a été limitée de manière générale à un rayon d’environ 1.6 km de la frontière. Un soldat de l’infanterie déployée dans Beit Lahia ou aux alentours a décrit un incident typique :

A un moment, j’ai regardé vers une place et j’étais sûr que j’avais vu quelque chose bouger. Je l’ai peut-être imaginé, un rideau bougeait, je ne sais pas. J’ai alors dit : « je vois quelque chose bouger, » j’ai demandé [la permission] pour ouvrir le feu contre cet endroit, et j’ai ouvert le feu et [les autres soldats] le frappèrent d’un tir de barrage ...

Q : Quelles étaient les règles d’engagement ?

R : Il n’y avait pas vraiment de règles d’engagement ... Ils nous ont dit : « Il ne devrait y avoir aucun civil. Si vous repérez quelqu’un, tirez. »
Que la personne soit une menace ou non n’était pas la question ; ça me semblait logique. Si vous tirez sur quelqu’un à Gaza, c’est cool, ce n’est pas grave. D’abord, il s’agit de Gaza, ensuite, c’est la guerre. Ça aussi nous a été clarifié – ils nous ont dit : « N’ayez pas peur de tirer » et ils ont été clairs sur le fait qu’ils n’y avaient pas de civils qui n’étaient pas impliqués.

On peut prudemment avancer que la plupart des civils qui sont morts ne furent pas tués par les troupes d’infanterie. L’armée israélienne a pour credo d’essayer de garantir un risque zéro pour ses troupes. La région a été « sécurisée » par l’artillerie pendant neuf jours avant d’envisager de l’envahir par les forces terrestres. Avions, hélicoptères et drones (bien que l’armée israélienne refuse de reconnaître l’utilisation de drones tueurs) ont bombardé la région depuis les airs, il y avait de lourds tirs d’artillerie depuis l’intérieur d’Israël. Comme l’a rapporté un soldat :

Nous savions, quand nous y sommes arrivés le vendredi, qu’il ne devait y avoir personne dans la région puisque des tracts ont été distribués et aussi, parce qu’il ne restait plus grand chose dans la zone. Le corps d’artillerie et les forces de l’air avaient vraiment nettoyé l’endroit.

La doctrine du risque zéro de l’armée israélienne a été développée grâce à Asa Kasher, professeur émérite de philosophie à l’Université de Tel Aviv et l’un des auteurs du code éthique de l’armée israélienne. Kasher interprète la théorie de la guerre juste et du droit international humanitaire selon une hiérarchisation de la protection : les civils israéliens doivent être protégés à tout prix, ensuite les soldats de l’IDF, ce n’est qu’après que la population civile ennemie est considérée dans l’équation.
« Quand il est impossible d’accomplir une mission militaire sans mettre en danger la vie des voisins non-terroristes d’un terroriste » écrit Kasher dans l’éthique de la bordure de protection, « dans ce cas, on doit montrer dans la mesure du possible de la compassion sans faire avorter la mission ni augmenter le risque pour les soldats israéliens ».

Quand les troupes se préparaient à entrer dans Gaza, les officiers d’artillerie et du renseignement ont déterminé quelles cibles devaient être éliminées avant l’invasion terrestre : les immeubles de haute taille surplombant la voie d’incursion, par exemple, et les endroits d’où des roquettes avaient été lancées sur Israël. Un soldat a parlé d’un officier de haut rang qui étudiait une photo aérienne sur laquelle les objectifs ont été entourés avant de pointer du doigt plusieurs autres maisons palestiniennes et donner l’ordre à l’officier d’artillerie de les détruire également.

L’armée israélienne a tiré 34 000 obus d’artillerie pendant l’attaque ; elle a tiré 12.000 fumigènes, 3000 fusées éclairantes et 19 000 charges explosives. Avec l’obusier américain Howitzer 155 millimètres, un tir est considéré comme précis quand l’obus tombe dans un rayon de 100 mètres de la la cible. Les éclats d’obus peuvent tuer dans un rayon de 50 mètres et blesser une personne dans un rayon de 100 mètres.

Il y a cette impression que nous savons comment faire les choses avec précision, comme si l’arme utilisée n’importe pas ... Mais non, ces armes peuvent frapper 50 mètres à droite ou 100 mètres à gauche, et c’est le problème. Ce qui se passe en pratique, c’est que le bombardement continue pendant 7 jours consécutifs.

