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Diplomatie israélienne : acheter des soutiens grâce à l’industrie high-tech

jeudi 8 janvier 2015 - 14h:20

Saleh Al-Naami

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Contrairement aux attentes, les Ambassadeurs des pays Arabes aux Nations Unies ne sont pas parvenus à obtenir les neuf votes du Conseil de Sécurité, indispensables pour l’adoption du projet de résolution Jordanien qui appelle à la fin de l’occupation Israélienne au cours des deux prochaines années, écrit Salah Al-Naami.

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Les Ministres des Affaires Étrangères de l’Éthiopie et d’Israël signent un accord de coopération, Addis Abeba, juin 2014

Parallèlement, l’abstention de deux pays Africains, en l’occurrence le Nigeria et le Rwanda, ne devrait être une surprise pour personne. En effet, lors des délibérations du Conseil de Sécurité, l’été dernier, pendant qu’Israël massacrait Gaza, ces deux pays s’étaient également abstenus des votes cruciaux, contrecarrant ainsi toutes les tentatives d’obtention d’une résolution pour l’arrêt de l’agression, ce qui a donné à Israël une plus grande marge de manœuvre et de poursuite des assassinats et de la destruction.

Il est donc intéressant de se pencher sur ce cas d’abstention, sachant que les pays africains ont toujours voté en faveur de tous les projets de résolution qui soutiennent les droits des Palestiniens. Le changement de situation clair et évocateur n’est que la conséquence d’une stratégie israélienne dans ses relations internationales où il se sert de son développement de technologies avancées comme outil de négociation.

Et c’est Avigdor Lieberman, le Ministre Israélien des Affaires Étrangères, qui a su formuler cette équation et mettre en place une stratégie simple qui consiste à offrir à ces pays l’accès à la technologie Israélienne en échange du soutien diplomatique. Prenons l’exemple du Rwanda qui n’évoque pour la plupart que vingt années de génocide, ce pays d’Afrique centrale a été, des décennies durant, courtisé par Israël qui a investi des montants faramineux destinés à améliorer les relations entre les deux états.

Le contrôle est assuré par l’Ambassade Israélienne de Kigali qui suit de très près les résultats et leur évolution, sachant que l’offensive diplomatique Israélienne a, entre autres, prévu de soutenir les agriculteurs rwandais. La chaine 10 de la télévision israélienne a diffusé un reportage sur l’Ambassadeur Avi Granot se promenant dans les champs et s’adressant aux agriculteurs rwandais et venant aux nouvelles concernant leurs produits agricoles.

L’intérêt diplomatique israélien a également frappé plus à l’Est où il ne fait aucun doute que l’un des succès les plus retentissants en matière d’exportation des technologies avancées israélienne est détenu par l’Inde qui s’attache à améliorer et développer ses relations avec Tel Aviv. The Hind, le plus populaire des quotidiens indiens, a révélé que le gouvernement à New Delhi est sur le point de reconsidérer sa position sur la scène internationale, notamment lorsqu’il est question de voter des résolutions liées à la cause Palestinienne.

Toujours d’après le quotidien, les leaders indiens sont de plus en plus penchés sur l’abstention au sujet des votes sur la scène internationale et qui se rapportent à la cause Palestinienne. Ceci constitue un tournant majeur car jusqu’ici, l’Inde était un membre éminent dans le mouvement des pays Non-Alignés lequel a toujours soutenu les Palestiniens. Et même si le bloc n’existe plus, le changement des positions internationales de l’Inde aura un impact sur le comportement d’autres pays. Comme en Afrique, le changement indien est la conséquence d’un investissement israélien intelligent dans les ressources « nationales. »

L’Inde a fait la découverte d’un marché israélien high-tech qui cible l’industrie militaire et la société civile. Si le marché israélien est en plein essor c’est plus ou moins grâce à l’Inde et à sa soif de technologie militaire. En effet, l’Inde n’importe plus ses armes des États-Unis car elle se contente des produits israéliens.

