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Gaza : sortir de l’impasse

samedi 23 août 2014 - 06h:00

John V. Whitbeck

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Seules de fortes pressions extérieures obligeant Israël à céder aux demandes palestiniennes tout à fait justifiées, permettront d’éviter une répétition de l’attaque en cours.

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Destructions dans Gaza - Le nombre de meurtres commis par Israël dans Gaza depuis début juillet reviendrait, amené à l’échelle de la population française, à massacrer dans sa totalité la population d’une ville comme Toulouse

Après la rupture de la « pause » de 6 jours qui devait permettre des négociations pour un cessez-le-feu israélo-palestinien de longue durée, et la reprise des attaques israélienne contre le peuple tenu en cage dans Gaza, tous les gens de conscience se demandent comment les exigences contradictoires des deux parties en conflit pourraient trouver un terrain commun.

Chaque partie a un besoin impérieux d’obtenir certains gains pour justifier ses sacrifices - du côté palestinien, plus de 2000 morts, plus de 10 000 blessés et des destructions massives de maisons et d’infrastructures et, du côté israélien, 64 soldats [chiffres officiels - NdT] et deux civils morts - et aussi de ne pas accepter quoi que ce soit qui puisse être considéré comme un aveu d’échec ou de défaite.

Considérer le caractère raisonnable ou déraisonnable des demandes respectives peut aider des gouvernements étrangers - s’ils sont véritablement intéressés à mettre fin au cycle infernal de la violence et à faire se rapprocher la perspective d’une paix durable dans un minimum de justice - à décider quel côté ils doivent chercher à convaincre ou contraindre à être raisonnable.

Est-il déraisonnable d’exiger, comme la Palestine fait, que les habitants de Gaza soient autorisés de quitter leur cage, de construire un port approprié, de reconstruire leur aéroport (détruit par Israël en 2002), de cultiver leurs champs, y compris dans les trois kilomètres jouxtant la frontière avec Israël, de pêcher dans leurs eaux plus de trois miles nautiques au large des côtes, d’exporter leurs produits et d’importer ceux de première nécessité ?

En outre, est-il déraisonnable d’exiger que les 61 Palestiniens prisonniers - tout d’abord libérés dans l’échange avec le soldat Shalit, puis à nouveau kidnappés par Israël peu de temps après l’enlèvement en Cisjordanie de trois jeunes colons - soient maintenant remis en liberté ?

C’est tout ce que la Palestine a présenté comme exigence. Quels autres peuples pourraient donc se voir refuser ces exigences si modestes, comme cela a été le cas pour les Palestiniens tout au long de sept années de siège et de blocus ?

D’autre part, est-il vraiment raisonnable d’exiger, comme le fait Israël, qu’avant tout accord définitif mettant fin à l’occupation, Gaza soit complètement « démilitarisée », dépouillant ainsi son peuple de tous les moyens de résister après 47 longues années d’occupation (rappelons que le droit de résister à l’occupation étrangère est reconnu par le droit international) ?

Un degré élevé de « démilitarisation » de l’État de Palestine pourrait bien être convenu dans un accord définitif mettant fin de l’occupation, car les Palestiniens ne voudraient pas donner à Israël la moindre excuse pour les ré-envahir et occuper à nouveau la Palestine, mais ce dont nous avons besoin maintenant, ce n’est pas de céder face à l’occupation, mais plutôt d’y mettre fin.

Pour le gouvernement israélien, tout ce qu’il peut maintenant espérer de façon réaliste, c’est de maintenir le statu quo ante (y compris le siège de Gaza) et de poursuivre ses assassinats. De plus - avec les puissances occidentales exerçant d’énormes pressions sur la Palestine pour ne pas adhérer la Cour pénale internationale ou exercer un recours au droit international pour protéger le peuple palestinien - Israël devrait être en mesure d’arriver à cela sans trop de difficultés en refusant tout aux Palestiniens. Un tel résultat serait manifestement injuste et insatisfaisant pour la Palestine, et garantirait encore un autre cycle de mort et de destruction dans un avenir proche.

Seule de fortes pressions venues de l’extérieur et obligeant Israël à accepter les principales demandes palestiniennes - en étant accompagnées de menaces crédibles sur des conséquences négatives et significatives en cas d’obstination - offriraient l’espoir de parvenir à un résultat gagnant-gagnant qui pourrait alors rendre peu probable une répétition de l’agression en cours.

Malheureusement, avec les États-Unis, les principaux États européens et l’Égypte fermement alignés du côté d’Israël, une telle pression sérieuse et fondée sur des principes est difficile à imaginer en l’absence d’une initiative palestinienne pouvant changer les cartes.

Afin de sauver la face à Israël tout en mettant fin au siège de Gaza (et par la suite à l’occupation de tout l’État de la Palestine), la direction palestinienne devrait demander publiquement le déploiement de troupes des Nations Unies, des États-Unis ou des troupes de l’OTAN à la fois à Gaza et en Cisjordanie pour protéger les Israéliens et les Palestiniens de nouvelles violences, en attendant un retrait complet d’Israël de l’État occupé de Palestine.

Ni les Israéliens ni les Palestiniens n’auront la paix ou la sécurité jusqu’à ce que l’occupation cesse, soit avec une solution décente à deux États, soit sur la base d’un État démocratique. Le cycle actuel de massacres dans Gaza peut avoir produit un moment où les gouvernements occidentaux - malgré leur réflexe qui est de faire des déclarations publiques en faveur d’Israël - deviennent conscients de cette réalité et peuvent, si on leur donne l’impulsion nécessaire, agir en parfaite cohérence avec cette conscience.

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* John V Whitbeck : né en 1946 à New York, juriste international installé à Paris depuis 1976, a été très impliqué dans toutes les négociations de paix au Proche-Orient auxquelles il a participé, dès la conférence de Madrid en 1991, comme conseiller juridique des Palestiniens.

Du même auteur :

- Israël-Palestine : l’Europe doit expier ses fautes - 24 mai 2014
- Quelle « destruction d’Israël » ? - 4 mai 2014
- Le sionisme : un rêve pour antisémites - 6 septembre 2013
- Le sionisme : un rêve pour antisémites - 25 novembre 2009
- Si le Kosovo peut être indépendant, alors pourquoi pas la Palestine ? - 21 février 2008
- Sionisme : sur « le droit d’Israël d’exister » - 1° janvier 2007

20 août 2014 - Middle East Eye - Vous pouvez consulter cet article à :
http://www.middleeasteye.net/column...
Traduction : Info-Palestine.eu - Naguib


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