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Les fruits empoisonnés de la médiation égyptienne

lundi 11 août 2014 - 08h:49

David Hearst

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Est-ce l’opposition d’Israël à la levée du siège de Gaza, le plus grand obstacle aux pourparlers pour un cessez-le-feu ? On ne serait-ce pas la volonté du dictateur égyptien d’écraser le mouvement Hamas ?

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Le dictateur égyptien al-Sissi, et son équipe de ploutocrates corrompus et notoirement incompétents, font-ils du zèle en allant même plus loin dans leurs exigences que leur commanditaire israélien ?

L’opinion internationale est en train de changer à propos du siège de Gaza. De plus en plus de dirigeants s’interrogent publiquement sur la rationalité de resserrer le blocus de bande de Gaza jusqu’au point où celle-ci explose. C’est ce que l’on peut comprendre de la déclaration du président américain Barack Obama jeudi, lorsqu’il dit « qu’à long terme, il doit y avoir une reconnaissance du fait que Gaza ne peut pas se maintenir indéfiniment coupé du reste du monde ». Il en est de même de la position de l’Union européenne.

C’est la demande centrale d’une délégation palestinienne unifiée au Caire en ce moment : après tout le sang versé lors du premier tour des hostilités, il est exclu que bande de Gaza revienne au statu quo. Mais ce n’est pas un point de vue partagé par l’un des voisins de Gaza. En effet, il peut être utile de se demander qui est le plus grand obstacle dans les négociations de cette semaine : Israël ou l’Égypte ? La réponse n’est pas évidente.

Des sources palestiniennes aux pourparlers du Caire ont déclaré que les responsables égyptiens ont catégoriquement rejeté la formule « la levée du siège » dans le projet d’accord de trêve. Les mêmes sources ont indiqué que l’Égypte a refusé de transmettre à la délégation israélienne la demande palestinienne pour l’ouverture d’un port à Gaza.

Le vendredi matin, la délégation du Hamas a demandé aux responsables égyptiens de solliciter un accord israélien de principe pour mettre fin à la fermeture des frontières et permettre la reconstruction de Gaza, en échange de l’extension de la trêve. Les responsables égyptiens ont prétendu que Israël avait refusé. D’un autre côté, il a été dit que Israël avait offert de faciliter le siège mais que le Hamas avait refusé... Allez comprendre.

Dès le début, Israël et l’Égypte ont lié la fin du siège à la démilitarisation du Hamas et de toutes les factions armées à Gaza. C’était comme demander aux combattants qui avaient, à leurs yeux, résisté le mois dernier avec succès à une force militaire écrasante et largement supérieure, de se lier les mains, de rendre leurs armes et d’abandonner le combat.

La première initiative égyptienne pour un cessez-le-feu avait été élaborée dans les conditions qu’il fallait pour être rejetée, et elle n’avait même pas été présentée au Hamas avant d’être rendue publique. La résistance palestinienne n’a depuis pas bougé de ses positions. Abu Ubaydeh, le porte-parole des Brigades Izz al-Din al-Qassam, la branche armée du Hamas, a été encore plus clair jeudi soir : « Si nos demandes ne sont pas satisfaites, y compris la création d’un port maritime, les négociateurs doivent se retirer des négociations et mettre fin à cette plaisanterie. »

Ce qui est clair à cette lecture, c’est que les responsables égyptiens et israéliens travaillent main dans la main. L’Amérique a toujours été accusée d’avoir un comportement biaisé dans le processus de paix, mais la collusion de l’Égypte avec Israël est encore plus claire et plus grossière dans les pourparlers du Caire.

Dès le premier jour, Abdel Fattah al-Sisi a surpris les responsables israéliens par son obsession anti-Hamas. Comme le Wall Street Journal le rapporte, quand Sisi a fermé presque tous les tunnels et n’a rien fait pour assouplir le passage de fournitures par la voie terrestre, certains responsables israéliens ont commencé à tirer la sonnette d’alarme au sujet de la dureté des initiatives du Caire.

« Ils sont été fait en train d’étouffer Gaza à l’excès », a dit le WSJ, citant les paroles d’un responsable israélien. À défaut d’autre chose, Israël a appris au cours des huit dernières années la façon de serrer le nœud coulant placé autour du cou de la bande de Gaza, et à présent, un nouveau converti à la cause du blocus serre trop fort et trop vite.

