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Comment Israël va faire de Gaza une maxi-prison moderne à l’américaine

samedi 1er novembre 2014 - 16h:23

Jonathan Cook

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On peut se demander pourquoi la reconstruction de Gaza, bombardée pour être renvoyée à l’Age de Pierre, selon les objectifs explicites de la doctrine militaire israélienne, n’a débuté, si timidement, que deux mois après la fin des combats.

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Des Palestiniens ont dû s’abriter sous tente devant leurs appartements, détruits par l’offensive israélienne à Beit Lahiya le 11 août 2014 - Photo : Reuters/Suhaib Salem

Nazareth - D’après les données des Nations Unies, 100.000 logements ont été détruits ou endommagés, laissant 600.000 Palestiniens – soit près d’1 Gazaoui sur 3 – sans domicile ou en pleine détresse humanitaire.

Les routes, les écoles et la centrale électrique alimentant les systèmes d’adduction et d’épuration d’eau sont en ruines. L’hiver approche, froid et humide. L’agence Oxfam déclare qu’au rythme actuel d’avancement des travaux, il faudra 50 années pour reconstruire Gaza.

Où, ailleurs dans le monde, sinon dans les Territoires palestiniens, la communauté internationale resterait-elle les bras croisés devant autant de personnes en souffrance – non du fait d’un dieu aveugle, mais par la volonté de leurs frères humains ?

La raison de ce retard , comme toujours ... ce sont les « impératifs de sécurité » d’Israël. Gaza peut être reconstruit, mais uniquement selon les spécifications précises posées par les autorités israéliennes.

Nous en avons déjà été à ce point. Il y a 12 ans, les excavatrices israéliennes s’avançaient dans le camp de Jénine en Cisjordanie au milieu de la Deuxième Intifada. Israël venait de perdre son plus grand nombre de soldats en une seule bataille alors que son armée progressait avec peine dans un dédale d’étroites ruelles.

Israël a transformé en ruines des centaines de maison - des scènes qui ont choqué le monde. Tandis que les habitants vivaient sous des tentes, Israël a insisté sur les conditions de réhabilitation du camp. Les ruelles qui avaient aidé la résistance palestinienne dans ses embuscades devaient disparaître. A leur place on construisit des rues suffisamment larges pour permettre aux blindés israéliens d’y patrouiller.

Bref, les besoins humanitaires des Palestiniens aussi bien que leur droit de résister à leur oppresseur, reconnu en droit international, ont été sacrifiés pour satisfaire le désir d’Israël de renforcer plus efficacement son occupation.

Difficile de ne pas voir que l’accord conclu au Caire ce mois-ci pour la reconstruction de Gaza procède du même calcul.

Les donateurs ont promis 5,4 milliards de dollars – mais l’expérience nous a appris que seule une petite partie se matérialisera. En outre, la moitié sera immédiatement redirigée vers la lointaine Cisjordanie pour rembourser les importantes dettes de l’Autorité Palestinienne.

Dans la communauté internationale, personne ne semble avoir suggéré qu’Israël, qui a démembré la Cisjordanie et Gaza de diverses manières, règle la facture.

L’Accord du Caire a été largement salué, alors que les conditions de la reconstruction de Gaza n’ont été que vaguement rendues publiques. Mais certains participants indignés ont fait fuiter les détails.

Un analyste israélien a comparé la solution proposée à la transformation d’une prison du tiers monde en une installation carcérale moderne surdimensionnée, à l’américaine. L’extérieur plus civilisé ne fera que dissimuler son but réel : non pas améliorer la vie des résidents palestiniens, mais offrir davantage de sécurité aux gardiens israéliens.

Les préoccupation humanitaires sont exploitées pour permettre à Israël de restructurer un blocus de huit années qui a interdit tant de produits essentiels, y compris ceux qui étaient nécessaires pour reconstruire Gaza après les attaques précédentes.

L’accord transfère le contrôle symbolique des frontières de Gaza et l’apport de matériaux de construction à l’AP et à l’ONU afin de contourner et d’affaiblir le Hamas.

Les contrôleurs – et les décideurs véritables – seront les Israéliens.

Par exemple, ils auront un droit de veto contre les fournisseurs de quantités importantes de ciment nécessaires. Cela veut dire qu’une grosse partie de l’argent des donateurs tombera dans l’escarcelle des cimentiers et des intermédiaires israéliens.

Toutefois le problème est plus profond que cela. Le système doit satisfaire le désir d’Israël de savoir où aboutit chaque sac de ciment, chaque tige d’acier, pour empêcher le Hamas de reconstruire ses roquettes maison et son réseau de tunnels. Ces tunnels, et l’élément de surprise qu’ils ont présenté, ont causé la perte de tant de soldats israéliens. Sans eux, Israël aura plus de latitude la prochaine fois où il voudra « tondre la pelouse », comme ses chefs de guerre appellent les destructions répétées de Gaza.

La semaine dernière, le ministre de la Défense Moshe Yaalon avertissait qu’une reconstruction de Gaza serait conditionnée par la bonne conduite du Hamas. Israël voulait être sûr que « les fonds et les équipements ne seront pas utilisés pour le terrorisme, c’est pourquoi nous surveillons de près tous les développements ».

AP et ONU devront soumettre à une base de données israélienne les détails de chaque maison qui a besoin d’être reconstruite. Il semble que les drones israéliens surveilleront tout mouvement sur le terrain.

Israël sera en mesure d’imposer son veto à tous ceux qu’il considérera comme militants – ce qui veut dire : ayant un lien avec le Hamas ou le Djihad Islamique. Israël espère sans doute que cela va dissuader la plupart des Palestiniens de s’associer aux mouvements de la résistance.

Par ailleurs on ne peut s’empêcher de croire que le système de supervision fournira à Israël les coordonnées GPS de chaque maison à Gaza, et les détails concernant chaque famille, consolidant son contrôle pour la prochaine décision de lancer une offensive. Et Israël peut tenir tout le processus en otage et l’interrompre à tout moment.

L’ONU, hélas, désespérant de voir tant tarder l’aide aux familles de Gaza, a accepté de concourir à cette nouvelle version du blocus, en dépit du fait qu’elle viole le droit international et les droits des Palestiniens.

Washington et ses alliés, semble-t-il, ne sont que trop heureux de voir le Hamas et le Djihad Islamique privés des matériaux nécessaires pour résister au prochain assaut d’Israël.

Le New York Times a exprimé sa préoccupation : « A quoi bon collecter et dépenser des millions de dollars … pour reconstruire la bande Gaza, juste pour qu’elle soit détruite à la prochaine guerre ? »

Pour certains donateurs exaspérés par des années d’argent déversé dans un trou sans fond, revaloriser Gaza en maxi-prison moderne à l’américaine, paraît un meilleur retour sur investissement.

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* Jonathan Cook a reçu le Prix Spécial de journalisme Martha Gellhorn. Ses derniers livres sont Israel and the Clash of Civilisations : Iraq, Iran and the to Remake the Middle East (Pluto Press) et Disappearing Palestine : Israel’s Experiments in Human Despair (Zed Books). Voici l’adresse de son site : http://www.jkcook.net.

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27 octobre 2014 - The National - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.thenational.ae/opinion/c...
Traduction : Info-Palestine.eu - Marie Meert


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