L’officier d’artillerie doit s’assurer que la cible se trouve à une certaine distance des sites sensibles, tels que les installations de l’ONU, les écoles, les cliniques et les hôpitaux. Ces distances ne sont pas fixées mais déterminées selon les termes de l’IDF par « des niveaux d’activité ». Si par exemple, le niveau d’activité est égal à un, alors la cible d’un projectile de 155 mm ne peut pas se trouver à moins de 500 mètres d’une école. Mais si le niveau d’activité passe à trois, le rayon de sécurité est considérablement réduit. Un officier explique :

Le premier niveau signifie que vous pouvez effectuer des tirs d’artillerie jusqu’à une certaine distance des civils, ou d’un endroit où vous pensez que des civils pourraient probablement s’y trouver ... pour les avions de combat et les plus grandes bombes, d’une tonne ou d’une demi-tonne, c’est défini verbalement … en tant que « Faible niveau de dommages attendus pour les civils ». Ensuite vient le niveau deux. Il n’y a pas de changement dans le cas de tirs de mortiers. Pour l’artillerie, la distance vis a vis des civils diminue. Concernant les avions, on parle de « dommages modérés pour les civils » ou de « dommages modérés attendus pour les civils » ou encore de « dommages collatéraux modérés », quelque chose dans ce sens.

Tout ceci revient à quelque chose d’indéfini, quelque chose qui est fonction de l’appréciation du commandant et de son humeur ; nous décidons nous mêmes de ce que signifie modérés. Pour le troisième niveau, [l’intervalle de sécurité par rapport aux civils] est divisé de moitié pour l’artillerie. Je ne parle pas des avions avec lesquels il y a déjà des dommages importants, considérés comme acceptables, c’est là la définition.

Nous nous attendons à un niveau élevé de dommages infligés aux civils. C’est comme si c’était acceptable selon notre optique, parce que nous nous trouvons dans un niveau trois. Ils ne nous précisent pas de niveau spécifique, ce dont je me souviens clairement. C’est laissé au commandant.

Selon un autre soldat, les niveaux d’activité reflètent « le degré de dommages collatéraux autorisés ». [Ils] reflètent les moyens que nous sommes autorisés à utiliser, et la distance que nous devons garder par rapport aux endroits sensibles lorsque nous tirons. Ils renvoient à beaucoup de paramètres concernant le début des tirs.

Il peut y avoir de nombreuses raisons pour changer de niveau d’activité. Certaines sont liées à l’intensité du combat. Quand Hamas a fait exploser un véhicule de transport blindé à Shuja’iyya tuant 7 soldats israéliens, le niveau d’activité a changé immédiatement :

Il y avait beaucoup, beaucoup de cibles qui [n’ont pas été attaquées] parce qu’elles n’étaient pas conformes à la politique de tir, après Shuja’iyya par exemple, certaines cibles ont soudainement été autorisées. Le genre de cibles problématiques se trouvant à une certaine distance des écoles ont soudainement été autorisées.

Le niveau d’activité peut également changer en raison de renseignements spécifiques, ou simplement par ce que les seules cibles restant ne se trouvent pas dans le rayon autorisé par le niveau 1, parce que le « compte en cibles » a été épuisé.

« Hamas fait pression pour afficher la victoire », c’est l’expression usuelle … une expression obligatoire utilisée à la fin de chaque manche [de combat]. [On dit] que les délégations se trouvent au Caire, ou en route vers le Caire, ou arriveront bientôt au Caire. Mais le combat se poursuit, et même si vous croyez qu’il va prendre fin – vous devez agir comme s’il ne s’arrêtera pas. Voilà pourquoi vous augmentez d’un niveau, afin de retourner la menace mais aussi pour faire une démonstration de force. Ainsi, il est possible que la cible soit autorisée si elle est justifiée, s’il y a une bonne raison, s’il s’agit d’une cible importante ou s’il existe une bonne chance de la frapper de sorte que ça satisfera l’opinion israélienne tout en desservant les palestiniens. Ça endommagera les capacités de tirs de roquettes du Hamas et du Jihad islamique ou celles d’autres organisations ...

Q : Est-ce qu’un dommage collatéral signifie uniquement dommage corporel ou bien aussi dégâts matériels ?

R : Dommage corporel

Q : Les biens matériels ne comptent pas du tout ?

R : Non en ce qui concerne les niveaux – les niveaux sont pratiquement binaires. Ce sont les niveaux des dommages collatéraux et le classement se fonde sur les vies humaines uniquement.

Après l’attaque de 2006 contre le Liban, l’IDF a réalisé que son commandement strictement hiérarchique a gêné l’effort de guerre. L’idée, aujourd’hui commune dans l’armée US également, est de créer un réseau d’unités interconnectées et décentralisées avec une grande autonomie afin de prendre des décisions exécutives. Selon les termes du général Stanley McChrystal, qui a dirigé le Joint Special Operations Command de 2003 à 2008 : « pour vaincre un ennemi, nous devons devenir nous-mêmes un réseau ».

