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Les pêcheurs de Gaza aux prises avec de multiples dangers

mercredi 11 février 2015 - 20h:55

Rasha Abou Jalal

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Ville de Gaza - bande de Gaza - M. Mohammed Al-Kourd a estimé qu’il n’avait plus d’autre choix que de vendre son bateau et son filet de pêche et de faire ses adieux à l’affaire de pêche qu’il avait héritée de son père et dans laquelle il avait travaillé depuis l’enfance.

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Photo : Demotix.com

En fin de compte, il est arrivé à la conclusion que la pêche était « une perte de temps et d’effort ». Elle mettait également en danger sa vie ainsi que la vie de ses enfants qui l’assistaient.

M. Kourd, qui vit au camp de réfugiés de Shati dit à Al-Monitor : « J’ai travaillé dans la pêche avec mon père depuis l’âge de 8 ans. Il m’a donné son bateau et son filet. Après tout ce temps, j’ai pensé que les vendre était la meilleure solution pour éviter d’être arrêté ou d’être tué en mer par les soldats israeliens. »

Les pêcheurs de Gaza font face à de multiples risques, à savoir être arrêté ou subir des tirs de la marine israélienne malgré la trêve signée par les Palestiniens et par Israël au cours des délibérations de cessez-le-feu en août 2014 au Caire.

Selon la trêve entre Palestiniens et israéliens, la zone de pêche à Gaza devait être étendue à 6 milles marins puis graduellement jusqu’à 12 milles. M. Nizar Ayyach, le président de l’Union des pêchers palestiniens a nié les allégations qu’Israël respectait les termes de l’accord de trêve. Il dit à Al-Monitor que les israéliens avaient délimité la zone de pêche à moins de 6 milles marins.

M. Ayyach dit : « Il y a plus de 3700 pêcheurs à Gaza qui se font tirer dessus et dont les bateaux de pêche sont détruits pendant qu’ils pêchent, sous prétexte qu’ils dépassent la zone de pêche autorisée. »

« Depuis la signature de la trêve, deux pêcheurs ont été blessés, l’un a été touché à la tête et l’autre au pied. » dit M. Ayyach. Quarante pêcheurs ont été kidnappés par les israéliens puis relâchés quelques jours après, à part trois qui sont restés prisonniers. Cinq bateaux de pêche ont été détruits et vingt autres ont été confisqués. M. Ayyach dit que les pêcheurs essuient des tirs tous les jours.

M. Ayyach a dit que la marine israélienne a envoyé un avertissement ‘de ne pas aller’ à plus de 5 milles marins à partir de la plage de Gaza et qu’elle détruit et tire sur tout bateau qui dépasse cette limite.

Au mois de novembre, la marine israélienne a tiré sur M. Mouhib Chouhaiber alors qu’il n’avait pas dépassé cette limite. Son moteur avait été détruit et il avait subi des pertes estimées à 1500 shekels israéliens (l’équivalent de 375 dollars).

« Dans les limites de la zone de pêche autorisée, nous attrapons principalement des sardines et des petits poissons qui ne se vendent pas cher. Pour cette raison, les pêcheurs essaient d’attraper de plus gros poissons qui se vendent plus cher et qui font que le métier de pêcheur vaille la peine, » dit M. Chouhaiber, alors qu’il se préparait à quitter le port pour aller en mer relever les filets qu’il avait jetés la veille.

