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La mosquée al-Aqsa va-t-elle connaître le sort de la mosquée Ibrahimi ?

jeudi 13 novembre 2014 - 05h:57

Ramzy Baroud

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Entre les plans israéliens d’annexion, les raids d’extrémistes juifs, le silence international et une histoire ponctuée de faits sanglants, le sort de la mosquée al-Aqsa reste incertain.

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Des fidèles palestiniens effectuent la prière du vendredi dans les rues, en raison des interdictions israéliennes d’accéder à la mosquée al-Aqsa - Photo : AA

La décision d’Israël de fermer la mosquée al-Aqsa le jeudi 30 octobre, n’est pas seulement une violation flagrante des droits religieux des musulmans palestiniens.

En fait, les droits des musulmans et des chrétiens palestiniens ont depuis des décennies été systématiquement violés par l’occupant israélien, en particulier à Jérusalem et, plus récemment, dans la bande de Gaza. Pendant la guerre de 51 jours contre le territoire assiégé, 73 mosquées ont été totalement détruites et 205 fortement endommagées, selon un rapport commandé par le Conseil économique palestinien pour le développement et la construction.

Le Noble Sanctuaire situé dans la vieille ville de Jérusalem, est connu sous le nom de Haram al-Sharif en arabe et il est le foyer de la mosquée al-Aqsa et du Dôme du Rocher. Il assure beaucoup plus qu’un rôle religieux dans la société palestinienne, car ce site représente une force d’unification nationale en même temps qu’un symbole.

Il n’est donc pas surprenant qu’il ait été la cible de nombreux raids israéliens, dont des tentatives d’y mettre le feu ou d’effectuer des fouilles dans son sous-sol pour chercher les traces d’une prophétie biblique.

En réponse, « Défendre al-Aqsa » a été un cri de ralliement permanent pour les Palestiniens tout au long des années. Plusieurs soulèvements populaires se sont produits en réaction aux plans politiques ou militaires israéliennes visant à modifier le statu quo pour la mosquée.

Un de ces soulèvements était l’Intifada Al-Aqsa en 2000.

Cette Intifada a duré près de cinq ans, et des milliers de Palestiniens et des centaines d’Israéliens ont été tués dans des affrontements qui ont fini par entraîner le départ du dirigeant israélien, Ariel Sharon.

Le mouvement des Fidèles du Mont du Temple

Il faut avoir en tête ce contexte, si l’on souhaite comprendre la situation très préoccupante dans et autour de Jérusalem. L’agression contre la mosquée al-Aqsa - qui est au cœur de la spiritualité de centaines de millions de musulmans à travers le monde - est non seulement le fait de quelques extrémistes juifs, mais aussi partie intégrante de l’agenda du gouvernement israélien qui n’a fait que se radicaliser au cours des dernières années et des derniers mois.

Le mois prochain, par exemple, la Knesset va voter sur une motion demandant la partition d’al-Aqsa.

L’un des principaux défenseurs de cette partition, vue comme un premier pas vers une prise de contrôle totale, est l’organisation des Fidèles du Mont du Temple dirigée par Yehuda Glick.

Fondée par Gershon Salomon, ce mouvement, selon son site internet, est dédié à la « l’objectif de consacrer le Mont du Temple au Nom de Dieu, à l’élimination des sanctuaires musulmans placés là comme symboles de la conquête musulmane, à la reconstruction du Troisième Temple sur le Mont du Temple et la rédemption divine du peuple et de la terre d’Israël ».

Cette vision messianique n’est pas étrangère au discours du gouvernement de Benjamin Netanyahu. Sa logique dans la défense des colonies illégales à Jérusalem occupée ressemble à cela : « Les Français construisent à Paris, les Anglais à Londres et les Israéliens à Jérusalem. Pourquoi dire aux Juifs de ne pas vivre à Jérusalem ? »

De fait, il semble y avoir peu de divergences entre la vision du mouvement du Mont du Temple et l’attitude politique de Tel Aviv avec ses nombreuses initiatives en cours pour s’approprier des biens palestiniens, démolir les maisons et étendre les colonies juives.