Chaque unité est constituée d’officiers de différentes branches – infanterie, artillerie, armée de l’air, renseignement militaire, services secrets – qui travaillent ensemble sur la base d’informations et de stratégies communes. Le mode de fonctionnement de l’IDF est classé, mais il semble qu’il inclut deux principales unités : les « unités d’attaque » et les « unités d’assistance ». Les unités d’attaque incluraient les « unités de chasse » qui ont pour but de traquer les militants palestiniens et les assassiner. Il y aurait également des « unités de pêche » dont la fonction est de surveiller une zone particulière afin de déterminer quel est le « gros poisson » qui s’y trouve. Il existe encore des « unités de l’immobilier » qui identifient et surveillent les bâtiments et les installations stratégiques afin de les détruire le moment venu, si nécessaire.

On a demandé à un soldat qui faisait probablement partie d’une « unité d’attaque » ce qui arrive quand le « compte en cibles » est épuisé, i.e. si l’IDF attaque les maisons des militants de Hamas de rang inférieur, quand les cibles de niveau supérieur ont été éliminées. Le soldat a répondu :

Absolument. Vous commencez à combattre avec une « liste de cibles » très claire, vous voyez, constituée après une longue période de temps, il y a aussi des unités dont les objectifs sont d’indiquer de nouvelles cibles, en temps réel. Quand nous commençons à manquer [de cibles], alors nous déclenchons des frappes sur des cibles qui sont de niveau supérieur sur le plan des dommages collatéraux et nous faisons de moins en moins attention à la question. Mais il existe également toutes sortes d’efforts visant à recueillir des renseignements précisément pour l’établissement de nouvelles cibles, par exemple, quelles zones sont utilisées pour le lancement [de roquettes ou mortiers vers Israël], les statistiques concernant le lieu de lancement des roquettes ou des mortiers. [les coordonnées] sont calculées de façon assez précise et sont utilisées pour essayer de trouver où des infrastructures de lancement de roquettes pourraient se trouver. Vous dites alors : « OK, je frapperai ce morceau de terrain, parce que chaque matin à 7 heures, 10 obus de mortier sont tirés à partir de là ».

Après l’attaque d’artillerie de neuf jours contre la Bande de Gaza, les troupes y pénétrèrent. Selon les témoignages, chaque corps d’infanterie était accompagné par un bataillon de chars, un bataillon du génie et plusieurs bulldozers D9, ils avaient aussi de l’artillerie de réserve à disposition, des actes continus de reconnaissance étaient communiqués aux soldats sur le terrain par le biais d’une unité d’assistance. Selon les soldats, les troupes avaient pour instruction de tuer toute personne à portée. Avant qu’ils ne pénètrent dans les maisons palestiniennes, un char tire un obus afin d’ouvrir la voie ou bien les soldats utilisent des lance-missiles portatifs. Toute personne à l’intérieure de la zone ciblée est alors neutralisée et ainsi, incapable de surprendre les troupes. Une fois à l’intérieur, tout mouvement à l’extérieur est considéré comme suspect.

Plusieurs soldats ont tout d’abord déclaré qu’il y eut des discussions concernant leur comportement à l’intérieur des maisons palestiniennes occupées. Lors des briefings, les soldats ont reçu l’ordre de ne pas piller ni saccager, certains ont fait valoir qu’ils ne devraient pas dormir non plus sur les matelas ni utiliser les cuisinières pour faire du café. D’autres n’étaient pas d’accord :

Je me représentais la famille de retour dans sa maison et la trouvant complètement ruinée, les fenêtres détruites, les sols arrachés et les murs explosés par les grenades ; et ils auraient dit : « ces fils de p. ont mangé mes céréales, je n’arrivais pas à le croire ». Impossible. Ils se ficheront pas mal qu’on se serve de leurs fourneaux et de leur cuisine. Ce sont des foutaises, selon moi. Je ne crois pas que ce genre de dilemme soit si compliqué.

Beaucoup d’autres ont commencé à comprendre que les dilemmes éthiques soulevés lors des briefings étaient une farce :

Pour nous, nous allions entrer dans une maison et nous y comporter en gentils garçons avec les meilleures manières et alors un D9 [bulldozer blindé] apparaîtra et rasera la maison. Nous avions compris assez rapidement que chaque maison que nous abandonnerions sera rasée par un D9. Le quartier où nous nous trouvions était caractérisé, sur un plan opérationnel, par le fait qu’il permettait une vue de toute la zone [barrière frontalière entre Gaza et Israël] ainsi que quelques villes [israéliennes] frontalières. Au sud et dans certaines parties Est de Juhar Ad-Dik, nous avions vite compris que les maisons ne resteront pas debout … A un certain moment, nous avions vu qu’il existait un scénario : vous quittez une maison et la maison disparaît ; après deux ou trois maisons vous vous imaginez qu’il s’agit d’un modèle répétitif. Le D9 arrive et la rase.