Maintenant, pensez à l’homme qui dirige « les négociateurs » égyptiens dans les pourparlers. Le dossier palestinien a toujours été entre les mains des services de renseignement général (SIG). Une des premières choses que le responsable adjoint des Frères musulmans, Khairat el-Shater m’a dit quand Mohamed Morsi est arrivé au pouvoir, c’est que le SIG resterait le relais principal dans les relations avec Israël.

Ce fut l’une des raisons pour lesquelles une des premières initiatives de Sisi après son coup d’État militaire a été de reprendre en main le SIG et d’imposer à sa tête son homme de main, en réalité plutôt son mentor, le général Mohamed Farid El-Tohamy. En effet, le coup d’État militaire avait été précédé d’une lutte intense entre le renseignement militaire, dirigé par Sisi sous Morsi, et le renseignement général.

Qui a rencontré les délégations palestinienne et israélienne ? Tohamy. Qui est derrière ce que certains à Washington considèrent comme une théorie du complot, à savoir que le Hamas menace l’État égyptien ? Tohamy. Qui a encouragé Sisi à devenir candidat à la présidence ? Tohamy.

Cette situation fait la différence avec les précédents cycles de combats entre Israël et le Hamas. Israël a trouvé un partenaire si zélé en Égypte qu’il peut se permettre d’ignorer les signaux en provenance de Washington lui demandant de se réfréner. Mais il a peut-être trouvé un partenaire qui en fait trop, et une voie plus avisée serait maintenant des négociations directes en Israël et le Hamas.

Israël et les intérêts stratégiques de l’Égypte sont différents. Israël veut juste la fin des tirs de roquettes et le contrôle des tunnels. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu connait les limites de ce qui est militairement acceptable et il l’a expliqué dans une réunion du cabinet de quatre heures samedi dernier. Il faudrait des semaines, voire des mois de guerre urbaine dans le centre de la ville de Gaza, des dizaines de milliers de victimes civiles et des centaines de victimes dans l’armée israélienne. Et à l’issue de cette guerre, Israël se retrouverait à nouveau en charge de la population de Gaza.

Comme le Shin Bet le reconnaît lui-même, le Hamas a maintenu la paix pendant plus d’un an après l’accord de cessez-le feu négocié par Morsi en novembre 2012. Au cours des trois premiers mois, le Shin Bet a enregistré une seule attaque : deux tirs de mortier en provenance de Gaza. Et l’année 2013, a été la plus calme de toutes depuis 2003, lorsque les premières roquettes artisanales ont été tirées.

Il n’y a aucune raison pour que Gaza ne retourne pas à cette accalmie, si Israël applique la promesse faite [en novembre 2012] de lever le siège. En effet avec un gouvernement d’unité dans la bande de Gaza et l’Autorité palestinienne gérant les passages frontaliers de Gaza, il y a tout lieu de s’attendre à ce qu’un accord soit applicable.

L’état-major israélien, qui reste la source la plus pragmatique de la formulation des politiques, doit comprendre qu’après avoir échoué dans l’option d’évincer le Hamas de Gaza, le seul autre choix reste la négociation. Mais la première des conditions, c’est de rouvrir les frontières.

En Égypte, un tel pragmatisme est loin d’être évident. Sisi et Tohami n’ont rien à gagner à la normalisation des relations avec le Hamas et plutôt beaucoup à perdre. La seule politique que connait Sisi, c’est d’écraser son ennemi mortel, les Frères musulmans et son organisation sœur du Hamas.

Pour le Hamas et les autres groupes de la résistance dans Gaza, la situation est claire : ils sont confiants dans leur capacité à poursuivre le combat. Ils ont le soutien de la population et ils voient l’opinion internationale évoluer sur la question du blocus. Ils peuvent également voir l’hésitation en Israël à l’idée de déclencher une autre série de blitzkrieg contre Gaza.

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* David Hearst est rédacteur en chef de Middle East Eye. Il est éditorialiste en chef de la rubrique Étranger du journal The Guardian, où il a précédemment occupé les postes de rédacteur associé pour la rubrique Étranger, rédacteur pour la rubrique Europe, chef du bureau de Moscou et correspondant européen et irlandais. Avant de rejoindre The Guardian, il était correspondant pour l’éducation au sein du journal The Scotsman.

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8 août 2014 - Middle East Eye - Vous pouvez consulter cet article à :
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Traduction : Info-Palestine.eu - Naguib


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