Yehuda Glick

Yehuda Glick, le « militant » israélo-américain ultra-subventionné dont l’obsession de détruire al-Aqsa ne connaît aucune limite et qui organise depuis des années des intrusions provocatrices dans la mosquée sous la protection de la police israélienne, personnifie bien les prétentions israéliennes à l’égard d’al-Aqsa.

Le mercredi 29 octobre, un agresseur - supposé être un Palestinien - l’a blessé alors qu’il sortait d’une conférence à Jérusalem axée sur la construction d’un Mont du Temple sur les ruines d’al-Aqsa. Son agresseur présumé, Moataz Hejazi, a été abattu par la police israélienne. Sa sœur a déclaré à al-Jazeera le 30 octobre que son frère a été roué de coups, puis emmené sur le toit d’un immeuble où il a été tué à bout portant.

La décision de fermer al-Aqsa a eu lieu après l’incident. Certains dans les médias et en Israël présentent Glick - une figure connue de nombreux Palestiniens de Jérusalem depuis des années - comme la victime d’une violence palestinienne aveugle. Il fait « partie d’un mouvement grandissant parmi les militants juifs religieux qui exigent plus de droits de prière dans l’enceinte d’al-Aqsa, » déclare ABC News en parlant de la victime.

Mais Glick exige beaucoup plus. La mission que son groupe s’est fixée est de nettoyer ethniquement les habitants palestiniens des quartiers de Silwan, Bab al-’Amud, Sheikh Jarrah, Jabal Abu Ghneim, et bien d’autres quartiers dans et autour de la Vieille Ville. Ses actions en témoignent.

Le scénario de la mosquée Ibrahimi

L’attentat contre Glick rappelle un épisode similaire où le sang versé a maculé l’histoire de la région et qui a eu de terribles conséquences. Le 25 février 1994, le nazi juif [américain] Baruch Goldstein a fait irruption dans la mosquée Ibrahimi dans la ville palestinienne d’Al-Khalil (Hébron) et a ouvert le feu.

L’objectif était de tuer autant de personnes que possible, et c’est ce qu’il a fait, en assassinant 30 personnes et en faisant plus de 120 blessés.

Al-Khalil, comme le reste de la Cisjordanie, est confrontée à la double menace des colons juifs armés et des soldats de l’occupation israélienne. Ces derniers renforcent l’occupation militaire tout en offrant une protection supplémentaire aux colons. Les colons, les extrémistes de la colonie illégale de Kiryat Arba, attaquent souvent et en toute impunité les habitants palestiniens de la ville. Un fait à relever : la plupart des colons de Kiryat Arba sont des Américains et Baruch Goldstein était l’un d’eux.

Comme il ne suffisait pas aux soldats israéliens stationnés au voisinage de la mosquée Ibrahimi d’avoir autorisé Goldstein - armé d’un fusil Galil et d’autres armes - à pénétrer dans la mosquée, ils ont aussi ouvert le feu sur les fidèles qui tentaient de fuir les lieux. Les soldats israéliens ont tué 24 autres personnes et en ont blessés encore bien plus.

Goldstein était un membre de la Ligue de défense juive (LDJ), un parti raciste fait d’extrémistes juifs et fondé par Meir Kahane. Les Fidèles du Mont du Temple, ainsi que d’autres groupes extrémistes, considèrent Goldstein comme un héros. Comme Glick, Goldstein était américain et a vécu dans une colonie illégale d’Hébron.

Ils sont tous deux issus d’une école de pensée qui, selon les mots employés par Rabbi Yaacov Perrin lors des funérailles de Goldstein, considère que même un million Arabes « ne valent pas un ongle juif » (Los Angeles Times, 28 février 1994).

Bien que le meurtre de masse commis par Goldstein a été largement condamné, y compris par de nombreux Israéliens, il est indéniable que les racistes et fascistes juifs qui pour la plupart peuplent les colonies illégales de Cisjordanie et de Jérusalem, font partie intégrante d’un plan plus large du gouvernement israélien dont l’objectif est le nettoyage ethnique des Palestiniens.