M. Ayyach dit : « Israël a ouvert la voie à l’exportation du poisson de Gaza vers l’extérieur pour soi-disant offrir plus de possibilités au secteur de la pêche, mais cela n’est pas bénéfique car les prises ne couvrent pas la consommation locale. » Et d’ajouter : « De plus, Israël montre des photos de gros poissons pris à Gaza mais ceci est trompeur, car ces poissons sont des thons qui ne se vendent pas cher et qui ne font surface qu’à certaines périodes de l’année. »

M. Hassan Mourad s’est rappelé l’incident des tirs et de l’arrestation qu’il avait enduré avec deux de ses collègues pêcheurs quand ils étaient en mer en août 2013. Il dit à Al-Monitor : « Nous étions en train de pêcher quand nous avons été attaqués par des bateaux israéliens qui nous avaient tiré dessus. Nous avions été blessés et les soldats israéliens nous ont obligés à nous mettre nus. Ils nous ont menottés et bandé les yeux puis ils ont remorqué notre bateau jusqu’au port israélien d’Achdod.

Il a dit que les israéliens les avaient relâché après 8 heures d’interrogatoire mais ne leur avaient pas rendu leur bateau. Par conséquent, ils ont subi de lourdes pertes en étant ainsi privés de leur gagne-pain, et ils ont dû trouver d’autres emplois.

M. Rami Abdou, directeur de l’observatoire Euro-Mid pour les droits de l’homme à Gaza, a affirmé que les autorités israéliennes empêchent délibérément les pêcheurs de Gaza d’exercer leur métier librement et en toute sécurité. Il dit : « Cette interdiction est associée à des mesures insultantes, y compris forcer les pêcheurs à se mettre complètement nus ou les obliger à plonger en mer dans des conditions météorologiques rudes. Leur matériel, dont ils ont besoin pour pêcher, leur est confisqué et ils sont détenus arbitrairement et interrogés pendant de longues heures, sans parler des tentatives de les forcer à coopérer avec les services secrets israéliens. »

Selon les Accords d’Oslo de 1993 signés par l’Organisation de Libération de la Palestine et par Israël, les Palestiniens devraient avoir le droit de pêcher dans une zone de 12 milles marins depuis Gaza, mais en mars 2013, le premier ministre israélien Benyamin netanyahou a réduit la zone de pêche à moins de 3 milles marins.

M. Ayyach déclara : « Avant 2013, les pêcheurs pêchaient 4000 tonnes de poissons mais avec les nouvelles mesures imposées par Israël, ils pêchent à peine 1500 tonnes, au mieux. » Il ajouta que le secteur de la pêche avait subi de lourdes pertes durant le conflit de 2014, qui a duré du 7 juillet au 28 août. « La guerre a détruit 39 abris de bateaux dans le port de Gaza et 52 petits et grands bateaux. Les pertes s’élèvent à 9 millions de dollars » dit M. Ayyach.

Les attaques israéliennes ne sont pas la seule menace pour la profession de pêcheur à Gaza. Les pêcheurs doivent aussi braver les hautes vagues et le mauvais temps qui amènent les poissons près du rivage mais qui augmentent en même temps le risque de noyade.

M. Moufid Abou Riyala, un pêcheur, confia à Al-Monitor : « En raison des mauvaises conditions de vie à Gaza, les pêcheurs doivent continuer à pêcher pour subvenir aux besoins de leurs familles, et ce sans prendre en considérations les risques multiples qu’ils pourraient affronter en raison des forts coups de vent et des hautes vagues. »

Il ajouta que de nombreux pêcheurs sont morts noyés en haute mer alors que d’autres ont eu des crises cardiaques à cause du froid. Deux pêcheurs, M. Ahmad laham et M. Haitham Al-Aqraa sont morts noyés à la mi-janvier. Des sources médicales disent que les crises cardiaques dues au froid glacial contribuent à la mort des pêcheurs.

En l’absence d’opportunités d’emploi à Gaza, les pêcheurs n’ont que deux solutions : continuer à endurer les risques pour subvenir aux besoins de leurs familles, ou subir le chômage.

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* Rasha Abou Jalal est écrivain et journaliste à Gaza, spécialisée dans les nouvelles politiques, les questions humanitaires et sociales liées à l’actualité.

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3 février 2015 - Al-Monitor - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.al-monitor.com/pulse/ori...
Traduction : Info-Palestine.eu - FJ


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