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Grâce à cet « assassinat ciblé »

mardi 2 septembre 2014 - 07h:00

B Michael

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Les hauts responsables de la sécurité s’étaient réunis dans le bureau du Haut-Commissaire, Harold MacMichael. Se trouvaient là le commandant de l’armée britannique en Palestine, le chef de la police et bien sûr aussi le chef du CID [Criminal Investigation Department].

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Les « assassinats ciblés » commis depuis des années par les Israéliens contre les Palestiniens ont largement gagné en violence et en sophistication par rapport à celle des Britanniques. Ici le fils âgé de 7 mois, du chef de la résistance dans Gaza, Mohammed al-Daïf, tué par un missile en même temps que sa mère et sa sœur âgée de 3 ans

Pour ceux qui étaient réunis là, il était clair depuis un bout de temps que l’heure était venue d’agir. Le terrorisme gagnait en puissance, le sang avait coulé et même à Londres, les têtes s’allongeaient. Il fallait frapper. Ce même jour, les renseignements avaient enfin apporté l’information tant attendue : l’adresse de la cache du pire des chefs terroristes.

La discussion fut brève. Le sort en était jeté. Le Haut-Commissaire opina du chef en guise d’approbation et les forces mirent la chose à exécution.

L’officier chargé de l’enquête, Geoffrey Morton, et ses hommes encerclèrent la petite maison au numéro 8 de la rue Mizrahi dans le quartier Florentin de Tel Aviv. Tous ses sens lui murmuraient que cette fois, sa proie ne lui échapperait pas. L’information communiquée par les renseignements était apparemment correcte.

Il flottait dans l’air une nauséabonde odeur de mort.

Les détectives montèrent lentement. Ils ne prirent pas la peine de frapper à la porte : un coup violent et elle fut arrachée de ses gonds. Les hommes firent irruption à l’intérieur, revolver au poing. La propriétaire s’était figée devant eux, les yeux écarquillés. Morton balaya la pièce d’un regard professionnel, s’attardant sur les portes d’une garde-robe. « Veuillez, s’il-vous-plaît, quitter la pièce, Madame », dit Morton à la propriétaire, froidement mais poliment. Elle sortit. Les canons des revolvers pointèrent l’armoire. « Veuillez sortir mains levées, Mister Stern », marmonna l’inspecteur en direction de l’armoire d’où a surgi Abraham Yair Stern, le dirigeant du Lehi.

« On se rencontre enfin », railla Morton, « Vous allez sans doute tenter de vous échapper maintenant : pas vrai, Monsieur Stern ? »

Avant que le dirigeant ait compris le sens de cette étrange question, Morton avait levé son revolver et tiré sur Stern par deux fois : une fois dans la tête et une fois dans le cœur.

Le commandant du Lehi mourut sans émettre la moindre plainte.

Cela se passait le 25e jour du mois de shévet 5702, 12 février 1942.

L’annonce officielle des autorités britanniques d’occupation parlait de la capture du dangereux terroriste qui était à la tête du Gang Stern. Au cours de l’opération, disait l’annonce, Stern avait tenté de s’échapper et avait été abattu.

Cette nuit-là, Norton ne parvint pas à s’endormir. Tuer de sang froid était une chose éprouvante même pour cet homme inflexible.

« Si seulement j’avais eu un drone », marmonnait-il sombrement, « ou un hélicoptère ou un F16... Quel dommage qu’on n’ait pas encore inventé les missiles intelligents à laser... J’aurais pu exécuter tout mon travail depuis un hélicoptère ou depuis mon bureau, et je serais maintenant en train de dormir comme un nouveau né. »

C’est vrai que la vie d’un soldat d’occupation était dure, il y a 72 ans.

Morton continua à se tordre sur sa couche, espérant retrouver la sérénité. « Je ne dois pas oublier que cet homme était impliqué dans des opérations terroristes épouvantables : explosions sur des marchés, coups de feu visant des passants, attaques de banques, et même assassinats de gens appartenant à son peuple », se marmonnait l’inspecteur, « et puis, il ne fait pas de doute qu’au moment où il est mort, Stern était occupé à mettre sur pied d’autres opérations terroristes. C’est donc une bonne chose que je l’aie contrecarré d’une façon aussi parfaitement ciblée. C’était sans aucun doute un acte éminent de légitime défense ».

L’inspecteur finit par sombrer dans un sommeil agité.

Les jours qui suivirent l’assassinat apportèrent à Morton un parfait soulagement : ils lui démontrèrent à quel point son action avait été efficace et heureuse : dès le lendemain de l’assassinat de Stern, le Lehi s’était complètement désintégré, ses membres s’étaient débandés et livrés à la police. Même l’Irgoun et la Hagana s’étaient empressés de rendre leurs armes à la police secrète et leur membres avaient prêté allégeance à la couronne britannique. En un mois, toutes les institutions du Yishouv avaient été fermées. Le peuple juif avait renoncé à son aspiration à un état indépendant et les mots de la Tikvah avaient également été modifiés en conséquence : « l’espoir bimillénaire d’être une colonie de notre pays, la terre d’Albion et de de Jérusalem. »

La suite est connue : grâce à cet assassinat ciblé et sensé au numéro 8 de la rue Mizrahi, le mandat britannique a pu se maintenir, jusqu’aujourd’hui, sur la Palestine.

24 août 2014 - Haaretz - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.haaretz.co.il/opinions/.... - Traduction de l’hébreu : Michel Ghys


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