Cela est également vrai dans le cas de cette relation symbiotique entre l’armée israélienne et les colons qui remonte aux premiers jours de l’occupation israélienne de Jérusalem, de la Cisjordanie et de la bande de Gaza en 1967. Ce que veut le gouvernement israélien, c’est consolider son occupation, et non pas y mettre fin. Les colons, qui jouent un rôle important dans la stratégie colonialiste d’Israël, tentent sans relâche de s’approprier plus de terres, de collines stratégiques et de lieux saints appartenant à des musulmans et des chrétiens.

Alors que dans la journée, les bulldozers israéliens pénètrent dans les territoires palestiniens, nivelant des monticules de terre et détruisant les oliveraies pour l’expansion des colonies, la nuit de lourdes excavatrices creusent sous la vieille ville d’Al-Quds [Jérusalem]. Les Israéliens cherchent des preuves de ce qu’ils croient être les anciens temples juifs, soit-disant détruits en 58 et 70 avant JC.

Jouer avec les prophéties

Pour répondre à la « prophétie », les extrémistes juifs croient que le troisième temple doit être construit. Mais bien sûr, il y a le fait gênant que sur ce point particulier existe un des sites les plus sacrés de l’Islam : Le Noble Sanctuaire Noble, ou al-Haram al-Sharif. C’est un lieu de prière exclusivement musulman depuis 1300 ans.

L’alliance entre des politiciens de droite et des fanatiques religieux définit l’attitude israélienne envers les Palestiniens, en particulier à Jérusalem. Ils lorgnent al-Aqsa pour l’annexer, de la même façon que le gouvernement israélien s’active à annexer définitivement de larges pans de la Cisjordanie occupée.

En fait, en février dernier, la Knesset israélienne a choisi le 20e anniversaire du massacre des Palestiniens à Al-Khalil par Goldstein, pour ouvrir un débat sur ​​le statut du site d’al-Aqsa. L’extrême-droite largement représentée veut que le gouvernement fasse respecter sa « souveraineté » sur le site musulman, lequel est administré par la Jordanie selon les termes du traité de paix jordano-israélien de 1994. Le député israélien Moshe Feiglin est l’homme à l’origine de ces initiatives, mais il n’est pas seul.

Feiglin est un membre du parti Likoud de Netanyahu et il dispose d’un fort soutien au sein de son parti, du gouvernement et de la Knesset. Parmi ses partisans se trouve Yehuda Glick, le fanatique d’origine américaine.

Un autre des principaux soutiens de l’initiative de Feiglin est Miri Regev, autre membre d’extrême-droite du Likoud. Bien que les fidèles juifs ont accès au Mur occidental où ils font leurs prières, Regev exige que le gouvernement impose un partage des temps de prière pour les juifs et les musulmans sur le site d’al-Aqsa. Le modèle qu’elle souhaite reproduire n’est rien d’autre que celui de de la Mosquée Ibrahimi.

« Nous allons arriver à une situation où le Mont du Temple sera comme le Caveau des Patriarches, avec des jours pour les juifs et des jours pour les musulmans, » dit-elle.

Bien sûr, Regev n’avait fait aucune mention du fait qu’il y a 20 ans jour pour jour, un nazi juif et les troupes israéliennes ont tué et blessé des centaines de Palestiniens agenouillés pour la prière.

On ne sait pas quel sort attend la mosquée al-Aqsa. Prise entre les plans israélien d’annexion, les raids d’extrémistes juifs, le silence international et une histoire sanglante, al-Aqsa fait face à des jours très difficiles, comme c’est le cas pour les habitants de Jérusalem dont la souffrance, comme leur ville, parait éternelle.

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* Ramzy Baroud est doctorant à l’université de Exeter, journaliste international directeur du site PalestineChronicle.com et responsable du site d’informations Middle East Eye. Son dernier livre, Résistant en Palestine - Une histoire vraie de Gaza (version française), peut être commandé à Demi-Lune. Son livre, La deuxième Intifada (version française) est disponible sur Scribest.fr. Son site personnel : http://www.ramzybaroud.net

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31 octobre 2014 - Middle East Eye - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.middleeasteye.net/column...
Traduction : Info-Palestine.eu - Claude Zurbach


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