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Quand les engins Caterpillar deviennent des machines à tuer

jeudi 21 août 2014 - 06h:23

Adri Nieuwhof

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Le lundi 11 août, l’armée israélienne a utilisé un bulldozer Caterpillar D9 militarisé lors d’une tentative d’arrestation de Zakaria Al-Aqra, 24 ans, dans sa maison du village de Qabalan près de Naplouse dans la partie occupée de la Cisjordanie.

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11 août 2014 - Un bulldozer de l’armée israélienne détruit la maison de Zakaria Al-Aqra, 24 ans, après l’avoir abattu dans le village de Qabalan près de Naplouse dans la partie occupée de la Cisjordanie - Photo : ActiveStills/Ahmad Al-Bazz

Le ’Times of Israel révèle que les forces israéliennes ont utilisé la technique dite de « la cocotte-minute » pour tenter de forcer Zakaria Al-Aqra à sortir. Les soldats ont fait feu sur les murs de sa maison et utilisé le bulldozer Caterpillar pour endommager le bâtiment. Zakaria Al-Aqra a été abattu, six de ses proches ont été blessés, et certaines parties de sa maison ont été détruites au cours de l’assaut qui a duré huit heures.

Un rapport récent publié par le centre de recherches de l’organisation Who Profits atteste de l’utilisation par Israël d’engins de chantier pour détruire des habitations mais aussi pour la construction des colonies, du mur de Cisjordanie, de postes de contrôle, de barrages routiers et pour le contrôle des foules.

La plupart des engins de chantiers vendus en Israël sont fabriqués en Europe (Volvo et JCB), aux États-Unis (Caterpillar), au Japon (Hitachi), en Corée du Sud (Hyundai) et en Turquie (Hidromek). Les représentants israéliens distribuent les équipements importés et en vendent une partie à l’armée israélienne et aux autorités gouvernementales.

La technique de la « cocotte-minute »

Le rapport de Who Profits décrit la technique bien connue de la « cocotte-minute », conçue à l’origine pour gérer les prises d’otage dont on présume que les auteurs sont barricadés dans un bâtiment. Au cours de la deuxième Intifada au début des années 2000, elle a été modifiée et utilisée à l’encontre de Palestiniens abrités dans des bâtiments et que les forces israéliennes souhaitaient arrêter.

Les forces d’occupation commencent par encercler le bâtiment et utilisent un mégaphone ou un haut-parleur pour ordonner à ses occupants d’évacuer le bâtiment immédiatement. Si ceux-ci demeurent à l’intérieur du bâtiment, les soldats se mettent ensuite à faire feu sur ce dernier, d’abord avec des armes légères, puis avec des mitrailleuses et des grenades propulsées par fusée, et, enfin, avec des obus tirés par des chars.

Si les occupants survivent et continuent de refuser de se rendre aux forces d’occupation, un bulldozer blindé ou une pelleteuse sont envoyés sur place. Le bulldozer commence par secouer la maison puis arrache progressivement les murs de l’étage auquel les personnes sont réfugiées, et finit par détruire la maison en ensevelissant les victimes dans les décombres.

Des meurtres illégaux

La technique dite de la « cocotte-minute » peut ainsi s’achever par des assassinats ciblés.

Les médias israéliens ont rapporté la mort de plusieurs Palestiniens à l’issue de cette procédure brutale.

L’organisation Who Profits rappelle le meurtre de Muataz Washaha, 24 ans, dans le village de Birzeit près de Ramallah et que l’armée israélienne voulait arrêter.

Le 27 février 2014, les forces d’occupation israéliennes ont pénétré dans le village pour arrêter Muataz Washaha qui a refusé de se rendre, tout comme Zakaria Al-Aqra. Au bout de plusieurs heures, les forces d’occupation israéliennes ont abattu une partie du bâtiment à l’aide d’une pelleteuse blindée avant de faire feu. L’attaque s’est soldée par la mort de Muataz Washaha.

Lorsque les autorités d’occupation ont des preuves tangibles que certaines personnes résidant dans les territoires occupés sont impliquées dans des activités criminelles, elles peuvent, en vertu des conventions internationales régissant l’occupation militaire, les poursuivre et les soumettre à un procès équitable.

Les Palestiniens placés sous le joug l’occupation israélienne n’ont jamais fait l’objet de procédures équitables. Au contraire, ils ont pour la plupart été soumis au système extrêmement injuste de tribunaux militaires israéliens. En outre, Israël considère de nombreuses formes de résistance légitimes et légales à son occupation comme « criminelles ».

Cependant, dans le cas de la technique dite de la « cocotte-minute », les forces d’occupation israéliennes se débarrassent de leur simulacre d’opportunité judiciaire et procèdent à une exécution par étapes.

L’utilisation d’un bulldozer Caterpillar D9 en tant qu’arme dans le cadre de la procédure brutale ayant abouti au meurtre de Zakaria Al-Aqra souligne le fait que Caterpillar doit demeurer la cible de la campagne Boycott, désinvestissement et sanctions (BDS).

Nouveaux camions Volvo pour l’armée israélienne

Dans ce rapport, Who Profits étaye également le rôle du groupe Volvo dans un profil d’entreprise détaillé. Les engins Volvo sont par exemple utilisés pour la démolition des maisons des Palestiniens en Cisjordanie, y compris à Jérusalem Est, et pour la construction de colonies de peuplement israéliennes illégales et du mur.

Les chargeuses sur pneus de l’entreprise ont été utilisées à de nombreuses reprises pour essayer d’évincer la communauté bédouine de Al-Araqib de ses territoires du Naqab. Le groupe Volvo et sa filiale Merkavim fournissent également des prestations au Service pénitentiaire israélien (IPS), notamment des bus pour le transport de prisonniers.

Les liens de Volvo avec les forces d’occupation israéliennes sont dévoilés en détails par le site Internet israélien d’information Ynet, qui a révélé le 15 août que Volvo livrera l’année prochaine une centaine de camions à l’armée israélienne pour le transport des chars.

Après avoir assisté une fois encore à la destruction bouleversante à Gaza, l’ensemble des livraisons et aides adressées à l’armée israélienne devraient être immédiatement suspendus.

Le rapport récent de Who Profits constitue un avertissement direct pour Caterpillar, Volvo, Hidromek, Hitachi, Hyundai et JCB. Leurs profils d’entreprise fournissent des informations détaillées concernant l’utilisation de leurs équipements par les forces d’occupation israéliennes et l’oppression des Palestiniens, y compris leur utilisation potentielle au cours du dernier massacre de masse à Gaza.

La campagne BDS continuera de militer contre ces entreprises tant qu’elles seront impliquées dans ces crimes.

* Adri Nieuwhof est avocate, conseiller et défenseur des droits de l’homme, travaillant en Suisse.

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16 août 2014 - The Electronic Intifada - Vous pouvez consulter cet article à :
http://electronicintifada.net/blogs...
Traduction : Info-Palestine.eu - Claire L.


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