Et contrairement à l’opinion générale, le développement des relations israélo-indoues n’a pas été boosté par la récente victoire électorale du parti d’extrême droite Bharatiya Janata, dirigé par Narendra Modi. Le changement et le renforcement ont été opérés par le gouvernement qui voit en Tel Aviv le fournisseur de la technologie avancée dont l’Inde a besoin.

La technologie a également joué un rôle prépondérant dans le développement des relations entre Israël et la Chine. Il est vrai que personne ne s’attendrait à ce que les Chinois agissent comme les pays africains dans les votes internationaux, mais il est clair que Pékin manifeste un vif intérêt vis-à-vis à ses relations avec Tel Aviv et de leur amélioration, motivé par son désir d’accéder aux technologies avancées israéliennes.

Lors de sa visite en Israël il y a de cela quatre mois, le Ministre Chinois des Affaires Étrangères Wang Yi avait surpris ses hôtes en leur demandant de visiter le Mur des Lamentations. Il a par ailleurs fait part au Grand Rabbin du lieu qu’il comptait bien porter la kippa qu’on exige des visiteurs à l’entrée du site et l’emmener avec lui en Chine. Il a pris le Rabbin à part pour lui expliquer à quel point il était heureux de visiter le site. Évidemment, le Ministre n’a pas du tout été crédible car tout le monde connait la position de la Chine par rapport à la religion, néanmoins, ils reconnaissent que le Ministre faisait de son mieux pour se rapprocher de l’opinion publique israélienne, après avoir pris conscience de l’importance des relations avec Tel Aviv.

Et justement, la Chine a besoin des technologies avancées israéliennes afin d’améliorer et d’augmenter sa capacité économique, notamment dans les secteurs industriels et agricoles. Le Ministre Israélien de l’Agriculture, Naftali Bennett, partage de nombreux documents audio-visuels sur ses comptes de Facebook et Twitter dans le but de prouver à quel point les Chinois bénéficiaient de la technologie de son pays. Par ces messages, le leader du parti politique nationaliste et sioniste religieux d’extrême droite tente de répandre l’idée qu’Israël utilise son succès et sa supériorité en matière de technologies de pointe pour améliorer son prestige international et renforcer ses relations avec des pays influents sans être soumis à des concessions vis-à-vis des Palestiniens.

Les Israéliens sont conscients que Pékin aspire à établir une coopération avec Tel Aviv en matière de sécurité et de renseignement ; Yossi Cohen, le Conseiller à la Sécurité Nationale du Premier Ministre Netanyahu, visite fréquemment la Chine pour discuter des questions y afférentes.

En bref, les développements des technologies de pointe en Israël constituent à présent son principal atout diplomatique et d’influence, avec l’ambition de relancer ses liens diplomatiques et d’améliorer sa position mondiale, le tout pour renforcer sa propre sécurité nationale. Un comportement qui est tout à fait l’opposé des pays arabes dont les relations bilatérales avec les pays étrangers ne sont pas soumises à des exigences sécuritaires. Bien au contraire, certains pays arabes n’hésitent pas à jouer un rôle de fait qui sert les intérêts d’Israël, appliquant dans la plupart des cas des instructions venues des États-Unis.

Tandis qu’Israël planifie et construit son avenir, les États arabes manquent terriblement de clairvoyance et vendent et monnayent leur avenir pour des gains à court-terme, ce qui provoque la colère des peuples arabes, et l’exemple le plus frappant est l’incident de la prise d’otage du pilote Jordanien par les terroristes de l’EI et qui illustre l’implication d’Amman dans une guerre dont il aurait bien fait de ne jamais se mêler, puisque le pays Hachémite n’aura rien à y gagner.

Israël passe à l’action diplomatique et politique soft et se sert de ses atouts pour en tirer à plus d’un titre des avantages.

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* Saleh al-Naami est un réfugié palestinien qui vit dans le camp d’al-Maghazi dans le centre de la Cisjordanie. Il est titulaire d’une maîtrise en études politiques à l’Université de Jérusalem, et il prépare actuellement un doctorat. Son site : http://www.naamy.net/

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3 janvier 2015 – Middle East Monitor – Vous pouvez consulter cet article en anglais à :
https://www.middleeastmonitor.com/a...
Traduction : Info-Palestine.eu - Niha


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