Voilà la doctrine Dahiya en action, appelée ainsi en référence au quartier de Beyrouth transformé en décombres par Israël en 2006. Selon Gabi Siboni de l’Institut des Études de Sécurité Nationale de Tel Aviv, l’IDF doit

agir immédiatement, de façon décisive et avec une force disproportionnée par rapport aux actions de l’ennemi et à la menace qu’il représente. Une telle réponse vise à infliger des dommages et sanctionner de manière à générer des processus de reconstructions coûteux et longs. Les frappes doivent être effectuées aussi rapidement que possible et doivent donner la priorité aux dommages matériels plutôt qu’à la recherche des lanceurs de roquettes.

Selon le rapport Goldstone de 2009 sur l’opération Plomb Durci à Gaza, la nature essentielle de la doctrine est « la destruction massive en tant que moyen de dissuasion ». Les soldats ont parlé de l’effet « le jour d’après » :

Une partie de la logique du génie [militaire] concernant ce qu’on appelle « le jour d’après » - je ne sais pas si c’est le terme qui est publié – est que lorsque nous faisons exploser et raser une région, nous pouvons en réalité la rendre stérile. Tout au long de la période de combat, on garde à l’esprit qu’il y a ce qu’on appelle « le jour d’après » qui correspond au : jour où nous quittons [la Bande de Gaza], plus on laisse des [zones] ouvertes et aussi « propres » que possible, le mieux c’est.
On peut décider d’une ligne donnée – durant les jours qui ont suivi l’opération Plomb Durci, c’était 300 mètres de la clôture – et que cette zone soit nivelée, rasée.

Peu importe si on y trouve des vergers, peu importe les maisons, peu importe la station essence – nous avons tout rasé parce que nous sommes en guerre, et nous sommes de fait autorisés à le faire. Vous pouvez justifier tout ce que vous voulez en temps de guerre … Tout semble, tout à coup, raisonnable même si ça ne l’est pas. Nous avions peu de D9 dans notre bataillon et je peux témoigner que les D9 à eux seuls ont détruit des centaines de structures. C’était dans les débriefings. Il y avait un nombre un peu plus important de structures que nous avons fait sauter à la fin.

Évidemment, il y avait toutes sortes d’autres choses mais le D9 était l’outil principal, il n’a pas cessé de travailler. Tout ce qui semblait suspect, que ce soit pour se frayer un chemin ou pour autre chose était abattu. C’était cela la mission.

Un autre soldat a décrit la dernière heure avant le cessez-le-feu :

Il y avait un cessez-le-feu humanitaire qui prenait effet à 6 heures du matin. Je me souviens qu’à 5 :15 ils nous ont dit : « Regardez, nous allons faire un show ». La précision de l’armée de l’air était incroyable. Le premier obus est tombé à exactement cinq heures et quart et le dernier à cinq heures cinquante neuf minutes et cinquante neuf secondes. C’était fou. Des frappes non-stop sur [un] quartier [Est de Beit Hanoun] … Non-stop, juste non-stop. Tout Beit Hanoun fut en ruines.

Q : Qu’avez-vous vu de ce quartier sur votre chemin de retour ?

R : Quand nous sommes partis, il était encore intacte. Nous avons été envoyés sur Beit Hanoun avant le cessez-le feu, avant les frappes de la force aérienne.

Q : Et quand vous êtes retournés [après les frappes aériennes], qu’avez vous vu de ce quartier ?

R : Rien. Absolument rien. Rien. Comme pour la scène d’ouverture du Pianiste. Il y a cette fameuse image qu’ils montrent toujours lors des voyages en Pologne montrant Varsovie avant la seconde guerre mondiale et après la guerre. La photo montre le cœur de Varsovie, et ensuite ce qu’est devenue cette élégante ville européenne à la fin de la guerre. Ils montrent exactement le même quartier avec une seule maison restée debout, et le reste en ruines. C’est à cela que ça ressemblait.

* Neve Gordon est écrivain : Israel’s Occupation et The Human Right to Dominate (avec Nicola Perugini, sortie prévue en juin 2015).

Du même auteur :

- Drones : une guerre perpétuelle et sans limites - 25 janvier 2015
- Salam Fayyad, la Banque mondiale et la farce d’Oslo - 30 septembre 2012
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5 mai 2015 - Counterpunch - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.counterpunch.org/2015/05...
Traduction : Info-Palestine.eu - Lalla Fadhma N’Soumer


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